Au jour le jour 169

Cependant que je manque de dialogue, de parole, qu'est-ce que je fais du reste, je le mets en jeu,je le vomis,je le tiens en dessous de moi, dis-moi, que fait-on contre l'infection du cœur,un travail manuel,  on fuit, on jouit de n'importe quoi, dis-moi, on se rachète, on prend des excipients, on intellectualise son mal, mais tout ça, ça coûte, ça coûte jusqu'à la démence ou l'indécence parce qu'il faut des ingrédients,de l'amour en somme, il faut qu'une  arrive,et elle si on arrive,on lui marche dessus, on l'écrase, on en fait le tour beaucoup trop vite, on l'aborde et on en déborde, moi j'en suis à un certain nombre d'arrêts, alors j’attends, je ne sais pas ce que j'attends, mais j'attends, peut-être une main secourable qui viendra dans un mois,un an, trop tard quoi, mais j'attends, et l'attente est une maison trop vaste.

Ce soir est mon totalitarisme, ma civilisation de peurs et de refuges peints de blanc, à travers mon regard je filtre des images, c'est le thème récurrent de mon existence complexe, un reportage qu'on oublie dans ses concessions, ce sont des épidémies, les miennes sont à la proue et à la poupe de ce navire qui va à l'erre, le capitaine n’ y a pas de poste, je me répands en dédoublements, tout va à la mort dépassée par les dianes et les alarmes, j'ai le virus de vivre mal, tout en capital non exonéré, ma communauté est un siège troué, un effondrement, pire encore, un manque d'hygiène mentale, pas protégée, ma dépendance est sous la tutelle d'un prêche que nul n'écoute, et pour la première fois je suis seul à aller un référendum.

L'attente d'un train, l'attente d'un ami, l’attente dans un hôpital, c'est ici qu’on se charge,s’ écoule, que l'on se décharge, qu'on cherche un emplacement, un cycle ,un routage, ça fait bouillonner, on aimerait partir mais on reste, il le faut, c'est éprouvant et on n'y trouve aucun profit, alors on observe les autres, ceux qui nous ressemblent dans ce temps limité, on les ramasse avec notre regard, on les entasse, on les soupèse, qu'est-ce qui nous unit une à eux sinon le travestissement, dans l'attente on est un autre, immatériel, vague, méfiant, ces êtres qui ne nous sont  pas de discernement,  pas de divertissement, ils sont là un point c’est tout,ces putains d’autres, ils se traversent, se rejoignent  dans un autre lieu, là où on plante de la canne à sucre, où on va la pêche, où l'on s'endort, puis vient notre tour, on est à nouveau en service.

Portée à l'inconstance
Cette grande orfraie qui tue
Tu es celle  désignée
Pour un nouveau combat
Celui de la ressemblance
Les empreintes les stigmates
Des heures de chaque jour
Qui allaient à l'amour
Ne sont plus des richesses
Et l’offre  la faconde
Sont des nombres hideux
Les chansons de rencontres
Au front bleu de servir
Sont d'anciennes antiennes
Comme des troupeaux cloués
Vois ici un noir visage
D’un corps levé trop tôt
Guidé par un passager
Pour fuir une contrée
Où le tambour
Annonce les ombres déferlantes.
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Il est une lumière ou le sens coagule
Où dorment les écloses des matins expirés
Des dépouilles équarries au nombre des années
Où les bouches  sont faites pour d’autres préambules

Il est une lumière noire de  prolongements
Les gestes d’un couchant sur des fourrés de lustres
Et l'étendue offerte à tes aveuglements
Est une vaste peine que l'indolence illustre

Il est une lumière au milieu de la nuit
La revanche d’un sommeil où nul ne se défait
Nos charpentes nos os y sont tant engloutis
Que partir m’est douleur que partir est forfaitI

l est une lumière où dorment les raisons
Impudiques revanchardes mais d'un amour sans cesse
Et les croix qui s'y fondent sont des croix d’effusion
Où saignent des Judas autant que de déesses.
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La nuit s’écroule
Où tu reposes
La bouche violette
Aux morsures de la permanence
Le visible est sous la cendre
Peu de feu lui  suffit
Permanente veilleuse
Tu recueilles
Au sein du dormeur
La lumière offerte
À la pensée calcinée
A  ta dernière demeure
Où l’on pilait le grain
Plie au sombre idéal
Et ton rituel atteste
De notre sarcophage
Qui n'est plus aux prières
Le vent est une torche
Qui emporte dans les acacias
Nos inconciliables sépultures.
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D’essentielle demeure
Tu es la bien nommée
Aux vives couleurs
Engoncées à tes flancs
Nos traumatismes
Sont les corps d'avant
Ceux de combattants
Aux simples habits
De guerrier nomade
Notre siècle est de bois mort
Les chemins sont bouclés
D’alphabets aux ongles bleus
La houle est sous la lune
Comme une génération sans nuque
Et la génétique
Des corps simplifiés
N’est pas née de l'enfance
Nul parent n’a la preuve
Des jeux de ses enfants
Et chacun s'endort
Dans les filtres vacillants.
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