Au jour le jour 68

Siècle irrespirable aux yeux coniques et égarés, nous humains déshérités de nos corps, dans la légèreté des airs qui nous gonflent, qu’attendons nous de ces inconvenances, avec nos confusions ,nos espaces inoccupés, nos fatigues de renégat sans amour , sans pitié ,sans ressource ,si ce n’est celle de ne plus vouloir entendre l’âge se hâter dans la glaise .Nous trépidons, nous divisons, nous parlons trop, trop vite, trop mal ,trop abruptement ,et c’est d’un exquis bordel que nous voulons sortir en costume ,après s’être nourri ,avoir bouffé des virginités qui rendraient le ciel plus pur à nos mains monstrueuses  par la grâce de celles qui ont forcé leur destin et qui ne nous ont pas méprisés. Cette terre, cette vie refusent de nous entendre, nous les hommes qui n’avons plus de pollen à nos poignets et à nos jambes .Restons ce que nous sommes , des rognures avec des moelles qui sentent le sureau  acide et la naphtaline…

Je suis tremblant, inconséquent, mes notes sont basses, barrées du rouge des hontes avec leur diadème volé au cygne noir, mon domaine est à la fièvre contradictoire ,celle qui va de la création à la maladie, je joue à m’ensabler, je partage la neige et ses gravitations avec des gueux sans affection, je me porte à de sales substances auxquelles je ne renoncerai que lorsque je saurais m’adresser à une qui aura la finesse d’une aiguille, l’agilité d’une anémone, avec une raison bien nette et bien propre où elle me fera dormir. Quand dressé dans les jets d’air et d’argile je me mets en branle, mon étonnement est grand, aussi je peux déloger de moi ces nombreuses morts qui se sont prolongées jusqu’à mes yeux, dans la tenue violette d’un grenadier sous un clocher, puis faisant le tour de moi-même sous les éclairages à la double face de sainte et de martyre, je discerne que ma langue n’a pas été bouffée dans les enceintes antiques où les rétiaires jetaient des filets sur des bêtes ivres et malades .Le mal de soi n’est illuminé que lorsqu’on a tremblé jusque dans le rêve , qui sont des secrets ronds comme des aréoles ou des aurores, pourtant je continue à tâtonner dans la pénombre avec mon pas lourd, lent, lourd, lent...

A ce frère indigne de mes autorités, je dis que ce monde physique n’est pas le mien. Quel régal que d’être pesant, désordonné ,amène de soi, de se réchauffer à ses propres insuffisances ,d’avoir l’esprit grouillant d’infectes connaissances, de rendre immatérielles les présences humiliantes .Chaque jour m’est une maladie de vie, mais je m’y maintiens à la place qui est la mienne, entre un pupitre et un lutrin ,ne me demandez  pas de satisfaire aux tromperies des hommes ,de quitter mes immédiatetés pour des campagnes où il faudra fondre sur des âmes noires ,ma préférence va à ces livres qui m’endorment à l’image torpide du monde .Quoique je produise d’indécis, de fictif , je le fais dans la désertion de tous, cela m’est retourné en poste restante comme une information, mais en colonnes droites. Je sais que je suis encore debout dans la conquête d’un sens, entre le météore, le mouvement de l’air, la déclaration d’un verbe au sexe retourné .Que je ne donne pas d’appétit à vos impositions c’est un mieux qui va à mon esprit, Dieu m’en est témoin j’ai épargné des imbéciles, dormi contre le flanc des chiens tièdes les soirs de fête. Ne m’embêtez plus avec vos procès , vos intentions ,je ne vous entends plus,  je m’endors à la hanche d’une femme pleine de mes univers.

Voici donc qu’en mes communautés, je baille avec mon ventre mou, primitif  d’une enfance au double poitrail de jeûne et de famine. Dans le disque froid des soupiraux où j’ai ficelé des chats pour les descendre jusqu’aux caves infernales, j’ai dix ans. Plus bas encore là où le feu fauve couve des poches ruisselantes de suie ,j’ai eu de fibreuses révélations ,entendu le chant des orfraies des sommets bleuis à la neige résineuse, là aussi j’ai rencontré l’impure et minuscule couturière de mes années sans netteté,  elles  où  je me se serai étranglé pour n’être pas le témoin préféré de moi-même, celui qui voit le monde comme un navire qui divague et sombre…

Pressé à l’ultime rupture j’ai eu des furoncles à toutes mes embouchures ,ma face s’est faite éteinte, mes yeux se sont clos sur la circulation des hommes et de leurs embonpoints, ma moelle s’est achevée ,sucée par des insectes remaillés par des mains aux subtiles transparences, l’ombre m’a recouvert de ses frondaisons aux têtes de sphinges renversées. Je garde en souvenir que j’ai été le témoin muet de rencontres inexprimables, celles du loup et de la pierre, de la pieuvre et du cristal, de la mer dissipée avec du sable soumis à ses uniformités, le reste je le garde pour moi..