Au jour le jour 57


Que nulle aube ne me grise aux grands remous du jour
et qu’en des bris de glace  s'établisse mon âme
qu'attendez-vous du  ciel qu'attendez-vous des tours
joués  dessous les tables en ont une double trame
d'un côté un roi mort de l'autre un fou se bat
contre le chien tigré d'une race violente
songez vous à cet homme à ses sombres combats
quand il voulait de vous le repos d’une amante
avec l'âge advenu nous n'avons plus le temps
des animaux  nous mordent nos attaches sont à terre
et chacun s'agenouille pour une autre prière
la vôtre a le visage d’une aimée attendue
le mien la rouille de l’eau  sous les cieux épandue
comme l'arbre et  la fleur dans les jardins du somme
je vous convie moins dure à mes nouvelles sommes
piécettes d'or et d'argent dans la main d'un mendiant
qui ne retentira qu’au  finir de son temps
Figure aux yeux de craie aux cheveux cramoisis
voici le tableau noir de ma mélancolie
qu'il pleuve encore en moi à toute porte close
et je sais du matin tous les matins moroses
où je vais de pitié en pays luthérien
m’établir au bistrot pour un autre destin
la poitrine entrouverte au vent qui blanchira
votre nom vos visages perçus dans le lointain
avec ses lièvres mous et ses moissons perdues
là où ne se fera pas même une vertucelle
que j'ai mise en gerbe dans les hiers aguerris
dans la boue et la glaise par-delà les prairies
où voyagent courbés des cheminots taiseux
au regard de sentence aux malheurs silencieux
c’est en eux que je vois  au premier rang du temps
que le mien est compté comment en  déferlements
de vagues déplacées par un vent idéal
avec dans ses chemises plus d'un tour de féal
qui n’est qu'assujetti  qu'au seigneur dans le ciel
qui pose dans ses mains de la myrrhe et  du miel.


Les rigueurs dentelées  de la chair avec ses appendices sans hymne, grêlées, entortillées de cristal irrégulier  sont tristes. D’un côté muette, de l'autre bavarde comme celui qui serait invisible derrière les rideaux se soie  blanche, voici que la chair lourde’ m’agrandit au mensonge de la découvrir, trop en vêtements précieux, comme les monotonies  trop  rapportées des corps aux craintes  détendues pour de petites mains maladroites, quand elles se  voudraient ouvertes  à cette grande poupée qui se violace dans le front ses hauteurs malsaines. La chair celle d’un oriental velours, celle de la femme aimée, comme elle est exquise à notre bouche gourmande, comme elle vaut  les deux seules villes d'eau pure, où vont  des religieux qui chantent faux   cette même chair que l'on prendrait bien dans une embuscade.

Dans cet ailleurs du dedans de soi à éviter tant il est noir comme un tunnel ininterrompu, qu'y a-t-il comme musique et comme étranglement, quelle  place sous le soleil avec sa grosse tête de pastèque, quelle étrangère plus longtemps caressée mais qui  n'y a interrompu sa suite ,quel fracas de ballerine aux pieds lourd, quels  rires jetés  dans la lumière crue, quelle réjouissante grâce au bras des femmes qui vont immédiatement dans la chambre sans passer par la sacristie, quel orchestre  de sens avec ses musiciens qui arrachent des archets aux mains des fiancés du ciel, que  de balourdises à retourner contre nous ,contre cet ailleurs de soi où tout est à éviter.


Plus tard à l'invention de la lumière qui nous découvrit dans des bleus, des violets, nous voulûmes recouvrir nos  archéologies, nous n’en fîmes rien, nous n’en avions pas   l’exact  souci. Ce que  nous mettions  à votre vue c'était aussi cette arme brutale et violente d'une époque ancienne où l'on élevait des églises des cathédrales ,pour le bon plan  du ciel, pour ne pas  envoyer du courrier à Dieu non parce qu'il ne savait pas lire, mais  parce qu'il ne disait pas la vie, parce que notre  seul e épreuve était d’être mal accompagnés vers les lieux les moins sûrs de soi-même ,qui s'en emparerait, si ce n'est ceux qui  se veulent dans  la filière de l’avenir et qui auront au  départ en face magique, que  la partie  première de notre misère sans réduction, aussi  pendant des années encore, la lumière énorme, restera  à plus d'un règne total.