Au jour le jour - 31


A son sujet je veux encore dire du mal et que toute lame se brise sur du silex. A dire plus juste encore à propos de ma nature nonchalante, elle sait qu’elle ne peux plus me considérer comme un auguste avec son attirail de confessions, et toutes mes petites souffrances comme autant de gnons mal reçus et de castagnes mal distribuées.


Le menteur jugulaire, menteur pour de la prestation, tance celui qui du lasso se sert et salit l’idée qu’on se fait de lui. C’est cher payer que de vouloir s’en prendre à un mythomane qui ne va aux confessions que pour nous contrevenir davantage, à celui là aussi je dis la grande préoccupation de la langue quand elle veut ne parler d’elle qu'avec largesse.


Je me souviens de ce bel équilibre que j’entretenais dans mes cahiers comme un sourcier cherche de l’eau, du sentiment et des façons d’être utile, cet équilibre là ne supportait pas mes mauvais choix, l’entretien de l’expérience quand elle passait par la gnaule, c’est pourquoi à trop presser sur le ciboulot il ne sortait que de la treille qui me menait à une soldatesque ivre.


La poitrine en ascension des filles nubiles est un bienfait,tous les voisins le savent et observent l’univers à travers elles,quoique tous les produits des orages paraissent moins épidermiques que se rouler sur un tapis de feutre,un tourbillon de naphtaline,il flotte alentours et pourtant hors d’atteinte de ces demoiselles,toutes les idées rivales des maraudeurs de métier,qui veulent que l’on se batte pour les saisir par l’encolure,se démolisse pour un subterfuge,ou une décharge sans diaprures. Quant à moi, raide comme un tréteau, je flambe ailleurs, en des lieux bas et humides où des rats ont des appétits de moine, là aussi où des femmes distantes et alanguies susurrent que rien ne leur échoit de ce que nous voulons devenir, ni du mal, ni du vocabulaire, et s’il me reste des couleurs ou de la pommade, c’est pour les plaquer contre leurs seins qui sont des tourbillons d’étoiles…


Cette promeneuse est ma maîtresse, dans son vaste séjour sous les cieux, ainsi que l’a voulu le baigneur tardif, elle va aux premiers soubresauts de l’aube mettre ses pas dans les fougères crénelées comme des encoignures. J’épie sa marche et ses cadences, les contreforts des pentes où elle ira se désaltérer dans les eaux basses, où elle s’inclinera à des manières de bête lasse et blessée, encline à la pauvreté et aux épanchements. Nul ne sait combien ma place est dans ses rotations, son gel, et les canaux qu’elle franchit allègrement dans la blancheur des aubes ordonnées comme des abbesses qui ont prié adroitement. Qu’il me reste encore quelques années à m’éveiller dans de pâles aurores avec cette femme me chaut, je lui nommerai d’invisibles tuteurs, que sans moi elle ne saura ni pourra armorier, c’est ainsi que je me fais mon avenir et les souvenirs qui vont avec ce dessein…
 
La petite qui s’agrémente aux cliquetis des pairs, dans cette pension est orpheline, elle a des étoffes et des fourrures dans lesquelles elle s’est close. La rouille qui est une ancienne manière d’or, a mis sur sa peau l’odeur d’un roi nègre mort de n’avoir pas su la partager. Il existe dans sa maison, où elle dresse des ormeaux, des endroits qui ont pris la forme du vent et des arbres, tout cela lui est inutile, mais cette orpheline qui s’exerce au bien être voudrait faire dans le bûcheronnage, ce n’est pas une mince affaire, et bien que son désir soit fort, peu le lui recommande. On voit à l’application qu’elle met dans ses gestes, qu’elle n’eut pas de domestiques, j’ai souvenir aussi que je ne lui parlais pas. Quand je la regardais fixement avec cette autorité qu’ont des fauves aux dents longues, il lui venait de la roseur aux joues et de la tiédeur dans les yeux, mais trop lourd de moi et de mes ivrogneries, je ne pris aucun plaisir à la revoir, comme si je m’étais courbé à une fenêtre et ne rien voir du dehors.


Comme en ces temps anciens quand l’envie de remonter l’été et les pentes me venait, j’ai aujourd’hui, hors de mes langueurs printanières des chatouillis qui me prennent à tous les endroits du corps par là où le souvenir est le plus gai, mon cœur s’est insinué dans des courbes qui ne viennent de personne, et dans mes draps, mes sales étoffes, je tords la nuit dans une torpeur idéale qui fait penser à des talons aiguilles qui percent le parquet et jusqu’au crâne. Là j’ai des apartés avec des onagres de feutre,des plèvres d’injustice se soulèvent dans ma poitrine,mon cœur est traversé de grands coups de surin,je bois alors avidement un vieux vin de Moselle,brise le verre,et des filles lointaines me reviennent à de hautes températures,comme des appels flamboyants sur des pellicules oubliées dans de vieilles mallettes en cuir et qui puent le salpêtre,ici encore je ne vois et ne broie que du noir,je vais me marier d’une façon malpropre et m’endormir…
 
La petite est bien malade, elle ne va plus sur les routes que les voyageurs éclairent avec leur lampe tempête. Aujourd’hui il pleut, elle s’est bornée à des eaux descendantes, les carrefours sont des dais et les pieds de son lit des arbres qui ne jasent plus.Elle qui était gaie, ne soulève plus sa poitrine que pour de hautes respirations, lorsqu’elle franchit un col ou va en altitude. Les cierges qu’elle alluma sont de grands lys tordus par le vent, plus lourds et plus gris qu’un ciel d’hiver, quand les nuages se sont amoncelés au dessus des toits et qu’il va neiger une poudre sale et grisâtre. Elle ressemble à présent à une maigre louve dérangée dans son sommeil et qui montre les dents, presque squelettique dans sa pâle tristesse, elle attend que d’elle s’égoutte une musique qui l’entourera de bêtes sonores et somptueuses, mais comme rien ne vient, elle porte son attention sur la nuit qui vient et qui la retiendra.


Quand la bienveillance avec ses ailes repliées a la nature d’une bête assujettie au somme, toutes les académies avec leur centre et leur podium, leurs êtres debout,leurs sales tableaux noircis aux gommages de nos histoires d’enfant sont hors du champ d’en parler ,mes mains vont au labeur. Je tiens cette habitude de mon grand père qui m’adressait une lettre chaque jour d’un pays où l’on ne se vautre pas dans la psychanalyse, et où l’on croyait que tout était possible simplement si on le dessinait ou devinait, chose imprévisible ou non, tout devenait visages et paysages sitôt qu’on y réfléchissait. Mon aïeul buvait de la slivovitz, ce n’est pas elle qui l’emporta, mais un cheval fou qui se cabra tant et tant qu’il fit rouler le vieil homme sur un talus de gravières, la mort lui vint peu après. Des croyances qu’il me laissa, je retiens que plus on s’en remet à soi même, moins d’autres se vouent à nous dévoiler, cherchent à nous corrompre , ou à nous ordonner, c’est ainsi que je me déplace d’an en an, que je suis le cours des choses, des êtres et du temps, et si j’ai parfois la conduite d’un maître soul, c’est à lui que je la dois.
 


Avec tous ces insectes dit elle, on pourrait émailler l’été, et personne d’autre que les filles nubiles n’iraient aux infécondes surfaces ; c’est au plus dedans de la saison ardente, quand le ciel me suggère des faussetés d’or et d’argent que j’agrémente ma vie dans cette maison où j’ai emménagé pour y mettre mes ballots et ma balourdise. Je tiens à préciser que j’y ai emmener une femme, une hôtesse qui n’a pas bougé d’un pouce en hauteur depuis l’âge de douze ans, et bien que je sois pour le célibat, elle me touche d’autant plus près qu’elle se serre contre moi pour des rapacités dont j’ignore la cause. Quand vont et tournent les heures en creux ou en se dardant de mes vaines réponses, elle s’assied à la place ancestrale de ce père que je n’ai connu qu’ivre de bière et de bienséance, et lorsque minuit point, avec mes couleurs et mes couleuvres, que j’élève pour les lâcher dans les jupes des demoiselles enceintes, elle me rassure sous les dais à carreaux, que rien de laid ne m’arrivera si j’en reste là…


Cette autre que la justice a livré aux mains des hommes vulgaires, la voici dans ses douces étoffes qui ont la couleur des anciennes lectures, quand les livres charpentés comme des ossuaires disaient des histoires façonnées par des aveugles de naissance et qui devaient rouler sur le gravier un roc plus dur qu’eux. Comme elle parle une langue sinueuse, elle ne peut m’endormir, pas plus que m’alourdir, et certains d’entre nous sont tristes à sa vue comme un animal sur qui on a rabattu un étroit licol. Bien que nous ne soyons pas tous des chiffonniers de l’âme,nous nous soucions d’elle lorsque ses convives avec leurs enfants veulent aller par le sombre escalier aux caves où s’égosillent des noceurs patentés,cela n’est pas à l’image qu’elle veut donner d’elle et de son attrait pour les chères façons qu’elle a d’étendre son linge aux séchoirs de nos yeux de canaille, qui se mettraient à genoux pour un seul de ses pas vers nous, pour un seul de ses mouvements et qui ne serait pas une descente vers l’enfer.
Celui là qui dégoutte ses anciens alphabets, le voilà flottant dans son interminable paletot sous la pluie qui ne fait que son office et rajoute des prières aux cantiques d’une eau qui ne lui coulera pas des yeux. Couvert d’or, d’impureté, de pauvreté, ladre qui ne s’en soucie, avec sa force et sa méfiance, il s’est approché des gibets où chacun diffère de sa colère de ne pas crever autrement. Je vous dis hors de toutes mes hésitations, que même sous un chapeau, un galurin, mon allure est celle d’un qui va aux faubourgs, maquignon disgracieux, pour y vendre un animal plus roux et plus cuit que lui. Que restera t-il de tout ce que je possède, si je ne fais aucun effort pour me dissuader que la possession n’est pas de règle dans ma famille, et qu’entre nous, nous préférons nous abreuver, manger, rogner des os et donner dans cette grandiloquence qui va à ceux qui parlent, parlementent et mentent à la fois…

Quand l’Eros ratiocine, Simon s’étire ,soupire et rit. Rita attire alors les rats sur son radeau, et tous deux s’apitoient sur le sort des souriceaux. Simon mal nommé défend qu’on le sermonne, puis las, taré et tari se défait sur les lames du canot.
Niquedouille et lubilis bistouraient leurs oscilleux complexes. Il arriva qu'un jour, cramolet et négrotif s’enfuirent de leurs blizures, lubilis l’apprit ,c’était une bazaine méditative pour un frontain sans géluvin, puis tous de ligurner les overnons pour des retrouveuilles de fixité.


Jadis, Jonas ventru comme un cachalot fit preuve d’humanisme et de philanthropie à l’égard du peuple qui l’opprima. Il voulut se redresser à tort, combattre les plus forts, aller aux abords, délester des corps. Mal lui en prit, les hommes sont des ajouts à la ribambelle des hommes, et tous de se confiner dans la propension à la baston, Jonas prit son manteau et femme, puis quitta ce peuple de ladres qui gagnait trop sur lui en vocabulaire et en grammaire.


Le dernier témoin se fout éperdument de l’air qu’il respire avant d’aller à l’échafaud, comme un rat pris dans les rets sans l’idée du rat et de la nacelle. A ce témoin qui me ressemble, je dis qu’il faut garder la faculté d’oublier, autrement dit être aussi irréprochable qu’un néologisme sorti da la bouche d’un égosilleur qui pond des schismes et des textes à teneur de rançon.
Dans rien il y a le verbe nier, et ce qui est niable est aussi indéniable, je dis ceci afin que l’on cesse de me résumer ,de me heurter, de m’enquiquiner, de jacter à mes dépens, de me faire gerber ou rougir, chialer, éructer avec ces putains de mots en activité comme des cancrelats sur un parterre de pédoncules.


Je lui lis un texte écrit en gros caractère que j’ai pris au lasso et qui se débinait. Ce texte, je le retrouve plus tard déguisé et malpropre comme un chérubin de plus d’un quintal qui a la figure de David Lynch lorsqu’il est en rogne, et de le dire proprement avec le bon accent américain et des tonalités de patibulaire.