Au jour le jour 140

Sans doute faut il douter

Et redouter encore

De ce qui nous remplit

De  sombres agissements

Nos grandes épidémies

Nos grandes jérémiades

De ce peuple qui fuit

Aux dernières aubades

Sans doute faut il jeter

Par delà nos jointures

Cette force immobile

Qui nous tient en droiture

Et que nous croyons vive

A tant mal exister

Qu’il n’est d’autre stature

Que de se remembrer

Pour des surcroîts de vivre

Aux multiples endroits

Où à peine ulcérés

Nous ne restons plus cois

Si bien qu’à découvert

Nous parlons délivrons

Des mots à la manière

D’un terrible larron

Qui de ses bras en croix

Voudrait comprendre l’orbe

Mais tout n’est qu’angulaire

Tout n’est plus qu’une arête

Et la terre se referme

Sur cette autre offensive

D’un dieu qui n’intervient

Que pour mettre à couvert

Son fils son noble fils

Qui aura tant souffert

De ne pas prendre l’homme

En dernière demeure

A la table où les hôtes

De mauvaises manières…

Dans les poches couturières aux grands arceaux de cuivre

Tu as mis cette terre écaillée de sarclages

Et nous y avançons pour un pèlerinage

Qui n’a pas d’autre nom que celui qui enivre 

Quand à ta bouche nue il est dit proprement

Avec son timbre chaud la couleur des étoffes

Eparpillées au lit comme le seraient des strophes

Au lutrin de ce bègue et qui jamais ne ment 

Car vivre nous suffit et bien suffisamment

Il est notre ressort de lave élémentaire

Entretenu sans cesse aux mains d’un lapidaire

Qui livrera l’opale à bien d’autres amants 

Que nous qui sommes encore dans l’éclat de ce jour

Où nous levions nos faces pour mieux nous regarder

Sans soupçon et sans crainte que ce nouvel amour

Nous incline à la hâte de n’en rien dévoiler…

ds portuaires entrer en possession d’un tambour,   d’une flèche brisée, et ce sont des souvenirs de scorpion et de lune qui nous reviennent pour un nouvel anonymat, en vérité bien que nous nous couvrions d’une grâce mesurable aux coups de fouet qui déchirèrent son flanc, nous gardons toujours des échardes en tous points de ce corps qui n’en finit pas de finir, et bien que caressant les nuques des filles, aucune ne veut de nous, orphelins encordés qui sont empêchés de prier à genoux ou devant un ru effiloché de feuilles qui baignent nos extrêmes nudités, aussi nous reproduisons le son de cette alarme et qui tombe comme un claquement sur une échine qui se courbera et courbera encore. 

La première tient d’une anémone véreuse qu’on presserait pour en faire éclater ses cratères visqueux, et voici ce qu’il y a de vieilleries insanes dans son corps, une serpillière,du guano, de l’onguent nauséabond, une balle de feutre trouée, la seconde est une créature d’eau qui au crépuscule s’invite dans les pestilences diurnes des étangs glauques et marécageux, là elle y pond trois œufs infécondables, puis meurt d’un axiome pulmonaire, la troisième est telle la prudence, sévère et appliquée à ce que nul ne la reconnaisse ou s’en saisisse, elle ressemble avec ses médiocrités à un phasme qui ne s’est jamais étiré sur plus de deux centimètres, d’où sa vive inquiétude et son désarroi, la quatrième me sert d’alibi, elle est de calme et de rousseur obtenus à la faveur d’anciennes plantes qui sentent la menthe et le benjoin, elle a aussi un goût de mûre qui éclate dans la bouche comme un prénom dit proprement, l’accent des voix chères quand elle me demande de mettre un corset pour fleureter… 

Aux multiples chroniques

D’aimer en résidence

De ce corps engourdi

De sotte persévérance

Je rajoute ma faim

Ma soif de te connaître

Au moindre doute hissé

A tout ce qui s’enfuit

La jeunesse et cette aube

Où tu as désappris

Ce qu’on laisse à l’accueil

Sur le dur paillasson

De crin de paille humide

De ces chères livraisons

Quand le cheval fourbu

Au soir de sa carrière

Se couche au flanc étroi

tD’une sainte crinière

Et qu’il voit dans l’éclat

De l’œil qui le regarde

Le plus pur des émois

Comme on retarde un lieu

Où pénétrer se fait

Dans le murmure intact

De ceux qui vont venir

Séjourner en demeure

Lever les mains au ciel

Sous les tentures beiges

Et effacer de nous 

Nos sombres sortilèges…

Mon amour a la forme
Intégrale de tes mains
En conclusion extrême
De tant me retenir
Et j’y vois les objets
Profonds de nos désirs
S’y tenir enserrés
Dans le plus cher des textes
Qui va jusqu’à tes lèvres
Pour de saintes images
Celles que nous avons mises
A nulle autre contrainte
Que de montrer le temps
Et ses grimaces feintes
Dans le plus bel orient
Qui va du souvenir
A cette autre contrée
Où chacun deviendra
L’unique chargé de l’autre
Pour un jour souverain
Qui a la résonance
De ce nom que tu portes
A ma bouche terrestre
Sans cesse à quémander
Que sur sa pulpe tiède
Reviennent tes baisers
Et qu’appuyé au dôme
Comme on détend un arc
Quelque chose d’essentiel
Ogival et duel
Me montre le chemin
Qui va jusqu’à ton ciel…