11 -Aphorismes

A l’évidence tout ce qui m’est intolérable nourrit certains, mes déficiences sont alors entre amnésie et anémie.

Vivre dans l’insulte, survivre dans son surmenage.

Toute lucidité sépare en nous le dormeur du raisonneur, pour donner au premier la saveur de calomnier.

J’ai renoncé à être ignoble, je survis dans du mécontentement.


Dans ces arrêts répétés, strates ignorées, quel sang plus bas que le mien pourra me donner la grâce de renoncer à la vie, sans m’en apitoyer ?

A portée des amitiés complémentaires, comme autant de regards sur ses propres latrines ;est-il dès lors nécessaire de chercher une autre pestilence ?

La curiosité m’a poussé aux méprises ;je me contente désormais de lieux communs pour plonger mes yeux dans leurs insalubrités.

 Evitez les temps morts, ces repos pour vous livrer au cauchemar de crier vos propres défaites.

Entre les autres et moi, un enfer de subordination, un complément de trop.

La littérature insolente, perverse pousse jusqu’à l’obscurité le lecteur honteux de n’y trouver plus d’ignominie.

Inspirer, expirer, inhalation, exhalaison ;au risque de subir le souffle comme un substitut au verbe, je préfère renoncer au premier plus qu’au second.

Certains culminent dans cette propreté d’être, et voudraient que je me compromette dans le commerce de leurs pommades.

Le hasard tient de l’imposture et du superlatif.

La tristesse m’a assuré du service de la raison, et par là même d’être et de me réduire.

Plus je fréquente l’homme, plus je cherche dans la désinvolture à mêler rêveries et réalités.

Tous en expansion, quand il ne faudrait qu’une régression de  cet homme qui récidive.

Replié sur mes gouffres, sur mon idéal, je garde malgré tout l’aisance d’un qui a tenu ses promesses...


J’aurais recours à la parole quand la parole sera un recours ,et non une obligation.

Qu’elles nous élèvent ou nous amoindrissent, les épreuves, toutes les épreuves ont besoin qu’un dieu nous y subordonne pour avancer.

Je n’ai plus aucun doute sur mes répulsions, l’homme en est la plus parfaite.

Temps d’abjections et de déjections, élevé en hymnes et en farandoles.

En lutte avec mon sang et cette momie prise dans ses positions larvaires.

L’alcool et la fatigue m’ont souvent amené à vouloir quitter ce corps enraciné dans le réel et le présent.

Aux habitudes j’ai préféré le dérèglement ;je mène une vie d’agité qui ne se satisfait que dans l’artisanat de la parole et de ses degrés.

Toujours en actes dans cette terreur de la fatigue ou de l’effondrement, je cherche à m’évaporer dans Dieu, dans Dieu et ses propos sur la création.

Abattu, mais dans cette rage de dynamisme qu’est le silence avec ses prostitutions.

Tôt ou tard quelque chose nous réussit, nous voilà sujet dans cette efficacité que redoutent les pêcheurs et les suicidaires.

De tout ce qui m’échoit je retiens le silence et la calomnie ;hélas je suis lié à la prière et je ne vois de lendemain que si je n’ai pas répandu du méfait.

Peur au paroxysme, et si mourir n’était qu’une fatigue de l’être.

Entre la pitié et le dégoût s’est insinué l’homme, et je ne m’évanouis plus que dans l’euphémisme ou la litote, de peur d’être son obligé.

J’ai mal fondé mon univers qui s’écroule dans l’incommodité de mes gestes et de ma parole.

Mon immaturité religieuse m’a fait renoncer à Dieu, et si je me suis converti à la calomnie, ce n’est que pour mieux entrer dans ses avantages en étant le dernier des hommes.

J’ai étagé mes souffrances afin d’avoir le recours du site dans ces circonstances où je voudrais voir.

C’est dans le meilleur des impossibles qu’est mon inconfort, je préfère considérer que je suis affecté par l’inacquisition, afin d’avoir à quêter ma vie durant.

Tout m’est persécution, je préfère l’iniquité de mon silence à cette glose qui m’affecte autant que les plus hauts malaises.

La réalité me rase, et je ne peux m’empêcher d’y voir cet homme qu’on écorche sous mes yeux de peur qu’il ne souffre davantage ailleurs.

Toutes les idées qui visent à bouleverser l’homme sont des idées de vertige et de profondeur.

Né furieux, avec une âme de rossignol et un regard de cocu.

Frondeur d’éternité, l’homme reste cloué au sol, happé par de la religion ou de la nervosité.

Ma cure, c’est mon cerveau, et je m’y trimballe à la manière d’un singe exténué, peu enclin à se fier aux spécialistes de la couillonnade.

Dans les matins pluvieux, la vie me semble indélogeable de ses déserts de sens et d’eau stagnante.

Ma position est exemplaire, ne rien vouloir commettre, ne rien vouloir comme être.

L’espoir est toxique, il se débine, puisque nous ne nous y accoutumons pas, quant à moi, je mise sur l’immédiat succès de cette voie qui me pousse dans les bistros et sur les strapontins.

Toutes ces années où je me suis cramponné à la religion, si au moins je leur avais associé plus de prières, combien aujourd’hui j’aurais l’air intact, combien j’aurais gardé Dieu jusque dans mon sommeil, jusque dans mes étreintes.

Que tout ce qui est et figure, s’abstienne du désir de me voir dans la restriction de celui qui survit, les mains calées contre son front et qui attend un corbillard.

L’existence est la prescription d’un univers sans confident, qui s’ajuste par les étirements, les divagations d’une chair impropre à se loger dans ses solennités.

Combien je suis resté ce vigoureux de la déception, et combien cette déception s’est nourrie de mes fréquences à voir un despote dans chaque homme qui s’établit.

 
Toute musique tient de l’étranglement et de la strangulation, quand nous l’écoutons dans la cacophonie des mots dévolus aux hommes pour bien se nommer.

Fatuité de prédateur, je cherche à surprendre des femmes dans la perspective de saccager leurs instincts.

Ma lâcheté est indéniable, invisible, pourtant combien elle me révèle jusqu’où je suis saisi du désir brûlant de m’en apitoyer.

J’aime commettre sans raison des actes que j’aurais réprouvés si j’y avais réfléchi, agenouillé sur un prie-dieu.

Epoque de démissions, je ne sais d’ailleurs plus si je fuis, et si je fuis, ce que je fuis et qui je fuis.

Ma fièvre touche toujours à la débâcle de mes imitations.

Il y a des matins comme d’ignobles voluptés, et d’autres doux comme des étranglements, où je m’accorde à de filles dérisoires et sans voix, pour des inconforts qui me transfigurent jusqu’aux vomissements.

Je ne veux plus avoir d’allant, et dans la peau d’une charogne violacée m’ennuyer, m’ennuyer. .

Tout m’agace, et je rumine tel un maquignon sur le sourire des bêtes avenantes et qui n’ont pas de prix.


Mon linge sale me servira de linceul.

Toutes mes vertus sont une peur de moi.

Aucune révélation qui ne me soit parvenue, je ne veux d’ailleurs pas qu’il en soit autrement.