Aphorismes 223

La mélancolie offre des horizontalités aux vaporeuses existences, que toutes les inerties ont poussé dans le sofa ou vers la littérature.


Lorsque je penche pour la vie, j’y penche du côté gauche, c’est ce côté-là d’ailleurs qui est le plus fragmenté, le plus linéaire et le plus impitoyable.


Je rêve que ma vie s’organise impétueusement dans les narcotiques et les alcools,  que dans cette vitalité, la mort est un uppercut de Dieu, et rien d’autre.


Toutes les questions tournent autour d’un vide initial, catégorie de tourment, que seul l’aveu d’un désenchantement peut porter jusqu’aux bêtes savantes.


Parler, prier, écrire, vomir ;activités excrémentielles.


Dans toutes mes constructions quotidiennes, la nostalgie fait figure de provocation, sans que j’y puisse même divaguer nettement.


Tout arrive à point,il n’y a de pire moment que le bon moment, combien je préfère les intoxications de ces heures où je cherche la perfection dans l’insanité de toutes les théologies, de toutes les philosophies où l’homme n’est qu’un idiot identitaire.


Plus je comprends, moins je m’adresse aux hommes, c’est ainsi que s’accomplit ma vie, en suspension dans la fatigue et la nostalgie que j’expie dans les nocturnes fuites.


J’ai trop attendu qu’opérant à partir de mes propres vides, du détachement me vienne, qui me révèlerait combien je pourrais m’ennuyer sans l’émotion liée à cette usurpation.


Tant soit peu le taire serait une nostalgie de l’infini, que j’en userais pour gaspiller de la manœuvre et de l’esprit.


Dans cette torpeur d’être, parfois la duperie tient de la construction de ces passages où l’on peut s’altérer consciencieusement.
Le fait d’être et lui seul prête déjà aux soupçons.


La singularité des hommes ne s’accommode pas de la pluralité de leurs cellules.


Parfois je ne ressens rien que je ne puisse comprendre par ma chair et mes os, c’est le côté abrupt de mon être, le versant adressé de ma propre matière.


Dans l’extase, on est grandi à l’intérieur de soi, et nous cognons, nous nous heurtons à nos propres parois, comme des êtres saouls, qui ont accumulé tant d’efforts et qui se retiennent de gerber.


L’aspect poli de mon épuisement m’ouvre davantage aux yeux des filles mélancoliques qui ont pensé la zoologie comme un succédané de mes conduites antérieures.


Dans mes cauchemars la vie frissonne de toutes mes insanités, et j’y rosse des anges dévoyés voguant vers l’éternité, après avoir remplacé l’amour dans les yeux des femmes, par la merveille des abandons funèbres.


Trop loin de l’existence, tout se détache et tout va l’amble.


Ma lassitude ajoute à mon ennui toutes les formes prématurées de ce temps illusoire, où j’ai considéré la vie comme une intrusion de la matière, et ceci jusqu’au plus profond de mes organes.


Le café est mon lieu favori, c’est là que je retrouve les couleurs et la légèreté de tous ceux qui cherchent à s’y dissoudre.
 
L’art aura été la figure la plus souillée du vingtième siècle et je doute vouloir lui donner mon mouchoir, je doute qu’elle veuille nous montrer un autre visage.


La séduction tient du venin et de la revanche.


Les esprits inquiets et inquiétants ont des férocités d’anémones et des idées de singe affligé.


La souffrance nous démontre jusqu’où la nature a compris la contrariété.


Vivre constitue un stratagème que la nature vénéneuse a poussé dans l’écart ou la conduite.


Les pouffiasseries commises de notre vivant, auront dès notre mort la profondeur d’un aveu ou d’une tare.


La conscience de l’inconscience me réconcilie avec moi-même , autant dire avec le singe.


Je pratique le jugement comme une putain qui révoque un client désargenté.


A mon comble apparaît non ma colère, mais l’inopérance, au dessus des gestes et des mots, au dessus de toute signification, ainsi que le néant dans sa forme humaine, aussi vain qu’idéal.


A l’évidence, nul ne peut se regarder dans un miroir sans y voir un insincère répulsif et un couillon qui le sait.


Le miracle est une ruse à laquelle Dieu n’a pas participé mais plutôt considéré comme un stratagème utile quand il était insomniaque.


Furieux de tous les paradoxes que j’entretiens pour un immonde jeu de situations (chorale et théâtre mêlés) il m’arrive de me jeter dans cette forme que prend le désintérêt quand le public fait sauter les strapontins et va du sifflet à la conspuation.


C’est par le dire que je déplace mes suicides, mais y associe toujours l’exaltation d’un gibet à venir.


La vie si sinistre soit elle nous regarde bien avant d’entreprendre.


Mon présent est un présent de comment me taire et de jeux de mots.


De l’homme il se dégage en général une odeur fétide de roche basaltique et d’altitude.


Tant dans mes ivresses je buvais pour rester neutre, que je me demande aujourd’hui si je ne le faisais pas pour compléter ma biographie.


A mesure que l’âge se recommande par son histoire, mes ascétismes n’ont de décadent que leurs côtés vieux démons, vieux poussahs.
 
A l’heure où il faudra jouer au mort, j’aimerais m’entretenir avec ma concierge et lui demander par où et jusqu’à où j’ai été licencieux.


Toutes mes entreprises ont été voués au couac, au couac que le ver accompagne de ses rêveries.


Se tenir à l’écart de cette réalité et de cette suspicion qui nous altèrent parce qu’on y a mis le pied.


La vie est une pratique que l’on peut certainement dépasser sans passer par l’échafaud.


Je ne connais rien qui vaille la peine qu’on me réveille, si ce n’est pour douter sur cette nouvelle somnolence.


Il est hors de question que je pardonne à ceux qui me méprisent de me convertir à des sommeils inventés, à des siestes commerciales.


Que ma foi ait été si soudaine puis rapidement à son terme ne m’étonne pas, je conviens par contre que j’ai délibérément été ivre en l’adoptant, tout comme en y renonçant...


Tous mes plaisirs étaient de nature à aussitôt m’en dégoûter, et plus j’usais de ce dégoût, plus je m’y plaisais, je cherche à présent dans le sommeil un remède à la verticalité, et à ce qui fait qu’elle me trouble.


Mon père malade taisait sa maladie, j’essaye de l’imiter dans ce fanatisme du pire mais n’offre que le visage d’un réprimandé..