Au jour le jour 88

l’extrême voyageur à qui ne va plus la douleur du pas est mon adresse ignorante des lois inventées pour le contrer, pour le faire buter contre les réverbères, les lanternes éteintes, les soleils assoupis dans l’affreuse poussière des villes saupoudrées de parasites et d’inconsistances. Laissez passer cet homme, il n’ a nulle colère, il tient une femme par la main, l’emmène vers les bassins frontaliers où s’endorment des crapauds dans des chants aux gorges chaudes, dorés comme les joues de ces filles qui n’ont pas refermé les portes au passage des amants incertains. Aux coups répétés de la nuit, avec ses chambranles défaits et ses semonces, je réponds que je vois de ma fenêtre les vergers et les potagers pris dans le givre au cœur tendre, et mes idées parcourent les allées blanches, cliniques de ce jour qui point et où je prospèrerai, où je guetterai ce passant ivre de lumière, sorti d’une cage de fer pour tenir dans ses larges paluches un nouveau né sans ballonnement.

Un bon élève se recommande d'être en compagnie des hyènes et s'il doit être amené à une condition plus générale à un ou deux pas d'une savonnette d'une femme honnête c'est qu'il lui faut faire le dos rond dresser autre chose que son attirail de vigilance aller de droite à gauche sans dodeliner s'affranchir de l'ennui qui est un petit bout d'instruction avec quelque chose de vide dans le visage sa parole qui est impunément odieuse se confond à la monotonie des surfaces planes sulfatées comme les plumes d'un oiseau scélérat pris dans le bas-relief des évidences cramoisies synonymes de singeries voyez là la saugrenue petitesse des évolutions quand le triomphe grimpe aux échelles qui ne nous donnent plus le goût du ciel avec ses erreurs majestueuses le goût du souffre  et de la perspective cette foutue contrefaçon qui va jusqu'aux aisselles sans qu'on y ajoute la panoplie des fatigues ancestrales.

Le talent rend ennuyeux les êtres soupçonneux d'eux-mêmes de leurs jeux de leurs jeûnes  de leurs prières de leurs matins légers de leurs bienfaits et quand ils rôdent en paletot troué autour des voyelles mortes il faut bien qu'ils soient dévorés d'une réflexion indigeste infâme que même les esprits naturels n'ont pas n'oseraient pas tourner en faribole en injonction en forfanterie que nous soyons tous voués au raffinement du monde n'explique pas que nous voulions crever pour d'inefficaces compréhensions pas plus que nous honore la voix douce qui nous amène à réfléchir comme un animal besogneux contemplatif qui dure s'étire va saigner pour des arguments sans valeur ajoutée de pastilles et de bactéries de sens d'idées calibrées comme de petits plateaux où se combinent les frasques et les passes lumineuses des nabots joueurs de flûte qui s'en prennent aux rats et non aux râteliers... 


Nos âges sont des chroniques éteintes et quoique nous cherchions dans le vague des midis fiévreux nous n’en saisissons plus le tintement la violence de nos labeurs est une bête impropre à nos souvenirs qu’on expose plus et si nous palpitons encore du délice de nos rangs c’est pour nous mettre dans ces couches où se sont affairés des animaux qui mangeront nos linges et nos nuits nous attestons à nouveau de nos mensonges nos écritures ne sont plus louées nos prières s’illustrent encore du chant amer des dormeurs corrompus au grand lit de nos réserves nous vivons toujours avec nos entrailles percées daguées là où le surin s’enseigne de litiges de lacérations de tout ce qui sera versé sous le ciel noir pour s’accaparer nos funestes regards voici déjà que s’abaissent nos langues et nous lances nous avançons vers la mort comme des hérauts sans voix…

Nous migrons dans de bas silences lâches infatués nous remontons de l’ardente chaleur prise au ciel élargi des étreintes d’étrangères qui campent sur des versants effilés dans nos oratoires nous engendrons de piètres gloires doctrines d’affronts anciens nos enfants naissent et meurent dans des ramassis de cendres violettes prises aux dépotoirs de nos enfances sourdes de nos contrées sans coutume hier encore avec nos soifs et nos mercis nous relevions nos masques le grain aux hautes stances du vent était jeté nos courses butent contre les orages les sédiments les rampes qui ne nous retiennent plus de notre isolement rien d’ample ne nous saisit plus nous ne guérissons plus des morsures de ces aubes rougies au feu des rancunes nos immobilités et nos orgueils sont notre nouveau lieu le plus haut aussi voilà que nous cherchons à mesurer nos gestes et nos paroles pour battre contre le temps de notre tambour obscène …