Au jour le jour 48

 

A tout venant qui vient
Ignoble de caresses
Vers une nouvelle chair
Dans la paille soumise
Je dis ce qui va naître
De l’envers et du froid
Des fougères et des fleurs
A quai sur les tombeaux
Comme tout assemblés d’eau
Et de pâles substances
Et du puits à la terre
Cette ocre rejetée
Est le prurit des ans
Où l'on a rien troublé
Je dis ce qui pourrit
Aux gantelets de fer
Dans la main resserrée
Aux opulences d’hier
Et l’hiver révélé
Dans le trouble et l’effroi
Est d’un minéral craint
Comme ultime combat
Et qui n’a rien blondi
Aux printemps ouvragés
Si ce n’est une viande
Entrouverte à moitié
Je dis l’homme aux saisons
Inutile et infâme
Mensonger dans la honte
Honteux dedans l’infâme
D’un sombre devenir
En barrières de langue
Et tout se meurt alors
Dedans les formes vides
D’un univers éteint
Aux matières avariées…

Je cherche une Atlantique
A nulle autre pareille
Un océan de brumes
Pour m’y laver les yeux
Et tous les beaux objets
Faiseurs de sortilèges
Qu’on toucherait à peine
Sans même les déranger
Je cherche en noctambule
Une celle qui dormira
Aux hauteurs inquiétantes
De couteaux contenus
Soucieuse des bienvenues
De moi qui m’en allé
Parmi les misérables
Pour n’y rien quémander
Je cherche en souvenir
Défunt parfait d’un cœur
Celle qui dans mon ennui
Gaspillé sans convaincre
Sera dans ma maison
Comme une tentative
La veille et la maîtresse
D’un temps de neige
Et de hasards…

Les mots rouilleurs d’étoiles
Les mots rouilleurs de temps
Et dans leur escarcelle
Les mots rouilleurs de pluie
Avec tous leurs veuvages
Le vent du nord dans leurs voilures
Le vent du nord dans leurs hauteurs
Le vent du nord en leurs séjours
Sur la terre
Des hommes aux yeux morts
Les mots voleurs d’étoles
Les mots voleurs de hampes
Avec leurs escarbilles
Leurs ombres sur nos demeures
Des âges sans honneur
Des âges sans courrier
Des âges sans mesures
Des âges de vieilles amours
Les mots sicaires disent la joie
D’être des mots intimes
Des mots sans enchantement…


Comme un grand dieu couché
sous d'austères paupières
celle des hommes qui prient
en leur anthologie
voici l'enfant de Pierre
invité aux fenêtres
il regarde le ciel sans peur sans doute
il y jette des semences
d'orties d’orfraies et de  brouillons
tout ce qu'il faut mâcher pour en faire une paillasse
celle où se couchera un grand démiurge
avec un front plus dur que les galets des fleuves
c’est ainsi que dans les eaux
invitées de nos cœurs
rien de nous ne pleurera plus
mis en serrure mis en rancœur.

La forme de ma mémoire est une forme d'escampette, de serpoli, et de lopette, elle a aussi la forme d'un liquide et d’un pelage ,d'un liquide quand  je suinte, quand je fais l'ours, quand l'ours rechigne  je suis en rage ,elle, est et elle est d'une langue de vipère qui sue comme une requête, voici que  l'ours est tiraillé qu'il va peler comme une roquette, le voilà qui  ferme son oeil et s'enfonce dans son fourbi, ma mémoire me strangule, parfois je la desserre, lui me stipule de n'être pas tentaculaire ,c'est là qu'il lui met des chaussettes, elle s'endort alors, reprend sa forme de lunule ,de lune ,du luxe des lupanars, d'une lunette à travers laquelle heureux je regardais les trous de ma mémoire.

Comme un serpent lové pour un festin de pierres
un dieu inexprimé s'est éteint en prières
sous les arcs et les voûtes ou sombrent les cantiques
quelque chose a bougé et qui n'est pas unique

C'est un ange oublié sur la route des cieux
dissolu de merveilles une étoile à son front
il fond sur la matière qui rappelle le feu
d'un monde inaltéré et qui n'a pas de nom

Oublieuse mémoire de tous les matériaux
que peux tu exprimer si par-delà les mots
ne restent pas un rêve et pas même un écho
de tes sombres discordes déversées en tombeau
 
Quand la pensée s'absout en asthénie profonde
que tout l'espace perd  de ses sombres substances
qu'en maints endroits du jour ta main même n'abonde
qu'est-il de ta matière qui est-il de tes absences

Si ce n'est une trace duelle méconnaissable
sur la terre violette comme le sont les ennuis
douleurs tenues secrètes tant elles sont misérables
bornées entremêlées répandues en mépris

Mais peut-être au-delà de toutes les frontières
quand ton sommeil épais  recouvre les prodiges
de cet enfant éteint dans tes nobles manières
pourras-tu retrouver le plus haut des vestiges

Afin que tes paupières bleuies par tous les parmes
recouvrent dans le jour ce qu'il y a de charme
que ton âme à nouveau s'élance dans le vacarme
mue par les illusions d'un univers en larmes