Aphorismes 211

Inébranlable sur un canapé tout autant que sur un trottoir.

Etre c’est s'égarer dans l’histoire, dans l'immanence des désirs qu’ on veut innocenter et non rendre intraitables.

Le crime de vivre ne s'exagère jamais les yeux clos.

A court d'idées, je jure ne plus pouvoir préciser quoi que ce soit qui n'ait été un sens ou une faveur.

Dans un désappointement, plein d'amertume et de rage, et dire que j'y laisse mon énergie, jusqu'à croire il s'agit de mon plus beau triomphe.

Je doute systématiquement de tout et de tous, c'est mon côté avantageux.

Si singulièrement déçu que ça en devient presque une stratégie pour pouvoir dire que le monde est la figure la plus monstrueuse qui soit, et qu'on ne peut empêcher de nous regarder avec ses yeux morts.

Le vertige d'assister à la fin de quoi que ce soit passe autant par notre vue que par notre sang.

Dès lors qu'on veut se couper du monde on triche de ce côté-là où on est le plus démonstratif.

Pitié pour moi qui m’évertue sans cesse à ne pas vouloir me renouveler, à ne pas vouloir vous ressembler.

Si je n'avais à être qu'une idée, je serais celle de  la maladie qui corrige de tout et de tous.

C'est ma nature d'exagérer la musique et les saisons, mes sentiments datent par les enchantements liés à ces méfaits.

Combien de  douleurs à notre bord roulent de constellations, et de schémas d'un qui se cache de ce crépuscule.

Trop de place pour la nostalgie et pas assez pour ses causes.

Chaque jour m'est un Styx infranchissable où coulent des hommes qui ne sont pas appesantis sur le sombre destin.

On commence par perdre la vue, puis la raison, puis enfin la vie, et tout ça sans savoir comment faire pour sauvegarder quoi que ce soit qui ait été agréable.

J'ai eu la chance de n'être pas bavard, je me suis évité tant d'entretiens nauséabonds.

Le grand enjeu de l'existence, il est toujours là où on ne l'attend pas, dans un lit, sur une estrade, dans les gradins, partout où l'on est plusieurs à ne pas s'y prêter ou à l'observer.

Je raisonne et résonne de par cette déraison qui ne finira qu'au pied d'un gibet,et j'en vomis.

J'ai rangé mes intuitions au rang des contagions, et ne veux plus m'en servir que pour contaminer mes sens et l'apparat de ceux ci quand ils sont édulcorés jusqu'à l'idiotie ou à l'hyperbole.

Mourir sans avoir été semblable.

En échange d'un baratin qui m'aurait mis dans le confort de la parole,j'aurais donné dix années d'un précis de décomposition,dix années de prières,et un siècle de prédictions.

Sourire de mes aveuglements, de mes essoufflements,et puis baratiner sur l'usage des poumons et d'un coeur qui bat...

Sous tous les ratés ,les lubies de nos anciennes réussites que nous n’atteindrons plus…

Le sommeil de quelque côté que je le prenne me donne à croire que je finirai centenaire…

Le sérieux m’exténue, je m’y gaspille quand il ne faudrait que l’évidence des mots sans scrupule pour en ressentir la juste tâche.

En dehors de la lettre, de la note, du nombre, toutes les formes exagérées des matières à réfléchir qui poussent aux collusions et à la surenchère…

Aimer nous impose toujours quelque entreprise qui a besoin d’entraînement…

Ce qui tourne à l'obsession a besoin d'une camisole.

La souffrance ressemble à une décharge publique, on y balance même ce qui peut guérir.

Je ne vois nul être qui viendrait après moi commettre ce que j'ai fait de sale.

Je n'ai jamais rien pressenti qui me rapproche de moi, je vis au ralenti et dans l'irrésolution, comme tous ceux qui à leurs extrémités n'ont jamais porté de regards ailleurs  que sur leurs propres incorrections.

Du désert autour de moi, et où trouver refuge, sinon dans l'impassibilité ?

La fatigue dont je suis le jouet est de l'ordre d'une nation inguérissable, dont la suprématie tient dans la production d’un seul médicament.

Dès lors que tout me paraît sujet à suspicion, je ne sais vers où me tourner sans voir en chaque trace celle d'un sicaire ou d'un traître.

J’ai été trop pressé d’entrer dans la vie pour m’y dépêcher aux raisons et aux concepts.

M’étant adonné aux règles et immodérément, je n’ai connu  de fainéantise que dans les neuroleptiques.

Affligé dès ma naissance du virus de l’ordre, j’ai beau eu être tenté par de l’égarement, je n’ai jamais rien pu concevoir d’autre que de l’apathie, du réfléchi ou de la pause.

Dans mon imaginaire je travaille à enfreindre un temps physique qui me pèse,tout comme  moi.

La sourde et lourde sensation de ne plus se comprendre.

Combien de temps mets tu pour écrire des imbécillités, le temps qu'il te faut pour les lire.

On braille, on crie, on pleure en rentrant dans monde, et déjà sur les crimes à venir

Engage gagne.

Ce sport trop sec.

Constitué par tous les échanges entre embonpoint et félicitations, comment pourrons nous goûter à la débâcle si un tout petit emmerdement nous fait reclus ?

Voilà qu'on est déjà demain, et c'est trop tard.

J’anticipe sur le fait de devenir une marionnette d'être, et j'en ris, impossible de statuer dans la patience d'un réel devenir.

Pour le moment respirer est instinctif, demain  sera de secousses, d’espaces,et de spasmes.

Je l'ai rien contre ma nature qui est contre nature, c'est mon côté fanfaron.

Prenez garde de vouloir atteindre à ce que les autres ont atteint, c'est peut-être un Himalaya d'infortunes et de contrariétés.

Tous ces ensembles qui sont en couple et en expansion, combien je les exècre d'être aussi évidents, d'être sans peur et grimaçants.

J'aimerais être un organiste qui suggère que Dieu n’est pas de ce  monde mais dans ce qui le constitue et nous constitue tout autant.

Il faut bien admettre que l'humanité est une aberration de chacun de nos sens.

Expédier le quotidien vers le lendemain où les accolades n'iront pas aux modèles qui nous ont poussé à les accepter.

Chaque mot est  une lutte, une épreuve, que dire alors du syllogisme.

Les idées les plus ombrageuses viennent de notre côté pessimiste, les autres restent stériles.