Au jour le jour 210

Non loin de moi-même, et si proche de toi, avec tes étendues et tes effets, je suis cette pierre distraite au bruit de camomille jetée contre des insectes faiseurs de torts, mal ordonnés comme les propriétés du vent et de la pluie pour, peu tu m’arracherais les élytres si je m’essoufflais et me donnerais en spectacle devant des enfants malades de leur cruauté, muets qui sont toujours plus hauts que nous, ratatinés dans nos commodités et nos commentaires. L’atmosphère est de la taille d’une reddition, de la matière d’un gravier dans les allées d’un cimetière, et bien que je sois contre ta chair mes os craquent, c’et ainsi que je deviens vieux, et ne peux plus te porter, aussi j’envoie mon corps dans les distractions de l’herbe et de l’alcool dont tu ne connais pas les vertus…

Aux brins, et je n’en dis pas plus, qui sont humides de disparaitre sous nos pas, il y a l’esprit de l’herbe avec sa chair méconnue, qui se liquéfie dans l’idée de ne pas émerger davantage je veux par fragment parler de cette nostalgie plus profondes que les eaux de mars, et qui ont toujours fait défaut aux hommes de volonté. Dans les jours qui sont touchés par la grâce d’être, j’entreprends des amitiés sans borne qui demandent l’effort du signe et de la résistance, et l’aveugle et le mutique que je suis, mets son pied dans la seule étendue qui vaille, et qui est ta demeure où je m’ouvre pour des bienfaits que tu ignores.

Quand dans le sommeil où tous les vains objets tirent à eux leurs parts d’ombre et de solennité, je pense à un travail différent que de devenir, qui serait que je puisse m’échapper de la vie pour des raisons que je ne sais traduire, sinon dans le diurne  silence où je m’accompagne de souvenirs, ces bêtes muettes qui sont allées dans le déluge dans le son d’une diane qui évoque la dictature des grelots et des morts, c’est là aussi que tous les débris de moi-même s’accommodent de tous les actes que je commets contre moi, qui sont à l’attente ce que la divination est aux troubles d’un savoir qui n’en requiert pas, j’augure par mes mouvements que je vais dormir avec une présente qui est ma retenue, sensible à mes arrières, ceci m’est confortable…

Je me représente chaque espace, chaque place comme une phrase, une formule qui de ses profondeurs laisse apparaître la dignité d’une littérature qui n’est ni de feinte, ni d’oubli, cette part de chacun, peintre, marchand, boucher, étalagiste, est aussi une chair intacte qui n’ira pas à la ruine, et tous mes sens sont des informateurs à qui je vais soumettre la cause et son sentiment. Maintenant que les mots me sont de funèbres cachets, mon air est vain, plus sérieux aussi, plus complexe d’un vide de second plan, je parle sombrement de toutes les inflexions de mon existence avec excès et précipitation, celle d’un trieur dans la faconde d’un juriste désordonné, ave solennité et entregent, puis mes doutes et ma paresse reprennent le dessus, et plus rien n’est honorable…

La sainte en un jardin

Elevée en fontaine

Est en gerbes de sel

En herbes de chagrin

Elle dort contre les roses

Une étoile à son front

Avec des pleurs immenses

Comme autant de chardons

Au tableau blanc de vivre

Tu regardes la morte

Avec en ta mémoire

La messe et ses fossés

Avec ses chants jetés

Contre le temps la vague

L’image pieuse posée

Au mur blanc de ta chambre

Et te vient la marée

Des anciens souvenirs

Du ciel où elle monta

Pour enfin s’accomplir

Dans l’adieu et la grâce

De celle qui destinée

A une sainte mort

N’eut comme autre poussière

Que de voir dans nos yeux

Mouiller la terre entière..

O visage bienveillant

De la femme si proche

Tu es mon cher arroi

Est mon astre limpide

Comme en monceaux de roches

Et tendres déicides

Et tu restes dans l’assise

De tous mes devenirs

Contre mes rêves froids

Et mes chères nostalgies

A me dire tes moissons

Tes ajours substantiels

Ajourés de moi même

En un autre essentiel

Ces mots qui vont venir

Comme des fruits moins amers

Nous serons renversés

Sur la table guerrière

Sur l’étal frontalier

De nos corps à distance

En ces vastes contrées

Où nos corps maladroits

Se retiennent de dire

Et l’avers et l’endroit

Toi si ténue tenace

Tu sais me retenir

Contre ton sein gerbé

De tendres démentis

En odeur de jasmin

D’ambre et de céphalées

Quand je pleurais acerbe

Des anciennes blessures

Advenues en cieux mornes

Comme une couverture

Où je divaguais ivre

De ne pouvoir tenir

Dans ma gauche et ma dextre

Que de faux repentirs

Que tu n’as pas jugés

Autrement qu’au regard

De cet arrangement

Qui vaut nos chers départs…