Au jour le jour 47

A nul besoin de dire
Ne me suis avoué
Que de perdre en moi-même
Cette ignoble moitié
De taire ce qu’il advint
Dans les matins de fronde
Et l’ordre irrégulier
De ne pas circonscrire
Et l’orage et la fleur
En nudités extrêmes
D’entendre dans l’arrière
D’une vie de contingences
Cet autre qui avance
Comme une ombre dressée
Et l’amour ce cheval
A l’immense attelage
S’enferre dans les labours
Comme un monstre perclus d’ans
Et tout retourné d’âges
Qui au vacarme lent
De l’indicible nuit
Prête son flanc étroit
Tout recouvert de suie
Avance pour un festin
Où il n’est pas commis
Et de voir dans les formes
Un infini se tordre
La peur lui recommande
De ne pas en défaire
Avec la terre basse
Et ses traînées de poudre
Puis à coups d’éperons
Qui viennent par l’arrière
C’est un homme qui le saigne
Jusqu’à la chair profonde
Tailladé des souffrances
Qu’en un autre lui-même
Il n’aura pas admis …

 
Ce temps seul qui s’assemble
En grappes indéfinies
En masses incertaines
A la douceur des blés
Pour d’équivoques grains
A la main révélés
Quand une paume de femme
Sur un épi s’entaille
C’est un monde secret
Qui découvre son centre
Et un jour incertain
Né de sa gloire ancienne
Revient à nos mémoires
Comme une noble antienne
Les anciennes saisons
Prennent des diamants d’air
Aux croches des étés
Pour les poser aux vues
D’une qui glissera
Ses mains dans les bouquets
De fragrances et d’odeurs
Témoins d’un cher passé
Où l’approche solaire
Des hommes de réconfort
Leur redonnait le rire
Comme des signaux de joie
Qu’aujourd’hui en vieillards
Que nous sommes devenus
Nous rejetons amers
Vers les sombres dimanches
Où nulle autre dentelle
Que celle de n’oublier
Ne vient fléchir à l’œil
Sous la marche des pluies.

 
Aux bouches abandonnées
Vont l’insecte et la fleur
Bourdonnants de matières
Suaves et élastiques
Et les accoutumances
Aux sucs en pointes molles
Sont des attractions bleues
Comme du bromothymol
Comme des regrets qui dansent
Tant tout est à saisir
Tant tout est à donner
Que nous ne savons plus
L’étamine en corolles
Et le pistil en creux
Où s’élaborent encore
L’expérience vitreuse
D’une nature à la taille
D’un monstre vertueux
Et de croire pour toujours
A l’étrange phénomène
De répéter un nom
Comme un double phonème
Nous vient de l’introduction
En ces multiples lieux
Où il n’y a plus de grâce
Pas plus que des saisons
Et le monde retombe
De ses élévations
Tel un oiseau blessé
Avec une balle au ventre
Près des colonnes sales
Des cathédrales vides
Où des femmes voilées
Nous marchent sur la tête…


Souscrivons de nos bras
A ce désert suprême
Massif où ne soupirent
Que des animaux lourds
Ceux qui donnent le bras
A des femmes dont l’œuvre
Est tant de remuer
Est tant de le montrer
Puis revenons sur scène
Donner à peu de compte
La réplique à l’humain
A cet autre qui dort
De ses catalepsies
Fausses sur ordonnance
Il n’est pli de savoir
Que ce qui ne s’annonce plus
Dans la chair par la croix
Et les signes ardents
Ceux que l’horizon retient
A ses parfaites courbes
Avec ses grands vaisseaux
Avec ses grandes nefs
Sur ce vide océan
Où nous yeux sont sans cours
Qui ne souscrivent plus
Qu’avec notre peu d’être

Laissez moi sans repère
Aux familiers visages
Aux douceurs de ces mains
Captives de tant de grèves
Où le chagrin se tord
Vipéreau corruptible
Comme une bête morte
Dans le songe et le froid
Sans cri et sans complainte
Et dans ce temps mauvais
D’usage et sans raison
En des cérémonies
Etablir des présences
Funestes femmes saintes
Au regard de granit
Là où n’est plus ma place
Je ne veux pas siéger
Aigre d’un devenir
Dont je suis l’obligé
Laissez moi en silence
M’écrouler en ces lieux
Où Dieu n’est pas admis
Tant il est silencieux
Et de mes repentirs
Faire un foyer où dansent
Des insectes des bêtes
Sans autre résonance
Que celle des subterfuges
Qu’elles mettent à leurs ailes
Pour un retour en grâce
Dans cette nuit hivernale
Où des astres limpides
Se couvrent de nos voiles…
 
 
J’ajoute qu’aux longues nuits
Que je dois à la science
Un dieu m’a étendu
Aux sceptres du silence
Il a mis des clartés
Par dessus mes ferrures
Toison d’ocre et d’argent
Comme une chevelure
Il a posé ses mains
En tous points de mon corps
Où l’ombre a parsemé
Des pitiés des remords
Tendres humanités
Que je n’ai pas admises
Aux souvenirs amers
De toutes mes entreprises
D’aller de revenir
Comme des retours de flamme
De l’âtre au cher foyer
Sonore et plein de drames
En injures durables
En gloires en abandons
En journées trop étroites
D’annonces et de pardons
J’ajoute qu’aux longues nuits
Où j’ai vomi ma face
Tout amour fut obscur
Et toute présence morte
Et là fermant les yeux
Sans symbole à porter
Rien qui ne soit offert
A toutes mes probités
Si ce n’est un démon
Au visage impeccable
Et qui dedans ma bouche
Verse des vérités
Sans tenir de propos
Sur mes obscénités…

Aux menteuses guenilles
Les pesteux vêtements
Et tous les points de vue
Jetés du plus haut pont
Où l’homme s’époumonne
A ne pas respirer
A devenir encore
Qui n’est pas destiné
Et puis une chambre vide
Où la vie s’élabore
Après le vieil amour
De suie et d’anthracite 
Mettre dans ses yeux sombres
Des coiffes violacées
Des cheveux sans débris
Qui en torsades d’air
Se tordent dans un temps
Aux suées déversées
Inscrites en caractères
D’impuissance de mollesse
À hauteur de ces lampes
Où nul or n’a doré
Si ce n’est cet humain
Qui se tait et ses terre
Avec une coupe aux lèvres
Une autre retenue
À sa main nue offerte
À ce double poignard
Qu’est l’amour et sa face
D’adultère de regret
Venus de cette amante
De ses stérilités…