Au jour le jour 161

Prendre en ses mains tremblantes

Un oiseau

Rien de plus

Un fil téléphonique

Rien de moins

Rien de plus

L’enserrer en un noeud

Rien de plus

Rien de moins

Penser l'oiseau mourant

Rien de plus rien de moins

Sentir mollir son cou

Rien de plus rien de moins

Admettre que l'idée est idée assassine

Rien de moins rien de plus

Puis se glisser dans l'homme

Rien de plus rien de moins.

Il y a de lourdes pensées, de lourdes sensations, elles sont dans celui qui veut écrire sur l'existence et ses dispersions, c'est un concept d'autodérision auquel il faut d'abord penser, puis se pencher sur soi, faire une photographie, déchiffrer les négatifs, tout ce qui ne va pas la couleur, peser la structure, les filigranes en noir, retrouver la forme exacte de la figure voulue, le noyau dur  de ce que l'on veut montrer, une présence, et si celle-ci est dans l'absence, comment s'y prend-on, on s'ouvre alors à l'expérience de l'invisible, de l'intime, de ce qui n'est pas donné à voir, et là on tient la poésie qui apparaît tel un centre,un ventre, une giration, en fait les nôtres, et le texte et la photographie sont sauvés.

Marcher est d'un langage voulu, un constat sans débraillé qui dit que l'imprévu peut aller à l'amitié, la floraison, une route, une futaie, une flambée de chênes dans un bois que nul n'atteint, marcher  c'est une quête de proses et d'enfance, c'est aller à l'érotisme par saccades dans un doux essoufflement, on peut y trouver le langage de se taire autant que celui de ne pas parler ou alors qu'à soi, c'est cela que de survivre, c'est de cela que viennent les  questions, les interrogations, la dimension même du verbe qu’on a tu, qu'importe, la marche détonne en tout, elle n'est pas artifice, elle multiplie nos pas jusqu'à nous mener à ce cadavre que nous serons, bien structuré, osseux, dans le non soi, et ça, ça vaut pour le fond et pour la forme.

A toi qui jusqu'à moi voyages, pourvoyeuse de saisons, je dis le culte de la fausse distance si mal élaborée, la pensée qui s'échauffe dans un marin mariage entre le ciel couché et les étoiles mortes, je dis les citations d’un autre âge dans une langue de corne et de brume, quand le temps avec ses langueurs va à nos mémoires de chemins confondus dans la même douleur, je dis aussi la limite du sexe et du cerveau, la honte de m'être tu pour être nommé mâle, je dis la survivance d'être couché, assis, debout, sans but à atteindre, et l'attente d'un visage aimé, je dis la cuisante piqûre de la beauté de toi, moi ce rat automnal, indéchiffrable, tant il ne s'est pas vu naître, tant il ne sait pas manger, tant il ne sait pas boire, tant il est de ta mémoire en ronde bosse.

Au haut degré d'adepte de la vie

J’ai triché diversement

J’ai méprisé menti volé

Mis de la poudre aux yeux

Aux usagers d'épilepsie

Rien ne m’a ébloui

Les occasions m’ont manqué

De  tenir serrées contre moi

Des femmes éperdues de mercis

Rien de précieux

N’a eu mon dépôt

Je n'ai été félicité

Ni dans celle-là même

Les mots de la science

N’ont pas suffit

Pour la faire rêver

Pour aller

Dans les suppressions progressives

De mon être

Me voilà dans des jours trop compacts

Dans la mollesse et l'hésitation

Entre la chasse et le jeûne.

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Les présences

 Toutes les présences

Sont des interrogations

Des soupçons

En chaussettes bleues

Avec deux grains de blé

Dans la bouche

Celui qui parle le premier

En dit déjà trop

Nous nous fuyons son sommeil

On y trouverait

Le toucher de nos parentés

Alors nous saisissons

La première réponse

Nous  en faisons un repoussoir

Nous allons à la marche

Commandée de l'arrière

Par des amiraux engourdis

Au flanc des bêtes molles

Notre approche est une fuite

Une traînée de poudre blanche

Et nous nous endormons

De notre propre présence.

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Lorsque l'amour amer

Passera par ta porte

Il ira à la toile blanche

Douteuse de tant de mains

De couteaux élevés

Toi tu seras tripartite

Une fois contre des ruines

La seconde dans l'automne

La troisième au silence

Je garde toujours un œil

Sur ta patience

À t’endormir de moi

C’est ce qui pousse mon corps

A des dislocations

A des désolations

Tous mes réveils sont dans tes bras

Je ne vais pas te montrer mes veines

Je dors avec une bouteille de whisky

À côté de mon lit

C’est une communion

Je ne m'y épuise pas

Je t'attends.