Au jour le jour 65


 

On s'accoutume à ses noyaux mobiles ,cette matière élastique qui va du rire à la déraison, avec la mine de celui qui arme un arc et zieute par les créneaux un ennemi qui mange des spéculos avec des lunettes de motard à ses yeux pour des points de vues sur le lourd craquement des châteaux forts, des échafauds, croyez-moi on a beau avoir du nez, de belles couleurs ,de belles étoffes ,ça ne vaut rien si on a une pauvre vie ,si nos bombardes sont prescrites par des seigneurs qui ne savent rien de la tirade, de la tiraillerie, du tir militaire ,tout ceci pour en revenir à la perfection des signes qui vont dire que des assiettes se brisent sans qu'on les touche ,que des visages s'éclairent quand on leur parle avec de la lumière dans le cœur.

Je ne sais si je me suis endormi à elle où elle à moi, toujours est-il que je n'ai été ni valet ni maître ,pas même dans une étuve où j'aurais laissé ma peau se charcler, ma chair se bouffir, ce que je sais c'est que dans les matins froids ,quand  mon nom est en hilarité à ceux qui le prononcent dans le fonds relevant de ma langue, c'est que mes envies vont par trois, l'une de la cour à la cave en pas cadencés, la seconde du nouveau brillant en faux or , aux grenats qu'on accroche à son cou pour faire croire qu'on aime la pourpre ,la troisième d'une main posée sur un front à une main posée sur un ventre ,ceci dit avec mes endormissements de la veille ,je consens à me coucher plus tôt ce soir, et à vous écrire que demain je pars en randonnée voir si les dolmens ont des mâchoires et une dentition qui fait descendre le gel.

Ma quarantaine est remplie de bêtes méprisables que j'habille de  sacs à sapin, cette jument inélégante qui me lorgne attelée à un cabriolet avec ses jarrets bâchés, je la déteste, et ma détestation vaut sa décision à se cabrer, sitôt que je m'en approche, mon singe qui me doit le salut alors qu'il piquait des biscottes dans un prisu n'est pas bienveillant à mon égard, et si je m'en aborde,  il détend les bras comme un officier de marine qui commande à un  subalterne de se prosterner comprenez donc que je n'ai plus de liberté, et que dans ma maison, ma ménagerie ne me ménage pas, pas  plus qu'elle ne lave les verres après mes soûleries, je vais alerter un gardien de zoo qui habite sur les hauteurs afin qu'il les emmène en balade, qu’il les fasse passer le gué, puis les  délaisse à cette nature où ils s'endormiront de moi qui me décide à ne plus en parler après ça.

D'encre bleue et de polonaise plein les mains et la tête, je vous écris que je ne peux pas, que je ne veux pas m'incliner devant quiconque, c’est  dire que je n'aime pas les lois, ma résistance est une fille mécanique avec des rouages, des toupies qui me font danser, rire, boire quand l'envie de le faire me prend, comme j'ai quitté tant de bras qui m'environnaient au point de marquer ma tête et mon corps, tout ceci avec beaucoup de mal, j'ai pris la décision qu'aucune aide n'adviendrait dans ma solitude, si elle n'a pas été couronnée sous l'arc des chapelles aux jumelles mouillées de pleurs d'une fausse compagnie, cela je l'atteste, dorénavant il n'y aura plus d' après, rien que des réponses larges, évasives, parce que simplement il n'y aura pas eu une question.

Parlez-moi de cette entraide, expression de hauteur sous les arcs-en-ciel suspendus à la face d'improbables horizons, dites-moi la couleur du porphyre hors de son lit de pierres ,des vues plongées sur le panorama des jambes qui vont aux billetteries aux guichets des cinémas où Godard joue des travellings, cette sale histoire de morale ,annoncez  moi que dans les livres anciens, il est dit que les chiens à figure humaine dorment sur le flanc du côté droit ,les pattes  étirées contre leur bord ,et qu'ils rêvent de chiffons secs où ils pourront s'étendre ,mettez à ma bouche des mots venus de langues anciennes qui  ne parlent de la mort que par la volonté de ne pas en parler ,bref n'oubliez pas que ma vision du colimaçon n'est pas celle d'un escalier tordu, mais celle de l'esprit de la marche, et qui va

On enterre cet infini de nous-mêmes sous un abat de feuilles jaunies, celles des cahiers stériles tant ils sont mal lus, confondus à des prières qui ne sont en fait qu'un temps rejeté, à trop confondre la confession et le langage qui vient après l'incendie ,nous voulons nous taire, river ce voyageur qui ira au bout de sa nuit avec un chemisier sale et une présence crasseuse dans sa besace, au rebut me voici avec mes fins poignets où une montre qui rabat des heures sans joie, je veux dormir dans la boue, dans les orties, dans la cendre encore chaude, je veux que mon corps aille à la science, que mon sang ne me déplace plus dans le grenat des villes où toutes les choses ont des façons de bêtes à la grande garde impériale ,oui c'est ça, il me faut une douleur effrayante avec de la mousseline et des plumes de mouche pour me les accrocher à mes torsades.

D'une vue épaisse pour voir les guerres glacées se dépasser d'une fenêtre à l'autre me voilà pourvu, ici commence l'hiver avec ses échafauds, ses bombardes, ses cheveux transparents, et mon être tout entier se retient de ne pas y entrer mon bercail est sous le portique de ces autres mots, de ces arbres morts de n'avoir pas été ciselés par des cœurs qui pesaient l'amour reproduit trop de fois, j'ai hâte qu'à mes rideaux de pourpre se perdent, se pendent des insectes émaillés datant d’un temps ancien et qui déploient leurs élytres pour aller aux colonnes sèches, je ne me veux vainqueur de rien, augure du mal du thé et de la fine porcelaine, celle qu’on concasse si on la respire autrement bien, j'atteste ici que je n'ai de dévotion pour rien, pour personne, rien n'existe plus que ce dont je n'ai jamais été le maître ni le dépositaire.

Les fêtes, toutes les fêtes, sont sordides, moroses, noires on y voit mis  de belles filles dans la sérénité de leur jeune âge ,dérouler l'objet de leur convoitise, j'ai beau me fondre dans les voltiges des couples qui s'enlacent ,revenir en arrière, je n'y vois qu'un type qui s'est fait plumer par la vie en surface, en profondeur, en largesse, en démesure ,cela ne me va pas, je veux me défaire de tous mes contenus, de la gifle au hasard ,pour pouvoir flotter au-delà de ma poitrine, celle qui a ouvert son corps à des palmipèdes aux becs crochus ,je veux m'arracher à cette vie de petitesse et d'étroitesse, l'amour ne m’est plus doux ,il entre dans les cabinets de ma colère et s'y déshabille comme une dame qu'on ne pourra pas payer ,pas honorer, cela est mon vide.