Au jour le jour - 34

Comme du mimosa, celle du crément s’obsède à lui ressembler, celle du vinaigre a des ailes bleues, opus de bromothymol, celle du bordeaux ne connait rien à Marylin,mais peut déborder de ses jupes à tous moments, celle du beaujolais à l’odeur des chais et des vieux paniers, celle du vint qui ravit, et que mon père buvait, plonge dans les verres comme un scaphandrier qui n’a pas fait ses exercices d’apnée, celle de l’Arbois a l’œil vif d’un archer, celle du devoir le fait et donne au joue un peu de son charbon, bref, toutes les mouches que j’ai connues sont pattues ,aileuses et ventrues, un peu comme ces filles qui vont au bal et qui se plaqueront contre des mâles qui ne vont plus à la treille et qui ont besoin de somme.


Bien leur en prit à ces ciels bleus d’être bleus comme un sang vieux d’usage, à ces émeraudes d’être glauques ,de cette couleur qu’ont les étangs d’où des enfants ne remontent plus après avoir bu la tasse, quel beau protocole, on eût dit un dimanche de juin dans un parc à thème, mais la beauté va aussi au fond des mines pour en extraire de la minette, cette pierre qui suppute un grisou grisonnant, vieille saloperie que les pinsons annoncent avec un couic de petite fille, mais Dieu n’est pas rouspéteur, il n’est pas plus colérique devant le spectacle de la mort, aussi se fout il des ciels, des vents mauvais, des bêtes qui ruent et tonitruent, il se fout des chairs qui vont à la terre pour s’y engloutir dans la volonté des hommes qui en veulent toujours plus, et lorsqu’il finit son festin ,il s’essuie la barbe dans les nappes des nuages, pose des étais et des étançons pour que personne ne l’atteigne, se barricade, c’est là que les hommes et les chevaux s’écrasent et finissent sur le parvis de ces églises qu’ils ont élevées pour lui afin de lui adresser des prières qu’il n’entend pas, tant il s’est bourré la gueule avec des vins précités.

Je dis qu’aujourd’hui je suis prêt à autre chose, oui, mais à quoi ; à bleuir la face des océans, à m’étourdir avec des herbes et des alcools, à fêter celle qui ne saura pas mes grammaires, toutes mes déclinaisons, à être délicat de mes mains, à refermer ce que je tiens dans mes creux vaseux. Prêt, oui, mais à quoi ? Tout ceci n’est qu’une couillonnade de plus, une pensée retorse de bête appesantie, lourde de son charroi, qui s’est trop retrouvée à la renverse sur un lit de paille moins mordoré que le soufre des forges, avec ses yeux cillés de nuit et d’amertume. Prêt, oui, mais à quoi ? A n’être plus torrentiel, moins général et plus héraut, celui qui crie sur les places que le pain n’est pas à son prix, qui dit les alphabets coutumiers de ceux qui s’avachissent dans des fauteuils et édictent des lois, qui nous interdisent notre milieu et certains centres, prêt oui, surtout à être cocu, cocu et grandement…

Une femme sans cœur, prenez en une et bouffez la, elle n’a pas de goût, ou si elle en a c’est celui de l’adultère, vous savez cette façon de rendre cornac un monarque sans trône, et crâneur un trompeur qui laisse ses monarques crever dans une volière. Prenez une femme sans cœur et bouffez la, rognez jusqu’à ses plus petits bouts d’os, a-t-elle le goût d’un printemps embaumeur, celui du blé qui lève, le goût des paradis artificiels, celui de Jane Mansfield quand elle ses déshabille, et qu’elle déborde d’une gloriole souveraine, non cette femme là a le goût d’une vieillerie, d’une jaunasse qui  ne vit rien venir, le goût de nous faire péter les plombs, je tiens à ce que ceci se sache…

Décidément personne ne voit plus clair, ne devine ces zébrures violacées sur nos planches à destin, ces insectes bouffeurs de temps et de tempes qui s’immiscent dans nos conduites et jusqu’à nos foutreries, qui nous insulteraient presque en grec ou en araméen si la parole leur était donnée, car les insectes, surtout ceux qui vont par bouquets, ont de grandes aventures à nous soumettre, à nous conter, et bien que nous voulions les abattre avec nos linges sales, ils résistent, se muent en ministre, en majordome, en pamphlétaire, et il faut s’en méfier, surtout lorsque nous les frappons d’un mouchoir étroit comme les fichus de nos aimées, parce qu’ils s’y prennent, s’en éprennent, y font un lit, une base avant que d’aller raider, alors je dis méfiance, je ne m’attends pas à de la beauté de leur part, et si de la beauté leur venait, elle aurai les aisselles poilues et un ventre qui sent le goudron…

C’est la brûlante poussière des années redoublées qui a rendu ton âge plus blanc, plus solennel, toi la couturière, la brodeuse d’or ,de silice et d’argent, laiteuse par endroits, mamelue da tant de maladresses qui s’égouttent en ocres pigments par là où tu n’as plus de vigueur, qui a des crampes pour ne pas venir aux nouvelle, pour oublier les lames que j’allumais pour voir tes éclaircies, nul autre que moi ne se dessaisit de ta lumière, et tu voudrais renaître à mon regard pour rester dans mes immobilités lassantes, moi qui n’a pas bougé depuis mes vingt ans, des dagues m’ont traversé et mon mal a la forme de tes rancunes et de ta roideur, j’ai peur de tout ce qui m’oppresse et qui est encore toi…

L’heure du blason avec son lyrisme d’omble chevalier, ses beaux tombeaux, la voici qui me calcine jusqu’à la moelle et au cœur, tout ceci est épouvantable comme la peur d’un deuil, nul plus que toi ne connais mes maladresses, moi le rôdeur qui accentue son pas pour se perdre avec sa cervelle d’étourneau dans tes villes qui ne t’ont pas assaillie, je vais, j’avance avec des écartements , des comas, dans un monde que nul végétal n’atteint plus, faut-il que je cherche dans l’éparpillement, cette autre qui me prendra et me gavera de ses ascendances, ou faut-il que je m’évapore ,ou me jette par la fenêtre de mon troisième étage ?

Face aux bêtes goudronnées, noires comme des sommeils de plomb et d’anthracite, je gronde, et ma langueur est un disque solaire brûlé de toutes parts par un astre plus haut que les univers inatteignables. J’ai beau avoir ce corps de laboureur qui a retersé ses champs, un port hautain de gesticulateur, rien ne me permet d’étrangler ce fleuve sévère qui traverse mon monde nocturne et que ma chair veut traverser sans y sombrer, sans toucher à ses pierres chaudes qui font des empires et des cathédrales, voici que la chair d’une aimée se cristallise dans mon sommeil, et qu’une méduse plate comme un onagre qui meurt de faim vient m’aguetter et me faire rougir…

Verte de romances et de mots dont l’infini est dans le devoir de la constance te voilà pour récrire des prismes de solitude et de rugosité, sans verve, sans rien simplifier, tu n’as plus tes remèdes contre les hauts maux, tes incivilités, tes agissements qui donnent à ton corps le poids d’une fureur inégalée, et tant de misère. Tes signes, ceux qui sont à ma porte, sont ceux d’un monde retranché, ceux de ta chambre où tu réfutes tes maladies extrêmes, tes désagréments, je me suis détaché de tes prunelles pour ne plus voir que ce qui va changer, mon monde va toujours à la pitance, croûte d’un univers piteux et blafard, je reste ce que je suis, l’hôte d’un univers sans singularité et qui n’est pas le tien.

Ce qui vaut pour l’un, l’autre le veut, et aussitôt nous pèse comme une part révélée de nous même, celle d’un temps divin où l’on dévorait des enfants et des êtres sortis de leur torpeur, petits saturnes aux allures de ramoneur. Avec nos chairs concrètes, on veut acquiescer tous les chiens couchants, ceux qui sont assis aussi et ne montent pas dans les arbres pour y aboyer à la lune, qui ne se sont pas souciés de leur lignée, bêtes que l’on caresse d’une main et écrase de l’autre, c’est ceci notre caractère forcé, ne pas plaindre l’animal plaintif et vomissant qui ne va pas au commandement, mais comme tout consiste en quelque chose, le tout est un affliction agissante et retorse, voilà pourquoi je vais et je veux dormir dans une éternité pour y rêver d’astres morts.

Dans la perspective des envols que la main commande pour de hautes écritures, quand la douleur ruisselle en aveugle de mes tempes à mon torse, loin du corps grandiose des pleureuses assoupies assises sur des pierres chaudes, avec leurs nerfs noués, voilà que je bascule dans la persistance à tout vouloir noter du monde et n’en fais rien, car bien que des mots ,particules rudimentaires vont dans mes lignes et mes marges, ils n’ont aucun destinataire, et je m’y perds en lourdeur et gravité dans des espaces posés ça et là entre les latrines et la chambre quand après de grandes beuveries je vis sans pouvoir en parler avec exactitude…

Maintenant que je parle de ces déconvenues, de ces peurs maximales, de ces liquidités, pleurs sonores, indélicats, de ces poisons auxquels vont mes accords, j’ai le sentiment que toutes mes absurdités sont dans une forme de convenance d’être, proses et paroles mêlées, dont la teneur explique le mal riverain du marcheur qui va pieds nus, avec qui je ne m’accorde ni ne m’enlace plus, sinon pour des violences bilatérales, flanc contre flanc, bête contre bête, et couché comme un malade qui a soif sur un lit de camp, j’attends que telle autre me questionne sur mes dispositions à disparaître, je n’ai que de vieilles réponses à lui accorder, bandonéon set valses lentes, sourde à mes qualité de fils elle évoque un nouvel habillage, un autre consentement t qui n’est pas de moi, un mystère bien familier en somme, et pour clore le tout, il faut que je me taise ou me tue, selon les circonstances…

Et ce monde de poussière

Si maladroitement

Se fend à ses arrières

Pour des déchirements

Seules quelques étincelles

Qui sont à tes paupières

Versent dedans mon ciel

Un peu de tes prières

Et l’âge qui m’est donné

Pour recevoir la nuit

N’est que pierres mêlées

Pour un autre sursis

Toujours déterminé

A poursuivre les sens

Je cherche à confirmer

Par delà les distances

Que je ne veux livrer

A ce monde déclinant

Que de moi-même moitié

Dans des éclatements…

A droite ceux qui sont bêtes comme chou, à gauche ceux qui ne sont pas plus haut que trois pommes, au centre les idées de tous ces mêmes, mettez y le feu, et le feu ça aime les idées, les plus propres, les plus noires, les plus hautes, c’est beau un feu d’idées et surtout ça rend un cerveau propre…

Il n’y a pas une solution, mais des solutions, cent, mille, un million, un milliard, mais parfois une seule suffit, et Dieu qu’elle est belle cette solution avec son regard bleu, sa poitrine ogivale, ses nerfs de carnassière, tout ce qu’ont les mères aimantes quand avec leurs bras légers, elles lèvent au ciel leur enfant avec son poids de péché, de fronde et de pénitence…

Par ceux là mêmes que le malheur arrive, ils sont malheureux, c’est leur poids et leur châtiment. Je sais cela d’un ancêtre chauve, édenté, charmant et charmeur qui le tenait lui-même d’une musique entendue dans les hautes sphères, tout près des vapeurs d’alcool, et qui témoignait aussi que tous les astres morts ne finissent pas dans le caniveau, sans auparavant s’être épanché auprès de déesses mortes d’une piqûre d’aspic…

C’est un vieil ami borgne de naissance, encore vif et agile, et son quaternaire est autant le mien. Il vit dans les bibliothèques et s’y endort sur des palimpsestes, des livres rares, des papyrus, du galuchat, parfois sur le feutre des parquets et sans faire aucun bruit, à la manière de ces moucherons qui darderaient un cheval cagneux pour qu’il aille son train. Ce vieil ami, effervescent, luminescent par nature et d’un naturel gai, luron à ses heures, toute en sainteté de souffrances contenues et qu’on ne connaît pas, c’est de son vocabulaire que me vient le goût des mots et du bonheur à en parler, et si je les mets en coupe, oh quel chatoiement, quelles irisations, et surtout quelle sonorité, on dirait qu’un soleil blanc et qu’une marée montante se rencontrent pour nous dire leur communion…