Au jour le jour 178

 

 

Qu’y a-t-il

Pour cet orphelin qui joue

Ebloui par sa vie

Ses larmes ses ferveurs

Ses sinistres écritures

Sinon une dolente paresse

L’abîme

L’absinthe

Les crépuscules

A ces désirs qui préparent la cendre

D’autres désirs

Avec leurs hasards et leurs cécités

Voyez comme l’amour

Long couteau de neige

Les attente et les pièges

S’emmêlent

Au parcours du sang

Quand de se délivrer de l’enfant

C’est autant de mentir

Comme autant de questions

Goûteuses à nos mémoires

Et qui n’ont plus de cours.


Le plus souvent elle s’ouvre
Pour des éternités
Où le doute a brassé ses images
Sa jeunesse
Ses perspectives et ses rebours
Quand elle sera assise
Sur la margelle du puits
Ses jours solaires seront
Des tables d’anthracite
Là où elle s’immisçait
Avec la violence
Des filles muettes
Entre la promesse et le repentir
Tableau d’une noce ancienne
Où pour s’amender
De tous les fruits qu’elle aima
Toutes les nuits lui creusèrent
Le ventre et les joues
Et à sa bienveillance
Nul ne tarde d’aller
Tant le corps de toute chose
S’initie aux extrêmes.

Oubliés le pain la sève
Et mes neutralités
Oubliés l’orgie et le vocabulaire
Cet allié rompu
Aux joies de l’artifice
De la vitesse
Du songe et des contraires
Oubliés le carême
Les fruits lourds de la crainte
Tous les bons côtés de la survie.
Oubliés le sel et l’eau
La mémoire qui chaloupe
Comme un cotre cuivré
Oubliés les rochers
L’escalade et le fer
Le faire le voir
Les idoles jetés du pont
Ce qui nous donnait envie
A la distraction des filles
Oubliés que piqués au rouge
Dans nos violentes saisons
Nous avions quinze ans
Et qu’au terme du voyage
Nos origines et nos langues
Seraient oubliées.

Si par un pays cher
Comme une plaie profonde
Tous les arbres à cailloux
Les fontaines sans givre
Avec des garçons ivres
Tant ils crèvent de pas
Terreux de leur savoir
Tu passais
Sans calomnies
Sans tes vastes facondes
Qui rouillent
Entre tes fruits
Palpant quelques nichées
Sur le passage des suzerains
Au dernier tissu
Que tu remues à ta fenêtre
Viendront s’y calciner
Tes peines et tes détresses
Vois comment ici
Avec l’ombre qui court
Jusqu’au village
Jusqu’à la frontière
Tu n’as plus à tes flancs
L’enfant avec son sablier
Dont le destin est d’aimer
Jusqu’aux couronnes
De fleurs et d’orties
Qui font la justice.
Remue jusqu’à la cendre
Ton ancien pays
Que le tison domestique
A imprégné dans tes os
Aux souvenirs qui s’expliquent
Par leurs ambles
Et leurs ambages
Tu préfères être heureux
Avec ces amis qui restent
Quand le feu s’est éteint
Avec celles
Qui ont un corps nuptial
Et embrasent les fenêtres
De leur irrévérence
Et sur le seuil des portes
Au moment de partir
Leurs jambes
Epuisent toute fermeture
C’est là aussi
Que tu regardes vivreCette autre
Avec ses voilures et ses tentations
Ses larges hanches
Pour nos foutaises
En germination
Mais avec si peu d’arrière
Pour parer à nos désespérances.

Si pour un haut pardon
Les femmes qu’on distança
Ondes strictement nôtres
Avec leurs cadavres gardés
Comme des portraits couverts
Et ces corps outragés
Qu’elles emportent
Dans leur lit
Tandis que toute faute
Les absout les élève
Si tout cesse avec leur sang versé
En dimanches violacés
Et qui pleurent bassement
Tu valais par ta peine
Une seule de leurs déchirures
Des enfants à paraître
Viendraient au castelet
De tes anciens bavardages
Et tu n’aurais plus
Tous ces leurres équivoques
Qu’on nomme après un acte
D’une importance larvée
Venue des flamboyants.

La sainte en un jardin
Elevée en fontaine
Est en gerbes de sel
En herbes de chagrin
Elle dort contre les roses
Une étoile à son front
Avec des pleurs immenses
Comme autant de chardons
Au tableau blanc de vivre
Tu regardes la morte
Avec en ta mémoire
La messe et ses fossés
Avec ses chants jetés
Contre le temps la vague
L’image pieuse posée
Au mur blanc de ta chambre
Et te vient la marée
Des anciens souvenirs
Du ciel où elle monta
Pour enfin s’accomplir
Dans l’adieu et la grâce
De celle qui destinée
A une sainte mort
N’eut comme autre poussière
Que de voir dans nos yeux
Mouiller la terre entière..
 
O visage bienveillant
De la femme si proche
Tu es mon cher arroi
Est mon astre limpide
Comme en monceaux de roches
Et tendres déicides
Et tu restes dans l’assise
De tous mes devenirs
Contre mes rêves froids
Et mes chères nostalgies
A me dire tes moissons
Tes ajours substantiels
Ajourés de moi même
En un autre essentiel
Ces mots qui vont venir
Comme des fruits moins amers
Nous serons renversés
Sur la table guerrière
Sur l’étal frontalier
De nos corps à distance
En ces vastes contrées
Où nos corps maladroits
Se retiennent de dire
Et l’avers et l’endroit
Toi si ténue tenace
Tu sais me retenir
Contre ton sein gerbé
De tendres démentis
En odeur de jasmin
D’ambre et de céphalées
Quand je pleurais acerbe
Des anciennes blessures
Advenues en cieux mornes
Comme une couverture
Où je divaguais ivre
De ne pouvoir tenir
Dans ma gauche et ma dextre
Que de faux repentirs
Que tu n’as pas jugés
Autrement qu’au regard
De cet arrangement
Qui vaut nos chers départs…