Au jour le jour - 23

L’obscur été

Avec ses chiens assis

Le brasier

Autant dire la menace

Le voici

Plus émouvant encore

De la treille au grenier

Chaque aube

Chaque roue

Tous les marbres

Avec leurs recours

L’élèvent au ponant

Avec l’ennui traîné

Avec l’émoi tracé

Avec l’amour qui s’apaise

La livréeL’endormie

Avec la main

Où grandit la réponse

Avec ce qu’il faut nomme

rAvec ce qu’il faut taire

Voici l’obscur été

Qui me trouble et me troue.


Si pour la plus haute des solitudes

Le garrot qu’on desserre

Les yeux en amande

De l’effroyable reine

Nous nous convertissions

Avec notre sang

Nos profondeurs

Les plaies aux commissures

Voir serait notre unité

Alors déhalés

Au repos

Couchés sur les ponts

Dans les temples

Les cagibis

Nous victimes imposées

Serpents aux gorges lentes

Nous répondrions

A ce chaos aux coutelas

Aux discours

Aux étranglements

Dans l’hiver

Avec son mitan

Et ses sables.

Parole je t’ai nouée

A l’image à mes vitesses

De vivre d’exister

Au feu à mes peurs

Comme pour des os glacés

Pour le temps

Dit avec des yeux morts

Je t’ai mêlé

A mes décharges

A mes ocres mélanges

Je t’ai imposée

Comme la taille la plus noble

Comme un sacre

Un délit une errance

Mais voilà que tout s’altère

Les mots et les contours

Que des éclaboussures

Témoignent du partir

Que les atomes

De ta fragile existence

Ne vont plus à la mienne.



Les chiens jappeurs d’orage

Complaisants empruntés

Regardez les

Ils nous encombren

tIls se dressent

Ils vont parler

Ils admettent

Qu’un dieu ait pu venir

De leurs anciens soupçons

Se relever

Epurer leurs secrets

Ratatiner le verbe

Les choses et les mots

Les chiens lapeurs d’orage

Avec leurs images

Volées au monde

A la nuit

Aux arsenaux de l’être

Les voilà avec leurs bandes

Et leurs démangeaisons.


Tu te résorbes

Tu es la première

A fouiller dans mon ventre

Mes yeux et mes regrets

Ta gloire reste

Ce que tu consentis

A l’homme sauvé

Ce forçat d’innocence

Ebloui par une autre saison

Voilà que je t’offre

Mes défaites

Pour une nuit louée sainte

A force d’équivalences

Voilà aussi qu’ivre

Malgré ma chair indemne

Effervescente

J’épure

Tout ce qui nous liait

Je geins gémis

Mais j’ai quitté tes lieux.


Plus longue

Que toutes les processions

Que la marche

Vers une tentation

Voilà notre nature

Et notre maladresse

Nos similitudes

Ailleurs assassins

Ici sanctifiés

Connais- tu ce pays

Avec ses pompes et ses brouillards

Où tout disparaît

Dès lors qu’on le voit

Celui où des hommes

T’ont mâtiné

Comme des chiens qui s’égouttent

Qui s’écoulent

Jusqu’aux oublis

Connais tu

Comment se mouvoir

Est devenu une errance

Et pourquoi les dépouilles

Avec leurs os et leurs gravats

Nous éclaboussent encore

De la couleur de rester.