Au jour le jour - 193

Au retour
Visible
Sans apparat
Eboulée
Gisant au fond de mes os
Ta face retournée
Massive
Et toute cette présence
Qui accroît mes tremblements
Quand au bas des pages
La matière même du mourir
N’a plus de sens.


A cette savante chasseresse qui demande à justifier l’homme que je suis, je dis que je viens de l’arbre de la bête et du vent, de la diurne pluie qui tombe en ordre serré, et que vidé de mes entrelacs et contrefaçons j’avance encore dans les futaies, que je me terre dans la terre boueuse après l’orage pour pourrir dans le fétide humus, que ma place si elle est dans les ronces l’est aussi dans les baies et les archipels, et que ma vie si pendulaire soit elle, lorsque je vais d’une chambre à l’autre, d’un lit à l’autre n’est pas qu’un amoncellement de détritus, quand ma chair s’édulcore de tous mes mensonges, de tous les drames, de toutes les sanies, de tous les faux prêches élaborés comme des sentences, je vire à la neurasthénie et bien m’en prend, ce qui me permet de m’éblouir de penchants orageux, d’artères qui s’ouvrent au passage des saisons torrides, pour qu’enfin je puisse leur offrir un corps dévasté par l’ennui et la répétition, aller aux tors où l’oriflamme flotte au vent pour voir des femmes singulières s’instruire du pavé et d’autres moins ahurissants qu’elles, alors voilà pourquoi je suis un homme de l’air, de l’averse, des feuillus et des rencontres…


Au flasque passage de ce corps qui tombe sous la coupe des objets sacré, j’ai abandonné l’hiver et ses lourds piliers, les croches du feu et de l’acier, la musique introduite dans les diurnes apparences, et pour m’y loger j’ai élagué mes savantes inerties afin de m’accoutumer de ses bras, de sa poitrine, de ses jambes, de son sang que j’ai par cent fois voulu goûter sans vouloir changer de nature ;m’introduire dans le minéral de ses regrets m’a rendu roide et rigide, je cherche une autre sinuosité pour devenir ce noyé transparent qu’elle ne sauvera pas, et qui garde dans sa bouche le sel le plus pur. Voyez combien j’ai de basses révélations à rendre aux dieux vagues et sans emploi, ceux qui sont à la verticale et ventripotents comme des outres remplies d’autans, de suroîts de fœhns, c’est cela qu’elle confirmera quand elle deviendra bitumeuse à mon regard élargi, parce que celui là n’ira pas à son désir, la musique savante de ses gestes, qu’elle la garde pour d’autres mensonges que je n’acquiescerai pas…


M’exalter dans l’ivresse ne m’a valu aucun accord avec les homes, sinon des moments d’abattement où la vie même m’apparaissait comme une putain qui aurait voulu me faire payer le prix fort.


Je n’ai d’élégantes souffrances que lorsque je regarde une femme dans l’exercice de ce devenir où elle sera une divinité qui me bercera au rythme d’une musique qui fait frissonner l’âme et s’ouvrir le cœur.


Nous ne pouvons rien apprendre de ce que nous exhumons de nos putridités, si ce n’est que l’espace et le temps en sont tant imprégnés qu’ils deviennent des présences acres et fétides.


Dans un petit groupe de galochards avec leurs ombelles comme des lampes de poche, j’entends la tendre attention des femmes dans leur propos, truites et insectes pour transpercer leur vive mémoire, à vouloir en devenir des hommes taillés comme des créatures fait d’une poussiéreuse tendresse. A bien distinguer le bruit que fit l’inconfort de tous les êtres, il me vient à l’idée de sortir de mon corps pour aller m’attaquer à des pics et des aiguilles avec leurs mèches et épis rebelles, là où une espèce de bête redoutable garde en secret un lieu plein d’anciens drames et d’irritations, quand il fallait rouler des rocs contre les collines trop ,en ascendance, quand l’homme s’exalte de trop bien manier sa marche, il lui vient des coups du sort, j’en veux encore à ce petit groupe resté da,ns une caverne à soliloquer sur le calibre et le genre humain pour se répercuter dans son chaos.


Elle qui n’agit que pour s’absoudre de ses destinées arbitraires, la voilà sous les traits d’un lys étroit serré dans sa gangue, jambes de feutrine et seins de porcelaine, son visage est une figure d’enseignement où le temps se meurt dans d’austères cérémonies. Avec cet autre qui lui couvre le crâne d’un chapeau noir, tandis qu’elle crispe les mâchoires, elle se veut fée et guérisseuse, pleine de trop de crépuscules, mais quand la hache et le calibre résonnent, elle se relève et ne va aux festons d’avoine que pour des bleus à l’âme, elle sait que l’approche d’un pas lourd la rendra déraisonnable, qu’elle ne triomphera pas de ses marches forcées, aussi l’ayant compris je cherche à ce qu’aucune folie ne me saisisse, ne fasse de moi un prince halluciné qui ira au carnage, et ma foi seule, celle qui est en creux dans mes rêves d’égoutier me vaut d’aller vers un automne de plus.