Aphorismes 229

La musique agrémente nos sentiments et les exagère, et jusqu’au cœur propose des solutions que l’amour n’aurait même pas soutenu dans la surdité.

Affectés dès et par notre naissance par l’espoir, notre immédiateté, nos instants se situent entre la colère et le despotisme. 


Ayant longtemps fréquenté des roulures que le verbe élevait jusqu’aux dimensions de l’ineffable, j’ai aujourd’hui une dévotion pour les monologues.


Mes prières sont les fondations que j’élève seul et que seul j’entends.


Dans cette pensée qui s’impose comme une saine sécrétion du cerveau, tant de déchet et tant de sanie, que quel que soit son but ou sa circonstance, je la compare à un crachat d’avant l’asphyxie.


L’émotion est la seule forme d’infirmité que je ne peux exploiter sans vaciller.


Tel bavarde comme un infirme après l’examen, et sa parole relève autant la dégueulasserie de ses exanguités que le cancer qui le déprécie.


Excessif que soutiennent les mots et leur virtualité, je doute aboutir à autre chose qu’à l’arrogance ou à la misanthropie, en causant sur leurs habitudes.


Se peut-il que toutes mes inepties représentent autant mes mots que mes gestes et ne me conduisent pas à la ruine ?


A vingt je désirais mourir pour affirmer que je ne pouvais rien résoudre, aujourd’hui j’ajoute à ce précepte que je ne veux rien résoudre.


De quelque côté que j’aille, je me rattrape aussitôt pour m’injurier et le déplorer.


Mes abattements me font porter Dieu jusque dans les latrines où je vomis les prières apprêtées par les assoiffés du sens.


Que toutes nos vies aient été obscures, révèlent combien nous n’avons su voir que ce que nous voulions voir.


J’avance vers des profondeurs où je ne rabâcherai que du comble et de la surface.


Naufragé qui ne coule pas et qui n’échoue sur aucune île, je médis sur l’océan où je dérive, et sur la terre où je dérivais tout autant.


Vivre nous amène à nous fréquenter.


Plus je vis ,moins j’espère, du moins je m’espère plus propre ; l’existence est vouée à toutes les chiotteries ,et c’est bien la seule activité que nous n’ayons pas eu à inventer.


Ma tristesse dérive vers cette sénilité qui va au-delà des siècles, au-delà des momies affectées par l’avenir.


Nous n’aurions pas du naître et ne traînerions pas ainsi notre misère sans son escompte et son escorte.


Dans le silence si ancien qu’il est la plus belle occasion de l’être, parfois une tricherie, une seule, et c’est le bruit qui l’emporte, le bruit et le temps.


Comme nos actes sont le double de nos paroles, sabotage et sieste, à quoi puis-je fixer mon désir de reconnaissance si ce n’est à mon corps qui s’ennuie, qui s’ennuie ?

La solitude est de l’ordre de cette glu dont usent les oiseleurs pur empêcher le vol…


Ne se soucient de leur infortune que les optimistes qui ont de complaisantes voluptés, et de petites compromissions avec l’homme…


On oublie trop souvent que nombre de nos actes sont da piètres avancées dans les cortèges de la raison…


J’ose avouer que je suis inutilisable, mon physique par ses côtés tranchants évoquent autant un couperet qu’une guillotine…
L’avenir sera employé pour nous exaspérer avec ses temps anciens…

La désolation ne désole plus personne, regardez notre siècle, il songe déjà au suivant pour y déployer toute la lumière de nos errements.


J’entrevois la nature de l’homme comme un éternel étiage, et s’il ne l’est point, c’est qu’il est resté un singe approprié.


Et Dieu vit que je vivais, depuis je ne l’ai pas revu.


À un moment ou un autre il faut tout dénier de l’existence, c’est un exercice précurseur qui prélude de ce futur cadavre que nous serons et qui ne subira plus le charme des dernières prières ,tant  il a commis de chiennerie.


Le seul qui puisse pardonner mes excès de fureur, c’est moi, pourquoi, parce que j’ai appris que j’y étais bien portant.


Il faut ruser avec le temps, le temps est usure simplement parce que nous sommes des forcenés de l’existence, si nous nous l’étions pas,  nous insisterions davantage sur la réflexion  qui nous y mène.


Je brasse de l’ennui  comme d’autres embrassent une femme, je suis pour prédestiné au lit, mais ni avec l’un, ni avec l’autre.


Toutes les conduites m’ont amené à de l’irréparable, l’irréparable c’est ce qui se fait de mieux lorsqu’on a choisi de se mettre un colt en bouche.


Ciel d’automne, crâne automnal, et les idées que je cultive dans l’impassibilité, je ne veux rien en  atteindre dans ce qu’elles m’ont tordu, ceci est de propre nature.


Je vais de déséquilibre en déséquilibre, je ferme les yeux pour me laisser submerger par le corps d’une femme qui sait écrire le verbe martyriser autant que Sarah Bernhardt sans faute d’orthographe.


Batterie de sens, batellerie dans une felouque sur de troubles eaux, c’est cela ma vie, et je ne me suis pas mis sur mon trente et un…


La logique a cela d’insupportable, elle vient toujours dans la bouche de  ceux qui rajoutent de  la signification à leur abondance de parole.


Je li et je relis une lette que m'adresse D.E, des mots, dont certains tout couturés, manque juste la légère musique de ce qui nous étranglera.


J’ai pris un arrangement avec la vie, je laisse le temps de côté-là où il occupera tout le terrain, une fois occupé, j’y accède avec dans mes mains un filet et une machette pour sarcler mes ennemis.


Le zéro absolu est-il  inaccessible aux clandestins de la raison ?


Je me rassure en me disant que j’ai réussi à  éviter bien des catastrophes dont celles d’exister, dans toutes les réductions qui m’obligeaient autant à disparaître qu’à grandir.


Vivre est un crime obligé.