4 - Aphorismes


Partout où l’on me rencontre, je n’y suis pour rien, et quand j’y suis pour quelque chose, je suis en transhumance.

Point d’évolution sans la bougeotte, je suis de ce peuple de vagabonds qui n’ayant pas d’empire, a pris l’initiative d’être déçu et de le montrer par ses rodomontades et ses désillusions.

Excès de fatigue, s’il me venait à trop y réfléchir, j’y réfléchirais salement, c'est-à-dire dans la clairvoyance.

Pôle position, entre les Arctiques du cœur,et les Groënlands de l’esprit.

Faim de non recevoir.

Ma pudeur est liée à mes démoneries, si je n’étais tant enclin à la cruauté ,celle d’aimer, de faire et de défaire, je serais mort d’un excès de rien.

Au lever, une envie de rire, et puis tout s’évanouit dans mes dialogues avec l’homme.

Voué à des échecs intimes, j’ai fait l’idiot pour me désengloutir et respirer.

Je fais dans la superficie, je verse dans la saveur des gloires introspectives.

La science a besoin de recueillement autant que d’analyse.

Plus j’ai été malheureux, plus j’ai été en retard d’un dieu ou d’un diable qui aurait pu m’enseigner à monnayer ce malheur.

L’idée est toujours pauvre ,une idée riche a toujours quelque chose à voir avec la mort, la mort et rien d’autre..

La santé aberrante nous a alimenté jusqu’aux massacres.

La souffrance sitôt qu’elle s’affirme, n’a rien à voir avec ces tares tues qui nous conduisent jusqu’à l’épitaphe.

Mes modèles je les ai trouvés dans les offices, les officines ,les parloirs et les mouroirs.

Il est des lieux où la parole est délivrée de toutes ses insolences, c’est en cela qu’ils ressemblent à des cathédrales.

Submergé par du vulgaire.

La multiplication nous a mené dans l’ambition.

Je rêve d’un embonpoint du cervelet pour prêter aux mots le sérieux qu’ils méritent, et qui prévaut sur tous mes renoncements.

Combien je me suis censuré pour n’avoir pas à expurger le mot « foutre » et le mot « Dieu »
.
Qu’ai-je eu à blâmer, si ce n’est moi, hier et aujourd’hui encore et ceci jusqu’à rendre mon esprit grotesque ?

Le mot émanant du sérieux et du devoir m’ennuie autant qu’une lettre sans signataire.

Ma vision du monde me rend indécent, si je me taisais davantage lié au culte et au prestige du silence, cette même vision me paraîtrait un écho du chaos originel.

Être sage, c’est se desservir du verbe.

Mes maux m’ont fait charitable, c'est-à-dire anomalique.

Je finirai ma vie sans le concours de toutes ces maladies qui ne m’auront pas conduit dans les pharmacies, je finirai ma vie pour avoir tant voulu m’en passer.

Ma sottise m’a confiné dans la peur de parler, m’être tu m’a mené dans la malédiction du silence.

Toute œuvre nous inflige quelque façon de maladie, que le mot détourne aussitôt en volubilité de l’esprit.

Pour qui sait qu’il subit le temps, le corps apparaît comme un itinéraire sans complexités.

Les lettres ne m’ont rendu lucide que lorsque je les ai pratiquées jusqu’à la morve et l’élégance de cette morve.

Mon destin s’est construit dans la douleur, peut être une supercherie, mais une supercherie obligée.

L’ennui est une des envergures de la normalité, c’est une atteinte au temps, un attentat, une façon de le solliciter jusqu’à s’enfoncer dans ses nauséeuses perplexités.

Ma philanthropie m’a rendu suspect, et ceci jusqu’à ces profondeurs qui procèdent d’un mal à ma mesure.

Entre le diapason et la table d’harmonie, de la dynamite et du tralala.

L’accent circonflexe et la virgule m’ont autant fasciné que toutes les incohérences liées à la discipline du mot.

Je me suis interdit le réel de peur de ne pas être anémié par ses épilepsies et ses supercheries.

Dans ce siècle d’éprouvés qui s’évaporent sur les canapés, le fou a cédé au besoin d’abattements, et s’est installé dans le vague que rapporte ses actes.

Mon ennui a rivalisé avec cette anxiété qui m’a mené dans le désagrément de tout et de tous.

Je broie de sombres couleurs comme cet artisan qui s’est retiré dans son atelier pour s’y évaporer dans la rage d’avoir raté ses nœuds et ses livraisons.

J’ai échoué dans la vie, je me précipite vers sa fin et ses idéologies, comme si par le simple fait de m’allonger, j’optais pour la plus sage des résolutions.

Mon chagrin n’a pas été efficace, pas logique, je lui dois d’avoir hissé mes misères au rang de mes hontes, et mes hontes au rang de mes contagions.
 
 
La vitalité fait de nous des déceptifs de métier, restons dans cette apathie qui vient de nos contemplations, et qui préférées aux somnifères, ne traduisent pas les encombrements de la chair, pas plus que de l’esprit.

Moins dévoué, j’aurais eu le toupet universel, de ceux qui nés prodigieux, n’ont pas eu peur de pourrir, indisposant les dieux et les hommes.

Mon dilettantisme m’a fait personnage, mes égards m’ont fait individu.