Au jour le jour 61

La main lourde et fragile du sommeil avec ses îles et ses archipels est d’une solitude criarde, paluche pataude avec des sifflements d’airain voisins d’une couleur violette quand le sang est devenu un caprice de la chair. Ici tout afflue dans un petit carré de viande, de plasma qui s’éclaire aussitôt dans une gorge que nul n’a convoitée, il y a là une parole qui se voudrait passionnée et grinçante qu’on dirait une plainte dans la nuit comme un aboi de bête pris dans des rets qu’ont posés des hommes d’inimitié. Puis vient la rencontre avec des yeux pers comme des étoiles éteintes sur des monceaux de roches arrachées aux galeries schisteuses, là où aucun pubère n’a posé le pas, pour n’y pas laisser sa poitrine s’ensabler.

A quoi les roulettes, flottaisons de fauteuil servent elles, à l’amour froid qui n’est d’accord que dans de fixes fonds, dans ces mouvements qui sont les manches de l’avenir et qui s’ourlent à nos oreilles comme des sons de batterie annonçant des guerroiements dans les futaies, comme d’anciennes âmes indélicates se pourvoient en mugissements insanes et qui sont restés sans opérateur. Je dis qu’être de passage n’est pas une déception, qu’il vaut mieux se nourrir de tous les microbes sanieux qui pullulent en chaque endroit de notre âme, que de mettre son ardeur dans de vaines prières, qui sont des pelures qu’un céleste cocher ramasse pour en faire des dégueulis d’étoiles, pour des glissades sans témoin ; quant à nos jeux équivoques, qu’ils restent ce qu’ils sont, des psalmodies dans les antichambres où ceux qui doutent n’ont d’autres positions que la génuflexion et une fluxion de poitrine…

Ceinture atteinte par la main qui te noue, aujourd’hui je t’ouvre les passages de l’automne, une vie s’y identifie d’infâmes politesses, de rires en faux cols, cils fardés, contrefaçons d’une herbe salutaire, la vaine nécessité d’en parler ne vaut plus à personne de belles manières, et le mannequin qui est dans leur lit est serré pour des découpes à venir, ceci va à mon contentement ici j’attends l’inhabituelle caresse d’une adressée qui réfléchit à un prodigieux divorce, voilà tout ce qui me reste de ses saisons, un petit halo en digitale sur sa poitrine, celle qu’elle a partagé avec tant d’autres, ceux qui sont encore debout, moi je vis en ralenti, en vitesse de croisière, dans la lenteur d’une erre qui surprend les marins, voilà qu’à mes bases naturelles mes membres tombent bas, je vais dormir plaqué contre des taches de sang que rien n’a résorbé.