Au jour le jour 54


Route au cœur précieux

avec ses solitudes extrêmes

caressé par les rebonds

de ces mains d'hommes terreux

avec leurs mots établis

dans la libre tristesse

de la vie et de la ténèbre

plombés par les faux mariages

et toute la souplesse

des combinaisons complexes des calculs savants

les voilà qui s'échappent

de leur pays crayeux

ils vont déjà vers leur tombe

vers des arrêts répétés

ils sont comme ces chiens assis

qui attendent un maître

qui se contraint de boire

pour oublierqu’il a été en laisse

et contre l'échine chaude

de ses propres bête

sil voit disparaître des étoiles

dans un ciel comme un fouillis d’infidèles lieux.


Règne des indécences

des soliloques du pauvre

quand dire

est une invisible lumière

soumises aux lois

de la foi et de l'adresse

ceux qui ferment les yeux

sur l'herbe allongés

ont des  douces fureurs

dormir se joue du temps

les réveils sont des voleurs de nuit

le miracle de la compagnie

ne vient plus des autres

il vient debout seul 

connaît  d'autres portes

que les nôtres

il est une ombre évidée

de sa substance savante

il est d'une erreur d'absence de cœur

qui ne va plus au jour

sinon pour de vaines fixités

voici le froidce vaccin nécessaire

ontre les paysages de l'amour

qui est aussiun mât sans vigie.

Quand j'aurai de ce mondedu côte de l'existenceretenu les distancescomme un être inconstantje resterai tel- un frèreloin du frère que j'ai aiméhomme de tant de lui-mêmequi ne servira plus son pèrece vieillard qui s'oubliemais qui ne s'est pas endormiqui dans l'œuvre de ses prièresen appelle toujours aux siensceux qui sont partoutsi proches et si lointainset qui dans la clarté qui les traversesont souls comme des prêtres irréfléchisattardés d'une Atlantiquequ’ils n'atteindront jamaispuis roulent sous la tableivres d'eux-mêmes et de sens incomprisavec toutes leurs obliquestous leurs amis hagardsqui ne vont plus à la répliquechacun se tait alorsd'un sommeil impudique.

Il vient alors ce précipice de la passion, des phrases lues chaque jour, parfois obscures, parfois moins, on ne voit rien dans la clarté quand on veut rien voir, c’était mon côté normé, avec parfois de l’ornementation, quelque chose de tendre et de désuet à la fois. Quant à mon désordre intérieur, il en a toujours été ainsi, il a été mon contemporain, vous n’y pouviez rien. Il se montrait en fulminations dans les cendres de ce passé qui est toujours là pour ça, juste pour égayer la galerie, l’amusement en moins, l’aigreur en plus, et c’est ainsi qu’on se fabrique un  personnage dont le verbe est une sorte d’errance qu’on ne veut pas partager. Vous étiez pourtant au  plus près de moi à me regarder, nul enfant plus élémentaire que celui que je suis resté ne s’arrangera avec la vérité..


Quelque soit l’âge, il est celui de la faiblesse, cette faiblesse comme les brûlures d’une enfance, elle est traversée de grandes fulgurances, de contre nuit, c’est pourtant aussi une forme d’amour qui change un mot en ligne ,et des lignes en crédibilité de rappel dans un cahier, dans cette quête à la source même de ce que nous sommes, nous pouvons parfois faire  l’apprentissage de la vie, la millimètrer, en voir les modalités, ce qu’elle  donne et ce qu’elle obtient. C’est toujours quelque façon entre la paix et son rappel, chacun le savait, mais chacun va toujours jusqu’à l’ultimatum, ce mauvais bain qu’on est obligé de prendre et qui ne nettoie en fait que ce qu’il y a de beau en nous, le minéral et le végétal de notre mémoire en ce qu’elle a d’inflexible et de sérieux.

Il y a des jours qui semblent de hâtives  saisons dans lesquelles on veut saisir la clarté, ces jours sont comme de remarquables vagues qui nous submergent, nous roulent dans une eau pure, un peu comme l’amour, quand le quand le corps ne fait pas écran, mais qu’il se dédouble  pour s’oublier dans la rencontre. Nous connûmes cela, les gros plans, descriptibles, bien agencés, eaux et pierres mêlés, fondu enchaîné dans une seule chair, rien  à poser, tout à mettre à plat, pas de contrechamp, que de la belle focale, tout  ça venait seul comme  on projette au plafond la faible lumière d’une bougie coutumière. Au-delà de cette frontière, bien sûr de la captation, de la reptation, de l’animalité parfois, mais pour moi elles n’étaient pas malvenues.

Ce que nous sommes n’est jamais dans la hâte d’être achevé, nous voulons rester dans nos errements, nos pièces disjointes, notre cœur et notre corps, rendre nul avis, ou bien vêtir la vie, mais toujours dans un faux milieu, qui s’étend, et qui s’étale, qui s’affadit au fil des mois, j’y laissais mon petit pouvoir de négation, rien n’y faisait, le service passait toujours les mêmes plats désastreux .Dans le taire qui est une forme d’écart et d’écartèlement, je croyais prendre soin de  vous et de moi, mais notre altérité avait besoin d’au moins deux pays, de plus de solarité, mais ce qui brûle ne peut plus être offert, aussi qu’avais-je à vous donner si je n’étais que dans un mauvais appétit et une mauvaise mise au point ?

Nous poursuivons dans la séparation l’abolition des sens ,elle n’a pas eu lieu, pas plus que celle de la chair, de la parole tue, il y a toujours une étoile présente même dans le jour qui ne nous comble plus et ne  nous éclaire pas davantage qu’une chandelle sous le vent, elle gagne en beauté lorsque nous croyons que la solitude est une belle à honorer, une forme de louange à notre rencontre, la révéler c’est dire une nouvelle fois une possibilité d’offre, la proposition d’un autre présent, plus de limpidité, moins de falsification, cela est de l’ordre d’une fausse richesse pour moi, ce qui s’est clos aujourd’hui m’a conduit à la station, dans le désordre et l’attente, j’attarde qu’on me regarde, qu’on m’éprouve, qu’ on s’agite autour de moi, je patiente  et c’est un des traits de ma complexité , vague et  néfaste à la fois, mais elle est également une de mes meilleures compagnes.
L’esprit revient toujours avec le deuil et les cendres c'est une règle prescrite pour chacun et qui grandit en nous , nous nous en apercevons un matin quand la lumière se divise à notre regard en cercles inégaux et qui nous atteignent sans que nous puissions les éviter, ces cercles sont le mauvais coté des choses que l'on a tues ,ce sont aussi ces regards malveillants, la stupeur d'avoir manqué ce qui n'aurait pas du changer, ce que nous croyions propre et qui ne l'était plus, ne me demandez pas comment tout ceci s'est instrumentalisé, je n'en sais rien, ce que je sais c'est un peu comme si j'étais devant un magasin aux étals chargés et que rien ne soit plus a mon goût, cela vous vouliez me l'écrire, c’est moi qui le fais, mais je n'ai pas oublié que c'est le vent qui donne sa forme a l'arbre et à la fleur.
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