Au jour le jour 89

Celle qui me dénonça avait un cœur épais comme le lait des vaches maigres, elle s’ouvrait haut les veines sur de l’asphalte nue, courait dans les montagnes étranglées de soleil, ouvrait ses bras aux joies aigres des colleurs d’affiches, celle qui me dénonça, sans jamais regarder en arrière, était femme de blé, d’agate, de rivage, et d’une pauvre beauté pour mériter son nom.

Imaginons un secret, grand comme un dé à coudre ,lourd comme une purée de poix on le tait, on le retient dans sa tête pour ne jamais le divulguer, mais voilà que ce secret se met en boule ;son monde est bien trop vulnérable, et le secret parle, il parle si fort et si bien qu’on lui paye un avion pour visiter tous les pays.

Déjà au mois d’avril, il plonge dans les étangs vosgiens habillé en scaphandrier, elle, elle le guette sur les berges boueuses, écartelée entre deux ciels ;puis c’est un corps qui exulte à la surface, éclate à la lumière, et elle ,blanche de s’abandonner dans ses bras humides qui savent une autre existence.

A toi qui voyages

Au plus loin du dedans

A toi écho de porcelaine

A toi je promets

Le sable l’eau le sel et le papier

Comme dix mille abandons

Qui signifient le ciel

Autant que le naufrage.

Je m’attache à te préciser

En ce midi

Où toute chose est verticale

Si familière

Et si lointaine

Que seuls comptent le vent

Les roitelets et les bleuets

Le vent pour les versants

Les roitelets pour les saisons

Et les bleuets pour ton éclat.

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Elle tombe de haut

Dit des salades

Se conifie

Je la battrais

L’éreinterais

La courberais

Hélas je ne suis qu’un baudet

Avec des mains de vaisselier.

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Elle disait souffrir des télescopages

On ne fait pas une femme avec des miettes et du papier

Un soir avec de l’argent bien propre

Elle se procure une nouvelle vie

Parmi les voyageurs les touristes et les curistes

Depuis ce jour elle se fane

Ne répond plus au téléphone

Moi ça me fait grand mal

De la savoir occupée aux sales besognes

Que j’en oublie mon imparfait.

Le jour qu’elle entre dans ma vie

Qu’elle s’ouvre

Me montre tous ses cultes

Qu’elle met ses beaux habits

Qu’elle se saoule de mon vin

Qu’elle me questionne

M’apprend ses heures de nuit

Décide de mon sort

Se projette dans des insoumissions

Le jour qu’elle..

Ma fortune est à vos pieds

C’est un grain de café

Grand comme une pyramide

La pyramide est sous terre

C’est une autre Babylone

Quatre heures

Nous déjeunons

Le Tibre s’ourle de djinns

Avec ses papillons rouges

Puis nous dormons

Sur le divan.

A la sortie des classes, la mère le ventre rond le quête du regard, lui crache à terre, sanglote, épris de la maîtresse ,une pute de trente cinq ans qui n’en fait qu’à sa tête..

Sous la tente, l’attente, juillet est lourd, lourde la sauvagerie d’un corps qui se dérobe ;le feu la nuit m’invente des départs, les insectes déménagent, la lune somnole saoulée à vif des desseins du gris. Je suis en proie au jour, mes yeux sont cernés, dors à contre courant. Demain, la pirater et partager nos défaites, mes mains dans ses cheveux, ma bouche contre sa peau.

Elle me tapait la queue, sur le système et dans le porte monnaie, un jour ce fut la porte, fin de course, à bout de souffle ;puis moi, saoul, seul, triste, plus de détente, de tentations. Aujourd’hui je la voudrais bleuie aux soirées d’autrefois, bas de soie, culotte petit bateau, et que nous nous repassions nos antiennes à pleurer..

J’ai pris froid, des oiseaux nichent dans ma poitrine, finis les peintures gaies, les bourgs boisés, et les collets. Sot comme un rossignol, horrible comme un pinson, je clame bien haut les voyages à contre courant, mange des graines, bois l’eau des sources, fais mon monde à l’image des vents et des marées, j’ai besoin à présent d’elle pour mes mouvements.

A toi qui jusqu’à moi voyages

Voleuse de romances

Mille et une fois la même

Pour toujours rayonner

Adieu clair et ténu

Au milieu des défaites

A toi qui fais si mal

D’être si las ensemble

Je dis le pays de la distance

Beau comme un ciel de douceur

Pour écrire une peine infinie

Grande vermeille ouatée

Comme les commerces des servantes.

Dans une femme silencieuse où rien ne fait défaut, le sang est une parure, et le mensonge tant de saisons. Je veux oublier de toi, ma tendre illimitée, transporteuse de flocons, tes dires, ces petits riens orduriers, séquelles d’un amour qui saignerait du cœur, comme d’autres de la bouche.

Que nulle voix ne m’atteigne

Qu’aucun regard ne me parvienne

Plus triste que de vivre

Ma rancune est contre vous

Petite femme immobile

Qui prolonge ses aubes

O toi mal illustrée

Dans mes cahiers poisseux

Retranche moi du mal

Animal de faux jour

Qui fait douter et rire.

Quant au bruit que fait le silence, parlons en ;ça n’a pas de prix le silence, ce silence là est un chef d’orchestre avec des visions de tonnerres et d’orages, quel dommage pour les taiseux qui ne se souviendront que d’une barbe blanche, et de chiens sans écorchure.

Conjointement

Tu m’es hardie

Prière hier

Messe aujourd’hui

Comme je t’alterne

Tu me discernes

Que ne puis je davantage

Te maudire te haïr

Médecine panacée

O toi disciple née

Pour d’autres maladies.

Moi qui vous aimais si fort, si chaud, si mal, je disais que rien de vain ne nous arriverait. Je vivais en plein dans ces heures d’arrière cour qui me coupaient du monde ;j’avais le poing serré contre le cœur,et le cœur jusqu’à votre domicile. Ces rues que nous connaissions comme des pentes en posture, voilà qu’elles s’adressent à la colline…Je pense à ça aussi, je vous interdis de songer à me régler d’avance.