Au jour le jour 107

La nuit remontait toujours à nos sources, nous rêvions au point le plus violent de notre rencontre dans un été de limailles et d’embrasements. Je me souviens des premiers jets de lumière jetés à notre face pour nous aveugler, il n’en fut rien, j’étais dans votre regard, vous vous étiez incarnée dans un corps que je disais animal tant votre allure était celle d’un faune peaufiné en femme, sorti de son antre pour bouffer du ciel et de l’astre, mon attendrissement d’enfant ne me fit pas défaut, j’étais comme un garnement qui découvre un cheval à bascule sous le sapin. Ceci est encore proche de moi, et mes jours de chagrin qui sont de ma pureté à vouloir les relever sont dans l’ordre de cette normalité que vous me vouliez, ce fut épreuve…Je baisse encore les yeux lorsque je rentre dans mes enfermements, mon enfer domiciliaire, je pose un pied devant l’autre et j’avance, mon corps n’est plus dans la reculade, je vais m’affronter dans un lieu qui m’est propice…

J’ai construit pour moi seul un lieu noir pour de la maraude d’anciennes saintes images et de l’abattement, lieu où ne viendra plus la forme d’aimer, arc bouté contre des cintres sans tension je cherche le beau déséquilibre pour une belle lassitude, la peur n’est pas mon lot, c’est un maquillage inefficace conçu pour les survivants de métier, je ne suis pas d’entre eux ni parmi eux, jamais je ne le fus. Je n’ai plus de réponse à proposer, je pose encore avec naïveté des mots un peu partout, c’est suffisance et fatuité soit, ces mots de fâcheux il faut bien  que leur forme prenne celle d’un corps qui ne veut plus rien prendre en compte. L’alcool qui me reste toujours au bord des lèvres ne va plus à aucune bouche, il n’enlève rien à mes mutations, je suis lourd et pauvre d’une aux couleurs chaudes d’un bas relief que le temps a déteint, je me livre à moi-même pour n’avoir plus à me débusquer, un plus haut chagrin viendra du plus haut de mes vertiges, j’en ai la certitude, je suis de ceux qui ont toujours grelotté dans la chaleur avec un ciel bas et pesant dans la poitrine…

On y voit un chien qui bouge la tête mais ce chien n’est pas un chien c’est une intelligence quelque bête qui ferait autorité avec la parole mais à tant vouloir qu’il soit en marge sur la plage arrière il met de plus en plus de force à tomber et lorsqu’il tombe il se met dans la peau d’un patron à la place du mort…On y voit de la langueur parce que rien ne dit mieux la langueur que ces insectes courroucés qui marchent sur la tête avec un bruit de scratch un bruit de feutre de feuille froissée ne vous défiez pas de ces petites choses aux petits appendices qui font de l’ironie avec leurs élytres c’est un langage clair une stridence bien nette et propre quand vous les entendrez vous entendrez le monde légitime qui ne met pas ses bésicles d’or…

On y voit un couple elle est brune il est brun on les soupçonne de se voir pour la première fois ils chuchotent l’un à quelques centimètres de l’autre ces centimètres sont des langueurs de mots on peut en extraire de l’amour si on les soutient attentivement ce sont des mots frêles dignes on les retient dans la défaite autant que dans la victoire lorsqu’elle l’assure de rentrer seule il la raccompagne à la première station elle lui a pris le bras et quelle lumière dans ses yeux qu’on pourrait en extraire toute l’eau de la mer toute l’encre pour écrire des milliers de pages qu’elle ne lira pas des pages avec lesquelles on pourrait tapisser toutes les sentes des forêts sans nom pas avec parcimonie mais abondamment avec l’envie de n’être plus seul à avancer entre ces grands arbres qui prient comme des abbés souls