Aphorismes 213

De l’autre côté des généralités une autre généralité, plus désinvolte, plus à notre mesure ,nous voilà expliqués !

L’avantageuse position de ceux qui se sont penchés sur eux, sur leur corps, voire en deçà de lui.

Je simule, je feins, j’entre en agonies accommodables , ma vie est en dehors de la vie, mes rêves, en dehors des rêves, c’est cela l’immobilisme vacillant des oublieux du mot !

En esclave du mot, nous sommes astreints à l’essentiel,les indécences de la parole, qui passe par une extrémité, puis deux, et ainsi va la suite.

Dans toute divagation qui se prononce comme telle, qui se veut impunie ,il y a l’exaction du mot,et l’extinction du sens, rassemblez les en cette unité qui fait la parole, et la divagation s’épanche en sénilités !

Les mensonges ne sont pas malsains, un mensonge malsain se fait appeler forfait.

L’écriture est la version atomique de la parole qui passe par cet aveu de détourner notre équilibre, pour se faire appeler simulacre.

Dans la débâcle d’exister pour soi seul, et en dehors de toutes les définitions, l’homme s’avère être le plus fumeux de ses inconvénients.

L’univers tout entier se déséquilibre en s’inscrivant dans l’homme.

Le sérieux est encombrant, il nous donne un air de victime qui entretient des insomnies.

Se glisser dans ces vulgaires existences, pour approcher l’existence même !

Subir l’idée avant que nous ne l’abaissions, avant qu’elle ne nous subisse !

J’ai passé des nuits entières à me discréditer, à me déséquilibrer, pour parer au grand jeu des démonstrations outrancières, pour ne pas entrer dans les facéties de mauvais aloi.

Etre en proie à cette noblesse ouatée qui nous oblige aux molles existences, et nous conduire comme des princes hallucinés qui prennent leur revanche sur la plèbe !

J’ai mal à mon âge, je suis un retardataire de la paralysie d’exister, un myotonique de nature, un impuni du vivre, je suis en villégiature dans un corps et un siècle qui ne me sont pas bénéficiaires.

Aucune forme de pouvoir ne me sied, je cherche à m’en guérir, à m’en débiner par du silence, mais qu’est le silence, sinon cette charge qui me rend lourd et intolérable, un autre pouvoir ou je suis incapable de couver le plus petit des secrets.

J’ai le goût de la lucidité, peu s’en satisfait, le flou est à mes yeux de cette vacance qu’on ne peut combler qu’avec tout ce qui peut advenir et qui n’advient pas.

Je ne peux supporter la parole plus d’un quart d’heure, après je perds toutes mes civilités.

Toutes les variétés de l’amour sont inscrites dans nos trahisons.

J’ai trop peu d’intériorité, je me suis indexé à cette inféodation de rester en surface, et sans respirer.  Mélange d'humeur et de vice, voici le ciment qui tend l'homme, précipité de toutes ses maladies.

Toutes les œuvres sont ces gestes pillés dans les rejets du mot et de l'image.

La philosophie nous met dans l'appétit de l'incurabilité.

La vie, ces dispositions du temps et de l'histoire que le hasard rend nécessaire pour ses impropriétés.

Etre au contact du virtuel et s'enfoncer dans la mollesse du dormir.

Laissons le débraillé des cellules et des neurones nous désespérer de ces ordres voués aux articulations du corps en proie aux hystéries.

Dans la boulimie des contresens de ce siècle, les obsédés du verbe trouvent une parade à leur légèreté en l'utilisant comme une anomalie.

Se déchoir dans l'appétit des remords et des masques.

Investi de toutes parts par les molles condoléances du vivre, j'entre en religion pour me désagréger de mes intentions d'homme.

Oublier jusqu'à la chimie ordurière des origines.

Il faut toujours se délier, se déliter pour se rencontrer ailleurs que dans ses propres formes.

Toute cette sacralité salie par la glose trop vaste de ceux qui ne jurent que les poings fermés.

Je ne possède rien qui ne me fasse envier une autre possession.

L'art est l'élaboration de ce qui n'aurait pas eu d'intérêt si un dieu d'esprit et d'effort ne s'était trouvé là.

L'art donne de la lumière aux plaidoiries et plaidoyers de nos natures les plus médiocres.

J’ai toujours considéré ma vie comme une moribonderie, j’assiste à ma décomposition depuis tant d’années, que ce que je puise dans mes réserves tient de la voltige et de la corruption.

Vivre nécessite quelque ordre désintéressé, que l’imagination fait ressembler à du confort.

Le sérieux n’est pas entré dans ma vie, ou s’il y est entré, il n’a eu de mouvement que pour m’en détourner.

Détaché de tout et de tous par impulsions et par répulsions.

Rien que je ne fasse sans en être aussitôt indisposé.

Vivre agite en moi ses clochettes de lépreux.

Je ne m’adresse à moi qu’avec du pire et de l’inconsolation.

L’ennui m’a inféodé, m’a poussé dans le sérieux de la prière que j’ai convertie en offense, n’ayant pas trouvé de dieu pour la contaminer.

Au triomphe de la parole étendue comme un oriflamme, je lève moi, un râle infectieux qui ôte tout doute sur mes velléités.

Dans la faillite de ce langage que je considère comme une infirmité, parfois se lève quelque expansion, et son mystère est expliqué.

J’ai beau me dire que le monde peut vieillir et finir sans moi, je me lève pourtant tous les matins dans l’ignominie de l’imitation et de la singerie.

Je ne considère rien qui vaille la peine d’être regardé de l’intérieur.

Mes désirs suggèrent une forme de pardon que je dois à mes essoufflements et à mes éreintements.

Tous les maux, nous font veilleurs, c’est ainsi que nos organes se signalent par leurs substances et leurs déconcertantes lourdeurs.

Rien contre quoi je n’ai dirigé mes injures, et qui ne m’est atteint dans ma vitalité.

Je suis cet ahuri, spectateur qui fermerait les yeux si on le forçait à regarder la vie qui se poursuit pour d’infectes explications.

Vivre nécessite quelque justification que je ne peux produire qu’en hurlant.

Tous ces jours où je n’ai rien eu à écrire, je les réduis à de la sentence et à de l’épitaphe.

Vivre nous oblige à de la médiocrité, dès lors que nous nous en accommodons.

Ma mémoire ayant répugné à garder tous mes souvenirs, j’use ma vie deux fois plus vite que si j’avais tenu à la curiosité de ses vestiges.

Je répugne au charme discret et distinct qui se tient entre la lettre et son destinataire.

Trop raisonnable, je me suis figuré que toutes les abstractions auxquelles je donnais du sens étaient les seules péripéties que je pouvais commettre sans impunité.

Depuis trente ans mes fatigues sont instantanées.

A la prodigieuse vitalité de ceux qui cherchent à évoluer, j’oppose mes petites émergences, entre la borne et le contour.

Combien j’ai pu mesurer l’ignominie de la naissance, et combien j’en ai été affecté mais prodigieusement.

J’aurais tant voulu qu’on m’avertisse du contenu de l’existence, pour me vouer d’emblée à des dissolutions.

La lucidité laisse indemnes les esprits occupés à l’assujettir.

La seule forme sérieuse que puisse emprunter la parole est dans les livres, précisément les livres qui nous découragent de vivre.

L’existence n’ayant que des effrois à me proposer, je songe à m’allonger pour n’être pas cet ensommeillé qui marche et s’use par les bornes.

La vie est un à pic métaphysique. Rangez vous des mots de crainte qu’ils ne vous rongent.

Il n’y a rien d’extraordinaire qui existe, il n’y a que l’exagération d’une langue pour les relents des ses propres pouffiasseries.

Cette étrange sensation d’être le complice d’un sicaire, fait que je subis la vie en aversif.

Toute la nuit avoir déménagé des mots et des morts, et se lever dans la peau d’un mollasson.

La littérature réhabilite le vide des mots qui les empêche de dépérir dans l’exclusivité de ce même vide.

Les évènements atteignent jusqu’à nos organes ,un évènement qui n’atteint rien se fait appeler correction ou forfait.

Les obstacles nous dévient des sabotages que nous aurions accomplis si nous n’étions nés bornés.

Tout modèle m’insatisfait, j’y vois l’attribut, les attributions d’un dieu exténué, qui se planque dans ce même corps en lui donnant un destin.

Quand je n’ai pas d’ennemis, je m’essouffle contre moi-même.

Enfant je protestais, maugréais ,adulte , j’use de la litote et de l’euphémisme comme d’une forme de courage qui témoigne de ma volonté à ne pas vouloir haïr juste.

L’Action rend l’existence souveraine, une action qui s’est effacée ,nous rend misérable de cette inertie particulière qu’ont les virus quand ils ont tout salopé.

Peut-on fuir impunément cette pauvreté qui nous aurait épargner la satiété de la vie ?

Plus la musique dépérit et meurt, plus nous nous tournons vers les psaumes et les prières.

Cette douleur si tranquille et qui dort sous le nom d’identité.

L’arrogance débite d’elle-même des inepties qui retombent en lieux communs, sitôt qu’on y réfléchit au nom du n’importe quoi et du n’importe comment.

La santé est une idée que l'on se fait lorsqu'on a plus rien à obscurcir.

Vivre c'est alimenter des pauvretés, c'est s'alimenter de ses pauvretés.

Entre la stupeur et les angoisses, la pathologies des normalités surannées.

Vivre est un crime accéléré, vivre est un crime facultatif.

Mon dégoût de l'être, me donne le dégoût d'une autre croyance, comme celle que j'éprouve en ayant trébuché sur de la vérité. La musique me convainc de rester inoccupé.

Aboutir, c'est décevoir, c'est se décevoir.

Notre orgueil, c'est notre verticalité de singe sous serment.

Borné, oui mais dans une vanité de cadavre debout.

Tristesse que je dégénère, tant elle prête aux péripéties, aux audaces du souvenir.

Mon mal, c'est le mal de la lucidité, combien j'aurais voulu rester un imbécile converti au rire paléolithique!

C'est la déception et non la malchance, qui nous boute hors de nous-mêmes, mais honorablement.

Tout ce vulgaire que j'ai sous la main, il faudra bien que je le dépense pour des refus universels.

Devenir, c'est se détourner.

On habite sa propre ténèbre, et on y est autant éclaireur qu'en perdition.

L'homme est insoutenable, autant dans sa légèreté que dans sa gravité.

Chaque siècle a des absences autorisées, que cent ans plus tard nous appelons égarements.

Tant tout est hors de moi, et autour de moi, que dans cette suspension je ne rencontre que des charlatans, qui altèrent mes idéals, et qui se mettraient à y penser dans un pire, s'ils ne m'y voyaient.

Mon temps est un temps de perdition, vidé de toutes les substances qui prêtent au visible, c'est à dire vain et confidentiel.

Me racheter, oui mais de quoi, le prix que je paye à la vie, suffit déjà à y réussir.

Perdre le sommeil, ne plus être que dans une ténèbre,l a sienne, voilà une belle idée de cauchemar.

Tout ce que j'ai relégué au second plan, s'est peu à peu rapproché de mon idéal, voilà pourquoi je fais cas de tous les transfuges.

Nos tristesses engendrent des scléroses qui nous rendent contagieux d'un sommeil qui n'est pas à notre mesure.

Une de mes paniques serait d'aller à reculons, sans y adjoindre la pensée d'une défaite.

Dans cette mélancolie qui gagne en avenir, j'ai parfois des élans de philanthropie, que je démesure jusqu'à d'insanes regrets.

Passer un chiffon sur l'Histoire, et dépoussiérer jusqu'aux gibets.

L'art nous prédispose à des dégoûts réussis.

Je réponds à la poésie par des épidémies d'injures, qui la convainque de troquer le mot pour du vandalisme.

Je fais dans le dilettantisme, le jeûne et la prière, avec la préciosité de quelqu'un qui peut s'évanouir autant dans une église que dans une sacristie, voire un bistro.

Rien que je ne me sois permis de cynique et qui ne m'ait conduit dans de la compassion.

Tout est vicié dès lors qu'il s'évapore dans des proportions que nous ne supportons que lorsque nous sommes ivres.