Au jour le jour 204

Chaque membre tenu intense et interne  procède de la lenteur qui n’est pas à sa place et creuse dans nos entrailles un sillon pour y introduire d’une dextre main le pied oranger du souvenir, du silence d’où viendra notre salut. C’est revêtu d’un costume de vieillard que nous jouons notre vie comme une réclame posée sur des pelures de pommes de terre, et la honteuse apparence d’être sentimental, finit sa course dans la poussière bleutée d’un hôpital champêtre, là où des assoiffés d’ordre et de sens ont mis le feu aux poudres, afin que le fiel charmant de la lune se mêle à la culture des arcs en ciel, mais comme il n’est prévu aucun héritage venu d’en haut, notre prière ne vaut que par l’ennuyeuse proposition qu’il y ait un dieu pour nous rendre à des objets supérieurs.

A toutes les profondeurs abstraites vont les cailloux rêches et amaigris que l’ivresse d’un grand regard poignant a déplacés de nos fatigues pour des abysses sans enchantement ; là aussi la fatigue du serviteur rend compte de toutes les oiseuses convoitises, de toutes les volées de son cœur, et chacun de nos départs est salué par une femme qui a travaillé dans la bâtiment. Ayant détaché de moi le mot avec ses faces peintes prise aux schistes amers des saisons roturières, je palis dans un palais de glace à la vue d’un cercle de danseuses nues qui attendent qu’on les peigne avec la lenteur d’un officier de marine qui est un pourceau ombrageux…

La main lourde et fragile du sommeil avec ses îles et ses archipels est d’une solitude criarde, paluche pataude avec des sifflements d’airain voisins d’une couleur violette quand le sang est devenu un caprice de la chair. Ici tout afflue dans un petit carré de viande, de plasma qui s’éclaire aussitôt dans une gorge que nul n’a convoitée, il y a là une parole qui se voudrait passionnée et grinçante qu’on dirait une plainte dans la nuit comme un aboi de bête pris dans des rets qu’ont posés des hommes d’inimitié. Puis vient la rencontre avec des yeux pers comme des étoiles éteintes sur des monceaux de roches arrachées aux galeries schisteuses, là où aucun pubère n’a posé le pas, pour n’y pas laisser sa poitrine s’ensabler.

A quoi les roulettes, flottaisons de fauteuil servent elles, à l’amour froid qui n’est d’accord que dans de fixes fonds, dans ces mouvements qui sont les manches de l’avenir et qui s’ourlent à nos oreilles comme des sons de batterie annonçant des guerroiements dans les futaies, comme d’anciennes âmes indélicates se pourvoient en mugissements insanes et qui sont restés sans opérateur. Je dis qu’être de passage n’est pas une déception, qu’il vaut mieux se nourrir de tous les microbes sanieux qui pullulent en chaque endroit de notre âme, que de mettre son ardeur dans de vaines prières, qui sont des pelures qu’un céleste cocher ramasse pour en faire des dégueulis d’étoiles, pour des glissades sans témoin ; quant à nos jeux équivoques, qu’ils restent ce qu’ils sont, des psalmodies dans les antichambres où ceux qui doutent n’ont d’autres positions que la génuflexion et une fluxion de poitrine…

Ceinture atteinte par la main qui te noue, aujourd’hui je t’ouvre les passages de l’automne, une vie s’y identifie d’infâmes politesses, de rires en faux cols, cils fardés, contrefaçons d’une herbe salutaire, la vaine nécessité d’en parler ne vaut plus à personne de belles manières, et le mannequin qui est dans leur lit est serré pour des découpes à venir, ceci va à mon contentement ici j’attends l’inhabituelle caresse d’une adressée qui réfléchit à un prodigieux divorce, voilà tout ce qui me reste de ses saisons, un petit halo en digitale sur sa poitrine, celle qu’elle a partagé avec tant d’autres, ceux qui sont encore debout, moi je vis en ralenti, en vitesse de croisière, dans la lenteur d’une erre qui surprend les marins, voilà qu’à mes bases naturelles mes membres tombent bas, je vais dormir plaqué contre des taches de sang que rien n’a résorbé.

L’échafaud la falaise

Tous les à pics tendus

Avec tes grandes mains

Sont escales de poudre

Que gravir ne va plus

Avec un sac plein

Une besace trouée

Idée d’une chair bleuie

A tout acte de chair

Ce qui va au baiser

Touche au basalte froid

Ses parts d’ecchymose

Et au vitrail en eau

Tu mets tes vieilles envies

Que vivre n’est pas plus

Qu’un grand rire d’aveugle

Puis à vouloir monter

Au déambulatoire

De cette basilique

Ton sang va aux nervures

De ton corps retenu

Et ce christ qui saigne

Ceint comme un bel enfant

D’un bandeau aux cheveux

Regarde vers le ciel

Avec des yeux moins bleus…

Non loin de moi-même, et si proche de toi, avec tes étendues et tes effets, je suis cette pierre distraite au bruit de camomille jetée contre des insectes faiseurs de torts, mal ordonnés comme les propriétés du vent et de la pluie pour, peu tu m’arracherais les élytres si je m’essoufflais et me donnerais en spectacle devant des enfants malades de leur cruauté, muets qui sont toujours plus hauts que nous, ratatinés dans nos commodités et nos commentaires. L’atmosphère est de la taille d’une reddition, de la matière d’un gravier dans les allées d’un cimetière, et bien que je sois contre ta chair mes os craquent, c’et ainsi que je deviens vieux, et ne peux plus te porter, aussi j’envoie mon corps dans les distractions de l’herbe et de l’alcool dont tu ne connais pas les vertus…

Aux brins, et je n’en dis pas plus, qui sont humides de disparaître sous nos pas, il y a l’esprit de l’herbe avec sa chair méconnue, qui se liquéfie dans l’idée de ne pas émerger davantage je veux par fragment parler de cette nostalgie plus profondes que les eaux de mars, et qui ont toujours fait défaut aux hommes de volonté. Dans les jours qui sont touchés par la grâce d’être, j’entreprends des amitiés sans borne qui demandent l’effort du signe et de la résistance, et l’aveugle et le mutique que je suis, mets son pied dans la seule étendue qui vaille, et qui est ta demeure où je m’ouvre pour des bienfaits que tu ignores.

Quand dans le sommeil où tous les vains objets tirent à eux leurs parts d’ombre et de solennité, je pense à un travail différent que de devenir, qui serait que je puisse m’échapper de la vie pour des raisons que je ne sais traduire, sinon dans le diurne  silence où je m’accompagne de souvenirs, ces bêtes muettes qui sont allées dans le déluge dans le son d’une diane qui évoque la dictature des grelots et des morts, c’est là aussi que tous les débris de moi-même s’accommodent de tous les actes que je commets contre moi, qui sont à l’attente ce que la divination est aux troubles d’un savoir qui n’en requiert pas, j’augure par mes mouvements que je vais dormir avec une présente qui est ma retenue, sensible à mes arrières, ceci m’est confortable…