Au jour le jour 184

Nous célébrons les noces de la frégate et de la proue quand s'abjurent aux mers obliques les nefs tirées de force par des marins aux pieds fourchus,et les grandes chaînes cinglantes de leur mal vont aussi aux ancres,à d'autres écritures,à la houle comme un levain va aux enchantements de la farine,du froment et du blé, à la mort lente qui percera leurs paumes,assèchera leurs bouches aux mucus salés d'or,les rats ici ont un costume de saison,noir comme une courbe directe sur le noir océan,les marées noires du ciel, et nous les regardons avec leurs colliers carencés de carats dans la pénombre de nos inquiétudes,l'archer qui est masqué de pampres nous vise,une flèche est décochée,puis une seconde,l'un est attteint à l'aorte,moi à l'oeil gauche,puis c'est un orage comme un grand besoin au ciel qui s'abat sur la terre et l'eau,et nous,nous continuons à tirer nos charrois.

Voici donc une vérité pudique et inéffable,j'étais dans le malheur accroché à un rocher ,une mariée vêtue de bleu me donnait à boire dans ses blanches paumes,dansaient autour d'elle des nains et des faunes hébétés de certitude d'être dans le jeu de la vie,des séraphins avec une moustache d'anglais jargonnaient,la Joconde nue fut avertie par un policier de retourner à son cadre,une vieille espagnole en habit de gala roulait une langue oubliée,était il tôt ou tard dans la journée,je l'ignore, ce que je sais ,c'est que je me demandais pourquoi je n'étais plus assis sur la dernière banquette de ce train qui devait m'emmmener  à Borodino,mon livre plié sur les genoux,le psychiatre qui me voit et m'entend pour la première fois dit que je souffre d'un manque de parole,que je suis hypoquéquéchose,d'une mauvaise fortune et qu'il n'honorera pas notre prochain redez vous.

A la première représentation de "La nappe blanche",j'étais au premier rang,à ma droite était assise une femme d'une quarantaine d'années,habillée d'une taille trop large,à ma gauche un jeune homme avec des lunettes à souvenirs d'orgues et de petits orgasmes dodelinait de la tête,la pièce dura plus d'une heure,à en juger par les applaudissements finaux,les acteurs avaient tenu leur rôle,moi je n'avais rien vu,rien entendu,j'avais observé tout au long des actes cette dame et ce type un peu sec pour moi,et m'étais fondu en conjectures de rêvasseur,que faisaient -ils de,et dans leur vie,les avait -on border lorsqu'ils étaient enfants,l'une avait -elle des calculs rénaux,l'autre était -il myope ou hypermétrope,quelle musique les agrémentait,les nappes de leur table était elle blanche,en rentrant chez moi, j'ai grifonné tout ceci et me suis endormi,le jour d'après j'oubliai tout.

Rien n'arrête la roue sur la grande piste des jeux pervers,et la chair de poule des joueurs est d'un rose rouge baiser posé sur une joue creuse,un incendie pourrait prendre,nul  ne s'enfuirait,chacun regarde ses cartes sur ses mains refermés comme un coquillage ,en double croches de se taire,la musique qui domine bassement les toussotements de certains est d'un vieux jazz qui a les sons d'une rotule pétée d'un rémoleur devant des maisons vides,ceux qui sont plus âgés ont les plus beaux habits et jettent l'argent sur le tapis de toute leur inhumaine hauteur dans le geste détestable du semeur ivre,lorsque le croupier annonce la couleur,les uns rient,d'autres crient,d'autres encore ont la gorge nouée,des cercles se forment autour des gagnants,les perdants rentrent chez eux la chemise ouverte sur un torve torse,ils descendent tragiquement les escaliers et rentrent dans leur demeure un cocard à l'oeil droit.

La  certitude de s'élever derrière des porcs nous vient de nos lointaines descendances,fournisseuses de tabac à priser à effets plus ou moins secondaires,qui vont de la vitesse d'un corps pris dans une orbe à cette erre qu'ont les navires en basse mer,je précise ici que savament et sagement l'homme à coups de pierres tues,ensanglante,pénètre,charcle le coeur d'autres hommes pour les tromper et tronquer comme on va aux lugubres voix altérées d'une imagination sale et fétide,j'en appelle donc à l'ignorance de se renouveler dans une  douleur de tranchement de tête,et que celle ci n'aille pas rouler sous le billot avec les yeux écarquillés pour mieux voir le sang de nos fils poussés à la prospérité de mal se grandir, et de nous avoir trahis avec style,et cela sans que nous allions aux représailles.

Ouvre le bal aux yeux des mortes, laisse les formes te regarder de leurs ténèbres avec leurs lignes creuses et leurs filets, ne rêve plus de t’attacher à la terre, ce forçat qui s'éveille en te perçant les paumes, ne soit plus l’ insultant ne soit, l’insulté,trouve ta place  dans un autre désir où tu t’endormiras, que la nostalgie t’étende dans les fossés là où les vipères sont comme de fermes mains,voûte toi  davantage, ne ressors pas déterminé de  tes identités, suis l’autre dans le vent qui s’achève, ne vois plus clair, cela seul est enviable,que  les rayons te brûlent jusqu'à l'infinie plainte qui s'étendra à la nuit rauque, puis perds ta raison pour ne plus chanter que les hautes latitudes.

A ton entendement vont les scènes finales et les invités ne sont pas étonnés, chaque jour est un nouveau ton enfoncé dans la profondeur des murs qui s’éloignent, et l’entretien savant ne passe plus par les oeilletons, toi qui dès l’aube affleure le monde sans le déplacer, sais tu  que je ne m’ouvre plus qu’à  des entreprises de faussetés, là où la mémoire du sang est intacte,je frôle des musiques dès l’aube qui me ramènent à nos nuits, je cherche un allégement dans le souvenir,mais je n’ai plus l’assurance de ses bons services, j’ouvre les rideaux,le jour est sur les toits comme un maître qui ne m'écoute plus, et  dans cet automne je pleure quand montent dans le ciel le son des dianes et des clairons...