Au jour le jour 92


  

Douleurs aux notes capitales
Sur des prénoms inachevés
Et ces alcools
Ces graminées
Ces mots pour des noces sans fin
Dans le fichu du mystère
Tu  les entends
De ta vie immédiate
Crayeuse comme des hivers
Est un dé qu’on jette
Dans le hasard du monde
Au cœur des hommes
Epris d’un gras mouvement
Signe de mendiant asséché
Qui pour un mal
Solaire matinal
S’égrise dans les grilles
Et vous la plupart du temps
Guettez mélancoliquement
À contre ciel
Toutes ses ascendances.

Au règne transparent où il n'a rien à dire ni à contrefaire ,la femme qui plaisante dans ses déclarations n’est pas plus heureuse que celle qui tire sa richesse d'un monceau d'or, la fortune de l'une et de l'autre est d’un ton grave où l'alcool est un soleil sans garde, dépouillé de ses armoiries aux dents de lion, ou d'un adulte gâté, ce sont dans mes mains chauves que vont leurs sens, et  le soutien de tous les souvenirs où il est question d'une existence entre le fer et l’eau, entre les méandres des vœux et des questions auxquelles personne n'a répondu, puis le grand culte du silence avec sa peau d’onagre et d'arbre sec.

Je n'aime pas le sens grossier
De la poussière
Qui va d’un père invisible
A un fils malvenu
A mes évidences
Ses yeux ont ombragé
Pour ne pas oublier
Ces passages ces prières
Et ces effrayants entendements
Moi qui connais mes ancêtres fatigués
Qui ont fait le tour du monde
En cale sèche
Je suis assuré de mourir
En  une eau trouble
Où des serpents se lovent
Après avoir été atteints
Dans leur sommeil putride
Par les pleurs et les grimaces
De ceux qui n’ont plus de jour
Dans tous ces champs que je ne veux pas hurler.

Sur la sagesse et le poignard
J’ouvre mes yeux de vieillard
Des plaies sont dans mon regard
Le paradigme de la perfection
N’a pas de saveur avancée
L’âge est maigre
La terre incomplète
Les digues fuyantes et abaissées
Mon courage s’est distendu
Ma tête s’est embourbée
J’ai les poids d’un insecte
Hors de cette saison préférée
Les roues sont des moitiés de rouages
Mal entretenus
Les visages en déchets masqués
Sont  d’insensibles peintures
Posées par des mains de femmes
Qui ont qui ont pris la forme de l’air
D’un faisceau de lumière
L’ombre s'est détendue
Je n'ai plus peur
Je baigne mon corps sur les toits
Dans un ciel débordant d'orages.

Visite bleue
D’une infirmière à domicile
Elle me pique d'infamie
Sa blouse est un instrument
Prise aux ailes du désert
Je me couds des poches
Au gousset de mes chairs molles
Mes paupières se débarrassent
Des images d'un siège désolant
Je force le sommeil
À m’enfoncer dans la pierre
Je veux dormir
Dans les lourdes masses
De l'éther et des somnifères
Travailler à d'inutiles gestes
Serré contre moi-même
Dans les grappes lentes
Des draps blancs
Qu’une femme singulière
A enveloppé de sa nuit
Où je la rejoindrai
Pour l’avaler…

Route au cœur précieux
Avec ses extrêmes solitudes
Écrasée par les rebonds
Par les mains
D’hommes terreux
Dans la libre tristesse
De l'avis
Plombé par les faux mariages
Et toute la soupe de la nuit
Qui s'échappe
Par les poumons crayeux
Ces tombereaux de branches mortes
Toutes les arêtes
Sont comme des chiens assis
Dans l'attente d'un maître
Qui ne contient pas de gloire
Et qui abat sa laisse
Contre l'échine creuse
De l’animal qui va disparaître
Dans un fouillis d'étoiles.

Règne des indécences
Des soliloques du pauvre
Quand dire est la lumière
Soumise aux lois des  rues
Et tous ceux qui ferment les yeux sur l'herbe
Avec ses douceurs et ses fureurs
Dorment et se jouent du temps
Les réveils sont des voleurs de nuit
Le miracle de notre compagne
Est une ombre évidée
C’est une erreur un accord d’absence
Qui ne va plus au jour pour y dévoyer
Ses contrefaçons
Sinon pour de vaines fixités
Dans un froid minéral
Ce venin nécessaire
Pour les passagers de l'amour
Qui sont des vigies sur un mât…

Quand j'aurais de ce monde
Obtenu les distances
Je serais reposé
Comme un être en constance
Resterais comme un frère
Homme de tant de lui-même
Qui servira son père
Ce vieillard oublié
Et qui s'est endormi
À l'aune de ses prières
Là je serais partout
Où la clarté traverse
Les chiffons et les lettres
Comme une invitée soule
Attardée d'Atlantique
Qui roule sous la table
Avec toutes ses obliques
Quant aux amis hagards
Il viendra des répliques
Piqués par le hasard
Qui m'a conduit vers eux
D’un sommeil impudique.