Au jour le jour 120

La nuit quand la déférence des hommes est une parure ou du désespoir, que les erreurs plus légères que toutes les façons de nous couvrir sont des bornes ou des barrières, que la magie d’être vus vaut tous les voyages et l’intelligence aveugle tant elle se débarrasse des hauteurs nécessaires, sous le ciel qui descend dans ce sommeil obligé, crime entendu, sans évasion possible, celle qui se présente comme une inavouée, plus ancienne que toutes nos sales confessions, vois comme elle s’avance, transforme la mémoire, les sourires, la matité des choses, et vois comme ses caresses détachent de la révolte d’être né avant l’aube.

J'ai dormi contre un troupeau de fragiles géants qui a traversé les forêts squelettiques pour atteindre à la plaine ,dans la multitude des bassins où l'on s'est vu asmatique ,nous devinons d'indicibles visages, ceux qui sont revenus en courbes rejetées dans nos céments ,dans nos chairs aux moindres vagues, notre curiosité à vivre elle est ferrailleuse, limoneuse ,lentement nous voudrions nous rapprocher de ce passé sous commande que des commentateurs borgnes ont affecté avec le culte de l'énigme, de l'obstruction, nos piécettes rapportées à nos mains d'enfant sont de petits toussotements étouffés, et nulle autre garantie que de ne pouvoir dormir contre le flanc des bêtes chaudes ne nous est donnée, sinon celle d'être attachés à nos détroits et étroitesses, cela ne nous convient plus.


Mes papelards sont des pattes d'oiseau prises dans le chenal où les détours sont limoneux, rien n'est perdu de ce que nous avons à notre boutonnière, mais déjà dans le lointain nous voulons relancer la lumière trop tôt bue ,à trop jouer des yeux et de notre exigence, la mer nous est devenue invisible, nous avons mené nos maigres troupeaux dans un loisir qui ne leur était pas dû ,nos petits ports ,nos petits estuaires, on s'efforce de ne plus les discerner que dans notre mémoire à la lueur des ocres décalcomanies de nos enfances rectilignes, insomniaques nous couvrons nos parts de nuit avec ce que nous avons déposé dans nos folles espérances, hélas toujours en scène nous nous embourbons dans des marécages roussâtres où des insectes émietteurs de temps  maintenus dans leur forme par le vent, donnent à nos fausses grâces des mots en d'épaisses couches de noirceur.


Sous un ciel bleu la vie ne peut se faire sans nous , sans nos maladies, à cesser d'être aux iliennes stations nos cœurs ont décidé de faire le tour de nos rotondes, et quiconque veut écrire le réel y voit le grand regard du monde sur ses primes matières, l'heure heureuse n'est plus à éviter, les peines dont nous sommes démunis avec leur taux d'assurance appuyé , nous nous y livrons avec l'appareillage de notre jeune âge ,toutes nos vies sans partage sont de déchirants drames et l'âme finale que nous avons rassuré les criconstances est au delà de nos simples récits, pour sortir sans brûlure sur le parvis des églises invraisemblables, avec nos robes de communiant nous ne voulons plus être dans les interstices et intervalles ,aussi hommes mourants ou hommes attachés à l'existence, nous feignons des résolutions, des kilomètres de durée, rien que de la fumisterie sur les pavés crasseux et désaffectés.


Au jeu de l'amour et du hasard, mes rivaux dont je ne vois pas le visage vont sur des sites où ils prennent de médiocres médicaments floutés pour faire le récit de leur vie diurne, vous qui connaissez les retouches de ces visages imaginés ,croyez vous qu'ils soient crayeux au point de dire une belle enfance ou à une lettre près que leur écriture est une navigatrice sans doigt qui mène un navire  au radoub, vous qui concernez mon esprit et ma littérature qui ne va pas vous enclore, ceci vous est une pièce d'identité remarquable blanchie par l'invisible effort de ne pas vous la montrer, pas plus que mes extrêmes nudités, folle respiration offerte au regard placé sous le soleil ,aussi quelque soient mes glus, mes consistances, embarquements pour des terres inconnues, je dis ici que le temps n'est pas un passager qui fuit pour se décrasser aux océans funestes, pas même un homme squelettique formé à la ferraille et à la trempe ,cela vous le savez ,ne vous endormez pas sous les baldaquins poussiéreux, à l'or sans irradiation ,ce sont des ciels bas avec des têtes de condor et qui vous perceront le cœur.


Vous me dites que mon sourire manque, à un visage de militaire dans sa guitoune, je ne suis pas plus obstiné que vous à la tristesse, comme vous pourriez l’être à la rencontre. J’ai été amoureux ,épris, dans la méprise, dans le dégout de tous et de tout, mais j’ai gardé ma plume et mes encres pour celle qui ne sera pas tortueuse dans sa carapace. Les beaux officiers qui officient devant l’étal des bouchères élaborées, je leur laisse leurs canaux et leurs effluves, qu’ils trompent leur monde, je n’en ai cure, moi je suis de surface et de profondeur, j’ai la peau douce de ce gitan animiste qui a été jusqu’au fond du désespoir pour en ressortir comme un bagagiste hémophilique affecté de son sang, vous le savez mes animaux ne sont pas malades de la maladie des hommes ,quoique  je reste à dégobiller dans les baissières où toutes les rencontres son inutiles ,je me retire seul, sale dans ma chair pour en extraire une vérité de moribond qui ne peut plus se retirer que dans la menterie sur un lit d’hôpital.


Aussi ai-je pensé que nulle autre que vous n’entrerai plus dans ma peau, dans ma joie aussi rare  que les lieux épandus d’herbes rares, ce que je vous dis, et qui va ,du fût à la barrique, c’est que l’arbre qui naît n’entre dans la forêt que pour y entretenir des racines destinés à faire croitre des talismans. Flottent devant moi les ombres amères de devenir vieux, écartelé mais encore conquérant , auprès de mon minuscule lit, point de dais, de baldaquins, un verre de vin une cigarette, la rouille des anciens jours, cela me sied, cela est mon bien rare. Combien j’eusse apprécié de Dieu qu’il n’ait pas de goudron dans la bouche, il aurait pu vous parler de mas abondances, des pins parasols qui passés midi laissent le chant des cigales monter au ciel comme après un mariage d’enfants ou d’oiseaux sans calibre, bruire le vent dans la grande musique du sentiment, que ne vous endormez vous pas à moi, pour une signification dont je ne saurais le sens que dans mes déraisons.


Ce sont vingt deux lignes appuyées sur un cahier brouissailleux qui font et défont mes écritures, cette estrade où je pose des soldats de paille que vous abattez de vos cils au faible vent.je vous assure qu’on a beau s’exiler dans un pur pays, l’air y est aussi irrespirable qu’un enfer à mon goût. Que m’animent encore ces bouquets d’ombres et de sinueuses flatteries, et j’irai comme un somnambule divaguer aux fantaisies nocturnes, peu m’importe les foutaises dans les croyances du tressaillir, je crois encore pouvoir me reposer après avoir pris un rendez vous exact avec la promesse d’une femme susceptible d’un vrai mensonge. Au jeu de la poussière levée contre le sable, j’acquiesce pour le sable, parce qu’il peut s’écouler de mes mains, me mener à la dune, et la dune à la mer où je me noierai ivre, tendre, minuscule, et homme de foi.


J’écarte trop souvent de moi le plus haut de mon âme pour probablement ne plus voir les comptoirs où je me suis enivré comme un lieutenant qui a rincé tous ses soldats, c’est là aussi que l’asphalte des planches me ramènent à des déroutes. Je fais avec mes bras ,mes mains, des torsades où les objets environnants ont le visage des aimées, des années de plomb et de roture, celles qui n’ont pas fui avec le déroulement de leurs jambes vers le bel, ancien âge, celui de leur sexe envisagé comme l’unique lieu où il aurait fallu se perdre. Plus je défaille, plus je balbutie, et plus mes efforts pour circonscrire l’espace et la page sont des rotondes où je tournicote à la manière d’un magicien qui n’a plus qu’un seul truc dans ses paluches. Je m’arrête à vos interventions, je retombe à ma base en anabase et en faibles denrées ,mon cheval fou a crevé ce matin.


Les maris ont des inventaires qui vont du théâtre de la chair au cimetière avec leur flux de nauséeux parfums, qu’ils soient impatients, et ils témoignent d’une absence grossière tant leurs artères sont simples et tant ils veulent rafler le pot de la nuit sans y avoir mis un seul centime, tout cela sans passer derrière le rideau cramoisi où se planquent les belles amoureuses de gnomes au grand balancier. Il est rare de gagner plusieurs fois en extérieur sans ses intériorités, et pourtant que d’hommes se relancent dans leur vieille histoire ,avec leur valet et leurs godillots troués pour ne pas noircir davantage le tableau de leurs sottes épousailles. Je  ne payerai pas cher de ma peau en mourant, mais c’est plus catastrophé qu’en mutisme ,que mon putain de langage ,que mon bavardage, celui des familles patriciennes, que j’irai à la fosse avec mes diatribes qui s’engorgeront de mes ressentiments.


D’une docile colère je me bride, c’est surprenant et artificiel, j’ai l’oriental talent des obliques, des lignes en intercalaires, je n’éperonne pas les bêtes que je désire, je les borde pour des ruts, des chaleurs, de la crinière aux sabots je m’emploie à les dépoussiérer, j’examine leurs herbes et leurs échelons, tout est y largesse et démesure. Mes bêtes sont de chevaux savants ,conspirateurs qui me surprennent à ne pas aller au cirque des hommes, pas faites pour l’attelage non plus ,juste belles à regarder, lorgnetter, je sais ceci quand leurs oreilles sont droites et qu’elles écoutent le vent ,le soleil venir à elle en droiture. Tout ceci n’est que fiction, je sais que j’invente des voltes, des circonvolutions, c’est le froid qui me saisit jusqu’aux bottes, me commande d’autres étalonnages, et de mes hongres jusqu’à mes mollets ,je nous empommade avec du torchis ,des liquides grossiers venus de la vase, puis je m’endors contre leur flanc et je rêve d’Asturies.


Mes indécences sont des cortèges où de jolis chapeaux vont aux filles qui voyagent en chantant à tue tête, autour de moi, aspirées par des sanglots elles parlent de leurs nuits sur des îles aléouetiennes, accidentées, de ces institutrices qui leur faisaient le regard frondeur et effronté, je n’ai pas la compétence ni le droit de les gifler, fut ce modérément, parce qu’elles mentent. Aussi je les laisse à leur poids de potiches, de grue conservatrice de faux sentiments, bien, qu’elles se mordillent les lèvres de reconnaître leur ignorance, leurs mystifications ,je maugrée, rien de plus, je sais d’elles l’humidité, la moiteur des printemps, de leurs premières amours ,leurs recherches de bonnes occasions, trop extérieures, top intérieures, elles me lassent avec leurs petites taches de rousseur, bleues au comptoir de mon âme, et leurs yeux d’une autre moitié d’autorité, comme ils sont grands ,larges ,elles n’en valent pas ma peine, je reste le gardien stérile et outragé de leurs vingt ans.
Et de tant desserrer ses étreintes furieuses


Notre âme comme en bas sons se refuse aux croches
On peut trouver encore dans l’air où de curieuses
Filles filtrent  des chansons des caresses de roches
Des rimes inaltérées aux becs des passereaux

Comme des hosannas jetés en dérobade
Dans l’univers des formes et celui des lambeaux
Elégants retrouvés dans le corps des malades
De ceux qui ont joué dans l’orchestre divin

De la lyre de la flûte jusqu’aux plus hautes sphères
Où la gueuse d’un seigneur pèse ses toux ses refrains
Comme autant de poussière ajoutée au désert
C’est là qu’en nuit rouée d’antiennes monotones

S’établit une amante revenue en concert
Avec du mouvement dans sa voix qui frissonne
Une jeunesse éternelle sur le ciel entrouvert
Qu’attendre de la nuit qui ne nous soit plus proche

Que le son d’un clairon en de multiples croches
La cendre d’une étoile tombée au paletot
D’un vagabond qui tend sa main pour un grelot
Le monde a cessé d’être il ne s’élève plus

Nos clartés sont laiteuses nos voix sont incertaines
Ce qui blanchit nos os fait de nous des reclus
Au pacifique oubli gangréné de rengaines
Le soir se décompose en ombres ténébreuses

Il est plein d’abandons de carcasses putrides
Où grouille un univers d’insectes résineux
Englués en guirlandes dans leurs réseaux rigides
Ce que nous devinons et sommes devenus
Nous affaiblit d’emblée une nouvelle fois
Empressons nous d’aimer avant cet absolu
Qu’est la mort sublimée qui revient d’un combat.


Avant que d’être dans le péril du silence que j’ai voulu nous imposer, j’ai pesé mon âge et la distance où tu marcheras sans moi, ce me fut un regret immédiat, lourd, clinique, froid, et à tes primitifs signaux j’ai aussitôt répondu que je suis un homme de rencontre, de passage, et que tout ce qui glisse et se glace de toi à moi, vaguement sur le papier n’est pas dans ma culpabilité à ne plus te voir, tu dis m’avoir cerné, cerne t-on une arithmétique qui ignore tout d’elle, du zéro à l’infini, qui ne sait si elle est de base et de hauteur, mais qui connait les nombres impairs de tous tes retardements, de ceux qui font les fards et les beuveries ,à vouloir rester dans l’opaque lumière des incendies qui se sont trop tôt éteints, je sais que je ne serai pas à un jour près, pas davantage un mois ,j’achèterai encore des cahiers à dix balles où je dirai ton nom au plus culminant et bas de mon existence ,cela tu le possèdes, sœur de jadis et de maintenant au doublon de nos semblables enfances ,tu le sais parce que tu m’es apparue comme un secours, un recours, une pause ,ne pense pas que ce qui me relève et me révèle ira à d’autres anonymats, j’irai toujours là où la maraude n’a pas mis d’agents à ses carrefours, j’y entrerai comme en un presbytère pour y piquer des hosties et boire le vin des messes.