Au jour le jour 91



A tant te regarder de mon ardent visage
j'en oublie mon passé avec tous ses veuvages
ceux qui m'ont dévoyé et alourdi ma peine
comme un chien étourdi relié à sa chaîne

a tant voir au miroir désinvolte ton âme
se quérir de ma vie comme brûle une flamme
j'examine au plus près ce que demain sera
serré contre ton corps mon cœur qui se débat

aux ossatures extrêmes d'une vie colérique
où s'est amoncelée cette étrange musique
de ne pas vouloir être de n'avoir pas voulu
entrer dans l'existence pour y être reclus

et voilà que tu donnes à tous mes infinis
l'aspect violet du temps à mes veines enrougies
par tes baisers fiévreux ton amour tes envies
comme on se coule en eux pour une douce nuit...




Qu'à ta bouche gourmande par tant d'amants brassée
aille cette autre bouche vaincue par tes baisers
et qu'aux tendres aveux déchirés dès l'aurore
tu donnes ton visage comme on concède un corps

ces grandes tiges folles dont je suis affolé
de tes seins à tes jambes joncs par moi adressés
et tes mains rabattues à mes flancs en crevasses
sont au jardin du lit comme des plants tenaces

où s'étagent nos chairs pris dans les plissements
des draps où nous droitures sont tant de frôlements
et qu'aux dires entendus sous la lampe blafarde
nous ajoutons des rires des cris en hallebardes


pointes dressées sonores pour recueillir la nuit
avant que le sommeil  n'aille aux incendies
quand dans l'heure suivante tu viendras m'adresser
des étreintes flamboyantes comme de nouveaux brasiers...


J’ai de mauvais souvenirs, je les garde pour moi, j’ai de beaux souvenirs, je les garde pour moi, alors à quoi bon en parler si ce n’est pour vous mettre de l’eau à la bouche, des  sanglots là où ils viennent, car voyez vous cette eau, elle pourrait être d’un lointain où les voiles sont contre le vent, où la pluie ne dicte pas sa mélancolie aux fontaines, où les wasserfalls ne sont pas blonds, où la terre est traversée de part en part par des voix qui viennent d’anciens songes pleins de rancœur et d’amertume, c’est ainsi qu’on peut arracher aux nuages la forme des filles ,des flutes, de  la musique, tout ceci pour propager dans les rondes nos arabesques de rires qui surgissent d’un temps où l’on voulait de l’émoi dans ses souvenirs…

C’est un grand tout immense comme une simagrée à cornes. Cette simagrée n’a pas de clarines, mais on l’attend dans les fastueux hôtels où la belle gente se lève à midi, on l’attend dans les ascenseurs, dans les cuisines, dans les lieux où les habitudes sont mauvaises et la lenteur lourde, quant aux couleurs elles ne sont que des ombres lumineuses à la sortie d’une urne funéraire. Je me souviens de cette simagrée nocturne, en talons hauts, de vingt piges avec des fanfreluches tout autour de son corps. Au premier halement, je suis perdu dans ses éthers, au second dans ses éternités, au troisième c’est déjà le matin et mon maintien bat de l’aille autant que mon cœur dévasté, après tant de choses se compliquent, que je pense à des noces blanches, au fouet, à la naphtaline, et bien que je juge ma présence indésirable, je ne me fais pas discret, je vais dans l’amour comme on va au front, géométriquement…


C'est un autre jour
Qui s'avance avec moi
Pour un sang noir et redoutable
Les diables
Avec leur visage à facettes
Font de la musique dans les squares
Pendant que des infantes malades
De leurs bleuissements
Arrachent à leurs poupées
Des membres
Qu’elles jettent
Dans l'alignement des herbes
Rougies et rongées par l'autan
Ce serait une hauteur que de les atteindre
Mais en été
Je ne suis pas aventureux
Aussi je n'ai pour perspective
Que de respirer
De m'abaisser pour ramasser des pierres
Que je poserai sur le ventre des vieillards
Et qui les enseveliront...