Au jour le jour - 189


Quand à l’heure de peindre le peintre aux tisons d’or
Dépose sur sa palette les rubis de l’aurore
Sait-il que dans les branches les camouflets d’oiseaux
Sont autant de ramages dans un champ de roseaux
Sait-il que les couleurs témoignent d’un reposoir
De la craie du tableau et puis du désespoir
De ne pouvoir saisir dans les bois qui s’animent
Le bruissement des feuilles unies et unanimes
Sait-il qu’en son pinceau s’épanche une jeunesse
Pleine de souvenirs en amas de tristesse
Et qu’en à plats de cyans de violets élargis
Il témoigne d’un monde d’anthracite et de nuit
Sait-il que pour jouer des teintes incomprises
Il lui faudra mêler cette peur cette emprise
D’avoir su retenir en poches de raccourcis
Et l’oiseau et la fleur de frissons endormis.


Comme tout se referme
Sur mes pas sur ma lenteur
Plus sot et plus sauvage
Que cette ancienne
Qui me noue les tripes
Je fais et défais
Des révélations des crimes
Que seul je comprends
Entre la glu et le sommeil
Je pourris
Je poursuis d’autres sentences
Des virées qui ressemblent
A des attentats
Si nul ne se voit en malade
Moi j’entretiens des inconforts
Entre l’impolitesse et le drame
Entre le jeûne et la droiture
Et ivre de ces brutalités
Ivre de mes méconnaissances
Me voici à nouveau
Sur un point de départ
Pour une nouvelle démesure
Pour une nouvelle douleur…

Quoique je fasse idiot sot irréfléchi insincère rétracté clos apprenti du désespoir qui déverse ses odes et ses impropriétés dans les obscures marges sous les dépotoirs du ciel dans cette vie si dense qu’elle en défait ma vie je le fais mal….quoique je fasse si proche de mes parents de mes aimées morts dans la honte l’abandon de ces oncles suicidés je m’interroge sur leur inaptitude aux dates aux clés aux verrous ces asphyxiés ces naufrageurs avec leur charnier de clichés de lourdeurs de folies d’images cramoisies que me veulent-ils…quoique je fasse arraché à mes livres à ma paresse à mon bon sens à mes ivrogneries dans cette ancestrale sagesse reviendras tu avec le nom d’une autre maladie dans le souci de mes exactitudes de mes alibis ceux dont je n’attends plus rien sinon le pire de la paix et le pire de l’ennui…
 
Car pour ouvrir l’esprit aux mornes latitudes
Il faut plus de mourir et moins de certitude
Aux grandes déraisons préférer les vertiges
Des tragiques viscères s’obliger aux voltiges
Quand on crie follement débordant de lumière
En ces espaces clos en ces sombres tanières
Nulle de nos turbulences nulle de nos déraisons
Ne versent de l’idéal pas même du poison
Car pour lever matin ses antiques matières
Il faut jeter sa vie en suivre les ornières
Dormir dans la moiteur des antres réchauffées
D’où s’échappent l’aboi la fièvre l’innommée
Alors désemparé peut être moins sauvage
L’amour aimé chéri nous montre son visage
La nuit avec ses larmes ses fosses ses gibets
Peut venir et la mort saura tout emporter…
 
Ce qui s’est consumé aurait pu à nouveau se consommer vous le saviez il aurait suffi que le ciel soit moins noir moins pesant que l’herbe croisse que les objets dignes retrouvent leur place que des mots vous soient destinés que vous vous mêliez à la femme que vous fûtes que vous me regardiez comme un homme sans approximation un être de présence soutenue il aurait suffi que je vous crois que vous décidiez d’être claire par tous les temps moins lourde de vos épanchements aux portières et aux bougies que votre corps ne se défende plus du mien que nos vieilles images s’accompagnent de jours sans garde et sans l’héritage des nuits qui ont joué contre nous que ne reprenez vous plus ma main pour m’emmener entendre là où elles se trouvent ces musiques légères qui ne suscitent pas des étranglements…


Ce qui nous vient de l’enfance est dit avec la bouche pleine d’amertume de regret les pleurs la mère absente l’attente la durée d’un temps à compter le temps et tant de temps dans les rêves en pleine lumière que sommes nous devenus nous qui n’avons pas su nous enrichir l’un de l’autre que n’avons nous plus de larmes pour inonder le ciel des paillettes de notre existence vouée à la discorde que n’avons-nous plus d’idées de vagabondage de vastes plaisirs sentimentaux l’amour seul nous met nous maintient dans la vie c’est une exigence c’est un devoir que de lui rendre sa fortune que ne sommes nous plus dans ses apesanteurs où pour respirer nous n’avions besoin de tant de souffle de tant d’air de tant de bouffées maintenant que nos nuits soient profondes ou étouffantes désertes elles portent les traces les teintes d’une douleur secondaire vive aussi celle de toute perte anticipée celle de l’amour de l’enfance confondues comme en un tableau de maître ou le fusain se mêle à la sanguine et le temps n’est plus qu’un crachat qu’un parjure qui nous montre ses forces et nos faiblesses…