Au jour le jour 175

 

 

 

Prends garde de ne dormir

A ta vie amoureuse

Elle se découd toujours

A hauteur de la barbe

Et l’ange consciencieux

Qui parle par ta bouche

N’est rien au grand regard

Qui arrive des cieux

Car plombé à ta gauche

Par un corps désastreux

Ton cœur nu s’époumone

A corrompre l’adieu

Et de ne rien comprendre

Ni de chair ni de gloire

Quelque chose s’arrête

Aux frontières du soir

Que tu ne peux admettre

Car il reste sans nom

Aussi flou qu’un nuage

Qui n’a d’autre frisson

Que ce hoquet timide

Dans la course du ciel

Et qui est dans tes yeux

Comme un linceul humide

Mais tu veux contenir

Et l’ardoise et le mot

Qui se sont dessinés

A tant d’autres lambeaux

Et tout va au blason

Insalubre de vivre

Qui reste sans écu

Sur des couches de givre…

 

 

Au pigment des mémoires

Se mêlent les pays sales

D’où nous sommes revenus

Pour de nouveaux scandales

Toutes nos mélancolies

Sont d’abstraites tensions

Simples serrées obscures

Sans nulle autre intention

Que nous vouloir fourbus

Au milieu des décombres

Comme ombres de nous-mêmes

A nous même repentis

Mais à tout contenir

Quelque  chose se noue

A nos faces nos membres

Et qui tient du courroux

Car nul détail ne fait

La queue d’une cerise

Sur un tableau muet

Aux désireux du soir

Pas plus que soif et faim

Quand nous sommes assouvis

Qu’il reste sous la table

Toutes nos désenvies

Dans un décor austère

De plâtre et de chaux brute

Quelque chose bouge encore

Comme fouetté d’encens

Et nos sens avinés

Croient entendre les gouttes

D’une pluie de caresses

Venue de l’ancien temps

Quand nous étions certains

Qu’au berceau sous la cendre

Ne brûlerait jamais

L’instruite salamandre…

 

Aux viscères de la lune

Que tu rends ferrailleuses

Avec tes chaux de plumes

Le suif d’un membre froid

Tu adjoins ta misère

Tes grandes cécités

Et les vieux mouvements

D’une vie inopinée

Car rien ne chante en toi

Ni le vivre ni le vent

Pas même les escales

Aux amours emportées

Ton grain est serrement

Ta gorge inemployée

Et tous tes postillons

Restent dans l’air impur

D’une victime qui rit

D’une fossette absente

Qui ne s’assemble plus

En éclats délicieux

Venus de l’autre temps

Aux tripes d’arrangements

Ta lèvre contenue

Déverse en flottaison

Les mots d’une inconnue

Que j’ai nommé suave

A la coupe que tu lèves

D’une sellette branlante…

 

Bavardages aux nuées

Des fourrages d’un monde

Qui gagne sur le venin

Une langue d’anomalies

Et tu voudrais finir

Dans d’autres hauts dégoûts

Pour glisser d’un voyage

A un bruit plus profond

Que celui des glaçons

Aux boutons des corsages

De ces filles mal aimées

Au fond de leur veuvage

Vivre est un crime intact

Plus douteux que la grâce

Que tutoie le tonnerre

Aux clapiers d’excréments

Là où la bête informe

Et gluante de rage

Se range de notre monde

Pour du ressentiment

Dans la machinerie

Des bras qui l’encouragent

A se coller aux chairs

Pour des étranglements…

 

Ne jetez pas la rage

Ni la fête ni la fleur

La branche cousue naissante

A tous les adultères

Elles sont d’une agonie

Sourde qui veut éclore

Et qui vous mouchera

Aux premières giclées d’or

Faites durer aux garennes

Ce qui se couche et vit

Dedans le serpolet

Dedans les ancolies

L’herbe aux grelots sonores

Et qu’au coutelas bleu

Des heures dans la semence

La treille vienne trembler

A vos mains bienfaisantes

Quand tout le vin s’imbibe

D’une couleur d’océan

Sans que l’homme grisé

A vos lèvres limpides

Ne verse ses déversoirs

D’ombre et de savoir gai

Qu’il aurait rapportés

Des anciennes contrées…

 

La vaine progéniture

Des chiennes fardées qui dorment

Contre le paillasson

Froid de leurs démembrures

Infiltrées aux façades

Des chalands qui s’y fondent

Les voilà travailleuses

A craqueler d’éveils

Leur sotte descendance

Confite dans l’appareil

Outrancier du mentir

Et d’une vérité sale

Une casserole tiède

Accrochée à leur queue

Elles vont à des mariages

Qu’on dirait monstrueux

Elles hurlent d’odeurs bossues

Leur soif de célébrer

La distance l’imposture

De leurs sales contrées

Aux nuits reconnaissables

Aux blanchiments des filles

Qui se sont réparties

Dans d’insanes patries

Rues et trottoirs où dorment

Des bêtes équivoques

Aux flancs acides qui saignent

De chers chourinements

Et des lieux qu’elles emportent

Vers le noble établi

Pour des cisailles d’aube

Des breloques de nuit

Il ne reste qu’un bois sombre

Tout tacheté d’écume

Où un mâle sanglant

S’est abîme l’échine…