Au jour le jour 43

 

Aux instants secrets
Oubliés dans des grâces amères
Se courbent nos cils
Et l’envoi dans l’envol
De nos lointaines natures
Nos dissonances vont révéler
Des peines exactes
Ces élans lointains
Du temps où l’on était
Introduits dans le monde
Avec maladresse
Au plus profond de notre paix
De nos entrailles
Tout ce que nous avons tu
Est une déclaration sans visage
Une brûlure
Les crêtes d’un amour jaune
Et sans jamais avoir été
Ce que nous sommes devenus
Nous ne sommes plus
Que très loin d’ici…


L’aveugle de naissance
Qu’elle aille
Dans l’oubli des croix éteintes
Qu’elle ne passe plus
Parmi nous
Avec ses pics et ses aiguilles
Au nombre de ses orages
Qui ont ajouté de sombres figures
A nos visages émaciés
Quand sortis de l’or des rizières
Rêver n’était plus
Dans nos intentions
L’air a des pesanteurs inhabituelles
Et dans le ventre
Des filles dociles
Il naîtra un enfant
Sourd et cherchant l’étude
Nous mettrons
Des prières à sa bouche
Ils deviendront aimables
Et dans les cages
Au milieu des fumerolles
Ils diront à l’aveugle
Que nous sommes de peu d’esprit…

Les aiguilles
Ont un langage
Courbe comme les ensablements
Où se divisent par deux
L’amour et la lumière
La malignité des lignes
Qu’elles font dans l’eau
Va à ma pensée
Cette mandorle dorée
Comme un carabe sirupeux
Venu d’une légende épouvantable
Où des sphinges grossières
Ont des faces aussi considérables
Que des nuées de rats
Sous l’emprise d’un fifrelin
L’ombre est aujourd’hui sur nos faces
Avec sa blancheur de palimpseste
Avec une amble voluptueuse
Il est encore temps
D’aller à un langage plus haut
Et si la femme appréciée reste indécise
Je lui ferais du pain
Pour son voyage vers les sommets…

Avec les fruits gourmands
De ta faiblesse et de ta honte
Tu es dans l’évasive correction
D’une sentinelle
Qui s’ourle de l’ignorance du feu
Sur les bobèches de fonte
Quand les annonciations
Avec leurs chefs majestueux
Ne vont plus aux mascarades
Tu résides nue
Dans un pays sans nom
Où les habitants
Elèvent des anguilles
Pour les jeter sous les robes
De ces communiantes
Que nous ne reconnaîtrons pas
Que ceux qui veulent pleurer
S’adressent à d’autres que nous
Il sera bon alors de ne vouloir
Que de cette bienveillance
Qui s’alourdira du poids des bêtes…

La nuit est un affreux monde
Dans l’encombre d’arriver
Des figures sans intention
Nous y retiennent
Elles entrent dans les aumôneries
Pour des orages et des exhalaisons
Les bêtes à la peau noire
Ici sont aphteuses
Elles nous frôlent
Nous contraignent à leur mentir
Nos ongles sont trop courts
Nous ne pouvons déchirer leurs flancs
Pas plus que nous coucher contre elles
Nous avons beau crier
Les guéridons nous heurtent
Ils ne vont plus à nos infectes tournures
Les morts sont insaisissables
Aussi avec nos mouches
Posées sur la joue des filles
Nous croyons
Mettre un serpentin dans un violon
Mais toutes les notes sont de cendre
Et c’est dune voix tremblante
Que nous retournons
A la pause et au silence…

L’accueil se fait à genoux
Et le papier
Avec ses façades blanches
Ne parle plus
Que d’un monde
De rouille
D’inattention
Sans intuition
La neige poisseuse
Enserre les rideaux
Les lourdes tentures
De pourpre empesées
Imposent des épaulettes de sable
Nous n’avons plus que des yeux
De vagabond hagard
Pour voir les gestes
Lents et lourds de la semeuse
Et jusqu’à notre ventre
Tout est détestable
Il nous faut tomber
Moins lourdement
Dans les confessions transitoires
Notre curiosité
Est un acte inhabituel involontaire
Voilà même
Que nos pères
Ne nous ressemblent plus
Et ne nous remettent aucun galon…

L’écolière modèle
Est une lune fixe
Dans sa prudence
De fille nubile
Dans la lumière
Tourterelle étourdie
Elle tourne la tête
Et cherche le baiser
Son abominable transparence
Va à l’éclaircie
De tous les jours
Où elle intrigua le maître
Devant le tableau noir
On voudrait en sourire
Que ce serait des étamines amères
Qui viendraient çà notre bouche
Et dans le vent
Qui poussent les herbes aux coucheries
La brûlante et délicieuse élève
Voudrait qu’on la pose
La tête appuyée contre les trèfles
Sur un coussin moins dru
Que les touches incorrectes…

Dans le séjour qui frôle la pluie
Avec tes ailes tendues
Pour une échappée
Tu es ma harpe
Mon délice appuyé
Le jardin où captives
Des bêtes impuissantes
Veillent sur des dômes
Où pleut de la lumière crue
Notre faim et notre soif
Sont des rubans
Sur les branches des chênes
Qu’il faut cueillir
Pour les mettre en tresse
Aux cheveux d’enfants malades
Le concert des nuits sera
Dans leurs stupéfactions
Un jeu de paumes et de piécettes
Puis avec rage et désarroi
Accomplis de cette détresse fragile et tangible
Ils s’englueront
Dans les embrasements des ombres
Qui sont des asiles
Des autels desservis
Où prier seul
N’est pas d’un élan souverain…

Taisez vous
Emportez avec vous ce langage
Le souvenir des autres
Qui n’ont rien subi
Et l’amer feu à ma porte
Qu’il aille à vos nouvelles rives
Emportez votre rire
La vie grasse qui passe
En cherchant
Un sombre désir ailleurs
Je vais rester là
Comme un esprit inquiet
De vous avoir connu
Mal assemblée
Mal présumée
Celui là qui souffrait
N’était pas le seul
Maintenant aux venelles
Il y a des roseaux qui flambent
D’autres qui marchent serrés
Avec un butin à cacher
Dans ces lieux purulents
Où vous avez affecté mes paroles…