Au jour le jour 209

Chevaline et machinale dans l’obscurité où le doigt du père est à sa place d’argent, le fils avec sa féconde jeunesse embrasse une loutre de feutre venue d’une province où les colis parviennent dans un carton doré qui sent le benjoin , c’est dit on un accident de parcours et la parole circule comme un bavardage sous l’arbre aux lacunes, les mots alors tiennent du licou et d’une courroie de cuir qu’on aimerait mettre à l’encolure d’un cheval noir, or pour bien s’y prendre il faut d’abord broder sur les mammifères marins des lettres d’or et de lumière qui sentiraient le muscat et l’aubépine, et ça le fils ,ivre tant il est débordé de vie n’en a cure, et comme il ne peut s’en accommoder, il va au confessionnal confier au prêtre qu’il sera un charmant mari, pas dans la fatigue de ses ancêtres et de leurs enseignements, puis il geint de tout son corps avec des câpres dans la bouche…

Au noir parfum

D’un noir bonheur

J’étreins le temps

En encensoir

De feux d’orages

Ferrés à blanc

Dans l’indicible

Forme du tourment

A bien connaître

La veine froide

Nul verbe ne fait

La vie plus roide

Que l’épaisseur

D’un noir dessein

Des femmes venues

Pour un festin

Chacun écoute

Ce qui rend l’âme

Humide et tiède

Dans sa tristesse

Parmi les signes

Tant malmenés

Où le sang noir

S’est invité

Apparenté venu d’ailleurs

Pour des blessures

Au cœur distant

Parmi la cendre

Dans un décor

D’étoiles vives

De sphères percées

De toutes parts

Et qui rappellent

Nos désespoirs…

Chaque membre tenu intense et interne  procède de la lenteur qui n’est pas à sa place et creuse dans nos entrailles un sillon pour y introduire d’une dextre main le pied oranger du souvenir, du silence d’où viendra notre salut. C’est revêtu d’un costume de vieillard que nous jouons notre vie comme une réclame posée sur des pelures de pommes de terre, et la honteuse apparence d’être sentimental, finit sa course dans la poussière bleutée d’un hôpital champêtre, là où des assoiffés d’ordre et de sens ont mis le feu aux poudres, afin que le fiel charmant de la lune se mêle à la culture des arcs en ciel, mais comme il n’est prévu aucun héritage venu d’en haut, notre prière ne vaut que par l’ennuyeuse proposition qu’il y ait un dieu pour nous rendre à des objets supérieurs.

A toutes les profondeurs abstraites vont les cailloux rêches et amaigris que l’ivresse d’un grand regard poignant a déplacés de nos fatigues pour des abysses sans enchantement ; là aussi la fatigue du serviteur rend compte de toutes les oiseuses convoitises, de toutes les volées de son cœur, et chacun de nos départs est salué par une femme qui a travaillé dans la bâtiment. Ayant détaché de moi le mot avec ses faces peintes prise aux schistes amers des saisons roturières, je palis dans un palais de glace à la vue d’un cercle de danseuses nues qui attendent qu’on les peigne avec la lenteur d’un officier de marine qui est un pourceau ombrageux…

La main lourde et fragile du sommeil avec ses îles et ses archipels est d’une solitude criarde, paluche pataude avec des sifflements d’airain voisins d’une couleur violette quand le sang est devenu un caprice de la chair. Ici tout afflue dans un petit carré de viande, de plasma qui s’éclaire aussitôt dans une gorge que nul n’a convoitée, il y a là une parole qui se voudrait passionnée et grinçante qu’on dirait une plainte dans la nuit comme un aboi de bête pris dans des rets qu’ont posés des hommes d’inimitié. Puis vient la rencontre avec des yeux pers comme des étoiles éteintes sur des monceaux de roches arrachées aux galeries schisteuses, là où aucun pubère n’a posé le pas, pour n’y pas laisser sa poitrine s’ensabler.

A quoi les roulettes, flottaisons de fauteuil servent elles, à l’amour froid qui n’est d’accord que dans de fixes fonds, dans ces mouvements qui sont les manches de l’avenir et qui s’ourlent à nos oreilles comme des sons de batterie annonçant des guerroiements dans les futaies, comme d’anciennes âmes indélicates se pourvoient en mugissements insanes et qui sont restés sans opérateur. Je dis qu’être de passage n’est pas une déception, qu’il vaut mieux se nourrir de tous les microbes sanieux qui pullulent en chaque endroit de notre âme, que de mettre son ardeur dans de vaines prières, qui sont des pelures qu’un céleste cocher ramasse pour en faire des dégueulis d’étoiles, pour des glissades sans témoin ; quant à nos jeux équivoques, qu’ils restent ce qu’ils sont, des psalmodies dans les antichambres où ceux qui doutent n’ont d’autres positions que la génuflexion et une fluxion de poitrine…

Ceinture atteinte par la main qui te noue, aujourd’hui je t’ouvre les passages de l’automne, une vie s’y identifie d’infâmes politesses, de rires en faux cols, cils fardés, contrefaçons d’une herbe salutaire, la vaine nécessité d’en parler ne vaut plus à personne de belles manières, et le mannequin qui est dans leur lit est serré pour des découpes à venir, ceci va à mon contentement ici j’attends l’inhabituelle caresse d’une adressée qui réfléchit à un prodigieux divorce, voilà tout ce qui me reste de ses saisons, un petit halo en digitale sur sa poitrine, celle qu’elle a partagé avec tant d’autres, ceux qui sont encore debout, moi je vis en ralenti, en vitesse de croisière, dans la lenteur d’une erre qui surprend les marins, voilà qu’à mes bases naturelles mes membres tombent bas, je vais dormir plaqué contre des taches de sang que rien n’a résorbé.

L’échafaud la falaise

Tous les à pics tendus

Avec tes grandes mains

Sont escales de poudre

Que gravir ne va plus

Avec un sac plein

Une besace trouée

Idée d’une chair bleuie

A tout acte de chair

Ce qui va au baiser

Touche au basalte froid

Ses parts d’ecchymose

Et au vitrail en eau

Tu mets tes vieilles envies

Que vivre n’est pas plus

Qu’un grand rire d’aveugle

Puis à vouloir monter

Au déambulatoire

De cette basilique

Ton sang va aux nervures

De ton corps retenu

Et ce christ qui saigne

Ceint comme un bel enfant

D’un bandeau aux cheveux

Regarde vers le ciel…

Avec des yeux moins bleus.