Au jour le jour 170

Avaler
Avaler la neige
Avaler ses larmes
Qui sentent l’ail la chaux
L’urine sous les appentis
Avaler son corps
Disparaître dévêtu morcelé putréfié
Dans l’effroi
L’effrayante inertie
D’avoir tout dit tout fait
Dans les diaprures les ancolies
Dans l’attente et l’étalement
La dure école d’exister
D’être un taurillon
Dans un toril
Une viande lassée lasse
Dans sa maison aussi
Où tout n’est que dissemblances.

Avec si peu de temps
Avec si peu d’orages
Avec si peu d’images
Avec si peu de corps
Ce lit
Qui ne contient plus personne
L’air par touches indicibles
La liqueur de soif et de mourir
En tremblante teneur
Avec si peu de debout
Si peu d’allant
Entre la trempe l’esquive et l’esquisse
Et les os qui blondissent déjà
La destinée des mots
Avec ce monstre terreux terré
En ses basses matières
Qui dort mange dans son écuelle
La gueule ouverte
Voici la nuit venue
Comme en boréalité.


Dans ce pays brutal trop de gammes, de pâleurs, d’odeurs d’effraie ,d’accordéons las, trop d’indignes lignées aux blondes chevelures, et les garçons muets avec une tulipe sur la face, tous ces morts en dehors des clous et de leur corset, comme ils sont dévastés, trop de canons dans un chœur vide, de souvenirs brutaux, de souverainetés viles, d’envies impalpables que les sens entretiennent pour de royaux mensonges, trop de jocrisses, de faussaires, et ces filles devenues des jouets aux saintes faces dégoulinantes de pleurs, trop de revers dans ce petit monde, trop d’objets sur leur base carrée, trop de bottes, d’ordres, de visières ,et pour ne point la nommer celle qui meurt sous les éteignoirs.


Comme je n'ai tué personne ,ma chambre est un excès de refrains, de livres de bêtes savantes aux lèvres accoutumées qui enlèvent au jour ses parts d'ombre et d'opprobre, j'écrase en toute chose la première syllabe qui porte ta fatigue , ta salissante hauteur, rien n'a jamais été plus digne ici que de se donner à soi même, de mourir petitement sans monter contre ta nuque celle de tes anciennes tuileries, ma fatigue est une rampe de bois vert qui cède et avec mon canif je me rase le crâne pour des nudités de singe aux grands rires de futaie, à mes pieds les dernières trouées du plancher rendent initiales des serpenteries de verre et d'acier successivement bleues et jaunes comme le rire, et qui vont vers l'âtre là où le feu voudrait bondir hors de la pierre pour te mordre...


Les filles nubiles avec leur sang et leurs songes intacts pensent à ces voyageurs aux grandes bouches avinées qui vont dans les pays de boue ,leurs seins sont de camomille, leurs lèvres de grenat, du moka froid leur fait des jambes et des sourires de clocher, les locataires de leur maison sont des, êtres cois qui fouissent dans les légendes pour en extraire ce qu'ils dresseront à la table des convives ,dans la lumière basse qui va de la jeunesse aux greniers de l'histoire, c'est pour cela que les jeunes filles nubiles se mettent au lit de bonne heure, et veulent rêver d'unir dans une révérence un oiseau cousu de fils d'or et  l’autre de dentelles qu'elles poseront sur leur sexe pour des épousailles sous les dais du ciel et que nul n'oubliera...


avec l'hiver qui croît
et qui nous obscurcit
tous nos pas de géant
dans la grande cour des hommes
ceux qui chassent les rennes
retiennent leurs élans
dans l'obscur sillage
à la veillée des ans
se sont appesantis
contre tant de nouvelles
à perdre de leur grâce
en paniers de dentelles
notre vue est commune
notre vie est sans vagueq
qui va du bout du monde
au creux de notre lit
voilà que tant de rimes
voilà que tant de veines
 en nombre unanime
comme rengaines
nous reviennent
ont le goût d'eau croupie
où des insectes fauves
s'agrègent d'un automne
qui n'est déjà qu'une ombre
rapportée aux enfances
aux cheveux dépliés
dans la treille et la pluie
où s'arrête le temps
à nos tempes idéales
serrées contre l'avant...