Aphorismes 209

Rien qui ne soit de mon ressort et que je n’ai tenté, si ce n’est la vacance, j’adhère donc à l’existence en voulant m’en détacher, dans une perpétuelle condamnation.

Dès ma naissance je me suis brouillé avec moi, d’où tant de vitalité pour du refus.

Ayant parfois pitié de moi, j’ai le sentiment de ne pouvoir m’épanouir que dans un désert ou un hospice.

En moi, en moi seul, toutes ces infirmités qui sont à la base de mes propres punitions, celles que je me suis infligées pour pouvoir mourir digne et propre.

J’ai la certitude d’une conscience à la frontière de l’inconscience.

Tant de mes obscurités ont été intenses, que j’y ai fait figure d’initié et d’invité.

Toutes les opinions nous confèrent des airs de canonisés, qui ne s’accommodent qu’avec Dieu et ses pourvoyeurs.

Cette époque est insane, nous revenons à nos origines, et nous nous y terrons en oubliant que nos naissances se sont faites dans l’effroi et les glaires.

Le pardon est une des formes de la paralysie.

C’est la certitude d’un chaos imminent qui me fait improductif et horizontal.

Etre, c’est porter du verbe vers du plus loin.

Faute d’inventer, j’innove par la pauvreté des répétitions.

C’est une de mes capacité que d’être inactif, improductif, et si je l’admets aussi facilement, c’est que je me sens ici aucun devoir, si ce n’est d’être, fût ce maladroitement.

La musique nous comble de précédents que nous ressentons comme des émois et que nous nommons impudiquement « extase ».

Je crois que chacun est son propre fardeau, et qu’il ne peut se porter plus loin, tant qu’il ne s’est pas tracé un chemin sur le dur de la touche.

Prédisposé à des provocations dont personne n’a cure,tant elles sont multipliées par du rire, du rire et du badinage.

Chacun sent ce cadavre qui affirme sa fin prochaine, et fait l’important en le sachant.

Etre tout, sauf le premier devenu.

J’écris pour préférer et proférer juste.

Un grand sentiment est un sentiment qui n’a pas besoin de l’hyperbole, et se pétrifie seul dans le droit qu’il prend à se citer.

Combien j’ai ravalé de protestations pour quelque considération dont je n’ai même pas abusé.

ON ne meurt jamais assez tôt.

Je tire mon orgueil de cette forme de détachement, au travers duquel je peux discerner ce qu’il y a d’épouvantable dans l’amour ou dans l’amitié.

Les passions affectent notre immodestie en nous donnant l’air de colonisateur.

Le monde ne me laissera que peu de souvenirs sur le monde lui-même.

Pour toucher à la vérité, il faut être en crise, et rien d’autre.

Tout ce que nous faisons et dont nous avons rêvé nous donne suffisamment de raison de ne rien concevoir d’autre que du rêve.

Entrer dans le sommeil en infidèle, en sortir en condamné.

Comme rien n’est plus intense que l’exercice de vivre, je me suis résolu à être et Dieu que ça fait mal.

Quand la faiblesse devient un objet de compensation, le corps se situe entre les rictus et les douleurs ascendantes.

Toute forme de connaissance est fatigue, je doute pourtant de mourir épuisé, mais pourquoi tout ce remue ménage qui me rend défaillant, et plus idiot que si je regardais le monde comme une terreur détectée du bas ?

Dans ces attentes où je m’adresse à Dieu autant qu’aux hommes, combien d’indispositions et de fatigues.

Toutes mes douleurs m’ont conduit dans cette extase où fleurit la mort, et plus j’y ai eu d’aise ,plus la vie m’est apparue comme le plus bas degré de la création.

Mes passions, brutales médiocrités, sont aujourd’hui des sensations d’hymne funèbre, où simultanément je touche au mépris et à la singularité d’y prendre goût.

Tout baiser m’inspire des abandons où je tiendrai d’une main cette chair que j’aimerais abattre de l’autre.

Le bonheur nous éloigne de toutes les abjectes cosmogonies de l’être, et qui sont au sommet de tous nos unissons.

Si être s’éteignait, combien dans les univers grandioses tirés des néants, de nouvelles divinités fétides vireraient à la vie.

M’étant si souvent déconsidéré entre le supplice de le savoir et celui de le reconduire, ma vie aura tardé  à toucher aux indiscrétions que la chair étale comme preuve de ce vertige.

La tristesse s’allège dans le sang, la mélancolie s’y appuie.

Vivre est le crime le plus subtil et le plus parfait auquel seul Dieu peut échapper.

Tous les objets douloureux qu’on affectionne, comme doués de cette noblesse qui nous échappe, s’ils savaient combien nous caressons leur extérieur pour ne porter notre regard que sur ces parts de nous-mêmes qui leur ressemblent.

Je ne pardonnerai jamais à l’homme de s’être vidé de son malheur, pour des partages qui sont autant de glissements vers le non sens des compensations obligés.

Toutes les purifications vont jusqu’aux soubresauts de cette âme qui ne nous regarde qu’au travers de nos peurs et de nos pâleurs.

Je m’agite, et l’expression est regrettable, je m’agite sans motif, et ceci l’est davantage.

Quels que soient mes accès à la mélancolie, ils gardent en leur vulgarité l’attendrissant cliché d’ne pente qui descend vers un calvaire.

A chaque fois que je me suis lassé de la vie, j’ai appliqué à mes propos l’imbécilité du dormeur, l’idiotie du moribond.

Que je me sois trompé sur l’existence n’explique pas que mes antiques impressions tiennent autant de l’amertume que de la concession.

Vivre en paresseux, mourir en exalté.

De l’aube au crépuscule, dans ce brouillard qui altère toutes mes paroles, est-il un instant où j’ai été profond, et où j’ai obéi à l’étrange cruauté de débattre sur l’infini du n’importe quoi ?

Rien ne saurait davantage me pousser au crime que cette vie que je ne comprend pas, et qui est légitimée par tous les signes qui créent des espaces où je dois contrer où me taire.

Il y a dans toutes les oppressions qui m’ont oppressées comme un besoin de prières, de remords ou de mélancolie contre lesquels mes virtualités de sicaire ne peuvent rien.

Dans ces ivrogneries aigues où je me fixe, est ce la souffrance ou la plénitude qui m’atteint, ou l’idée de m’absenter pour descendre en un Dieu réhabilité dans toutes las apparences ?

Le temps est la révélation d’un assassinat supérieur.

L’amour pourrit mes tendances à la misanthropie, seule réelle conscience de moi.

Lorsqu’on s’est consolé du chaos, toutes les voix intérieures qui poussent au suicide sont les lamentations de ces instants où tout n’avait qu’un terme et non une issue.

Dégoût, phénomène de double vue.

La beauté ne serait l'agrément d'un sens perverti qui cherche une idéale torpeur pour une noble punition.

Les pierres tombales rêvent de la noblesse d'un cadavre assermenté au site.

Dans ces troublantes inerties où mon corps se désagrège pour d'épouvantables parfums, ma passion pour cette évidence est un bonheur qui doit autant à sa vulnérabilité qu'à son venin.

Dans le baiser de Judas, l’austère anticipation d'un suicide élaboré comme une prière.

Il y a des matins comme des ostensoirs qui secrètent autant de peurs que de sanies, qu’on pourrait y voir toute la folie d'un siècle où celle ci est ordinaire de faux semblants et de jugements troubles.

La lucidité est si épouvantable, qu’elle mène soit à la pâleur, soit à l'humilité, soit à la désolation, voire au suicide.

Dans cette ténèbre où ma soif de cruauté s'accorde à ma soif de désastre, seul Dieu expie, tout le reste s'est résolu à m'exaspérer.

Le dégoût, tous les dégoûts qui conduisent au suicide sont des prodiges.

Sur fond de vulgarité ,ma conscience en a tant appelé à des consolations, que je ne sais plus vers quel saint me tourner pour me corrompre avec lui de nos conditions.

Etre homme est si inconfortable, que je voudrais m'exercer à ces primautés de singe sans avoir à y réfléchir.

Dans cet enfer que chaque mot, chaque geste attestent comme les preuves d'une réserve annoncée, je me réveille entre la sensation de vouloir tout saboter et celle de me souvenir que j'en suis toujours resté là.

L'esprit est cette sonorité du dedans que les sens ne  rendent voluptueuse que si elle se mesure à l'aune de nos apaisements.

Tant de jours où je me serais bien tué, tant d'autres où je ne l'ai pas fait.

Tout ce qui vit fougueusement m'a à un moment écœuré, je cherche par ce pathétique héroïsme qui me met hors de moi, de l'humilité, à me retourner sur et contre mon corps, et voir combien mes regrets sont grands de n'avoir pas vécu fougueusement.

L'ennui serait une maladie du sang que je songerais à ne jamais en perdre une seule goutte.

L'avenir sera dans le souvenir de Dieu, sur le négatif de tous les bréviaires.

Tout est desséché comme rien ne peut s'accomplir, la mort seule a du style, la mort seule a de l'enchantement.

Dans cette posture entre le vague à l'âme et la barbarie de n'avoir rien été, dans ces fausses mythologies de ce jour, l’homme par ses vitalités ne peut qu'aller à la défaillance.

Parfois dans la soif de nouvelles sensations, ma décadence est de l'ordre d'une dispense de Dieu, ou d'une absence d'éternité.

Qu'y a t-il de plus vertigineux qu'une tombe sur un site?

Pour gagner en désespérance, entre la musique qui établit de fausses sonorités, des usures, et la prière, j’ai servi un présent de masse, et j'en suis resté là.

Plus fleurissent les tombes et moins je crois aux individualités!

Jusqu'où l'amour peut-il nous porter sans passer par la défaillance du sang, des glandes et des sens?

La mort seule reste en hauteur, tout le reste n'est qu'élans pour y parvenir.

La vigueur de mon sang atteste que j'ai survécu à toutes les fermentations ,à tous les vampirismes.

L'intelligence est la forme diffuse d'un dieu pathologique.

Lorsque tout devient indolore quelle forme de sensibilité pourrait mieux me relever que celle qui va du vide au néant en sans passer par les déserts du sens.

Que rien de ce que j'ai pu percevoir de l'homme ne m’ait conduit à la santé me condamne aujourd'hui à quelque élévation qui tient du mysticisme et de la gloutonnerie.

Je n'ai jamais prétendu qu’ être était, douloureux, de cette imbécillité sont nés mesrapprochements d'un prodige établi dans la passion pour le suicide.

Dans les tâtonnements voluptueux où le corps s'engage quelle- la part de Dieu qui reste libre et qu'on ne maîtrise pas ?

La plupart de mon temps est un temps d’inconsolations où je parvient cependant à me rendre compte, rendre compte de quoi je l'ignore, mais ceci au moins clair.

La lucidité tient de la zoologie, elle nous pousse dans la connaissance de l'homme mélange de glandes ,de matières sanieuses, attributs de ces singes devenus muets, de peur qu’on en fasse des entités qui souffrent et qui le montrent.

La poésie ne se limite pas à l'insupportable, et c'est de là qu'il tire son mépris pour les psychologies.

Lorsque mes . vitalités rejoignent les sommes de philanthropies  que m'ont adjugé mes pairs ,je me vois comme un Antée inébranlable et que rien n’assèche que personne ne peut démolir.

Toute douleur gagne sur nos  vitalités, et soit nous apaise, soit nous courrouce  jusqu'à devenir muets.

A aucun moment mon scepticisme n'est passé par quelque volupté, quelque tension qui auraient été la révélation de la mélancolie.

La musique est vapeur ,la mélancolie aussi, nul doute alors que toutes deux passent par les désastres du sang.La vie est une accoutumance si souvent indolore qu'on peut parfois douter d’être.

Dans ces éclaircies où mes  élans vers les hommes tiennent d'une virtualité de singe, je presse mon cerveau d'y réfléchir et de montrer jusqu'où je peux aller dans cette exigence.

Toutes les tentations vont de la maladie à l'erreur ,en passant par les diligences de la parole et l'éthique sale du paraître et du montrer.

La fatigue tient de l'absence, c’est un mélange plein d'une grande vitalité toute  en soubassements et en  barbaries qui versent dans la planque  et la neurasthénie.

Je me suis assoupi dans l'existence quand  d'autres y sont entrés, pour des ardeurs que je ne connaîtrai que les veines tailladées.

Mes sentiments me semblent être les seules perfections que je puisse mettre en avant, tout le reste va de la litote à l'homonymie.

La matière même est folle ,mais elle  se débrouille pour ne rien laisser apparaître, sinon les impitoyables thérapies prises dans les solutions  d'un univers gangréné de pureté.

Dans le respect qui caractérise les premiers élans de l’amour, un serpent et un singe se réconcilient pour gagner en sauvagerie.

Dans ces nuits, cancers agrandis à la lueur des souvenirs, ma vie  me semble être un jeûne où j’ai  rogné jusqu'à la déception.Le cynisme d'en appeler à Dieu pour n’être qu'avec lui ou en lui.

Lorsqu'imbibé de la cruauté d’exister sans élans, je me lève et oscille  entre la course et le piétinement, mon corps tout entier semble dans les molles festivités d'appareils affectés par toutes les relégations.

La pratique de la vie est une  pratique obscure, quand elle  s'éclaircit c'est dans la peur ou dans l'ennui ,deux architectures de l'accord qui cherche à s'en dégager pour rejoindre l'esprit.

Tous les gaspillages du corps, gaspillages qui vont de la respiration  aux inerties dans lesquelles nous nous abritons pour échapper à nos voies, sont faites  de ces substances  où s'est dissipée de la nuit

Je ne me consolerai jamais d’avoir cru  possible un entretien avec les hommes ,je compte bien en rester làFaut-il se  surmener  dans les possible ?

Tout est terreur ,et exister, une terreur rythmée par les non-sens du décor où elle s’anime.

Entré de plain-pied dans les excès qui font trembler ou obéir ,ceux qui vont de la soulographie à l’anathème, ma vie  qui s'en était cachée y revient, dans les phénomènes des raisons propres à me plonger si intérieurement en moi,  que c’en  est devenue une véritable péripétie.

Tout est  maladie, et la maladie est une flamme arrêtée dans le sang, l'intérêt que j’y porte vient de ma  vanité de penser plus lourdement plus que si j'avais dix mille ans.

Chuter, c’est  entrer dans les mémoires des anciennes vitalités  où tout était possible.On est souvent quelqu'un d'autre et cela sans le savoir.

Se compromettre jusqu'à la distinction, est lassé par tous les perspectives d'enchantement se laisser voir tel qu’on était né.

Coûte que coûte ,vaille que vaille ,il nous faut de la vie, mais la vie n'est pas que l'application d’une matière qui cherche à être élue, ce fait paraît  si éthéré qu'il en devient l'idée d'un au-delà.

Qu’y a-t-il le plus absurde que toutes ces volontés qui obligent à  la terreur du taire, et se mettent à nos côtés pour douter paresseusement ?

Où est la preuve de l'existence, sinon dans l'existence elle-même, dans l'odieux adieu, dans les exits, dans l'excitation exacerbée par une xénophobie qui en atteste ?

Toutes mes décisions se sont faites dans l’étroit secret d'y revenir sur le tard, c'est-à-dire quand cette faiblesse banale de mourir me verra m’ouvrir les veines , et me fera plus objectif encore que dans l'instinct de la décision.

La mélancolie est en suspension dans mon sang, et  y a noué un  pacte pour  des éternités sans objet.

Les voluptés étrangères aux pesanteurs du corps, participent parfois de ces tristesses sous vitalisées, qui sont l’intérieur d’une lucidité que nous n’avons su ni rompre, ni franchir. 

Tout mot à sa manière en appelle à la mort, c’est aussi cela la métaphysique.

Rien de prestigieux ne peut plus naître de nos déficiences, je cherche dans l’absconse pataphysique du langage à me dégager de cette épreuve.

Je voudrais n’être pas né pour rester un élément des  célestes anomalies.

Se soigner d’être vivant.

L’idéale tromperie d’être penche pour des éternités, je préfère m’égarer dans le non sens des religions auxquelles nous nous vouons, quand de toutes les mythologies se sont épuisés les dieux sanitaires, et qu’il ne nous reste d’eux que la grâce d’un putride devenir.

La lucidité a des hauteurs que nous atteignons dans l’exaspération ou l’atonie, ces deux points de nos univers où culminent le mot « Dieu »et le mot « foutre »,et leurs mêmes et idéales abjections. Je suis resté trop longtemps hors de moi pour pouvoir m’accorder.

Dans les déserts de l’absolu, vides verticaux sans concession, toute parcelle d’idéal a son fossoyeur, celui ,là même qui prend plaisir aux horizons éthérés.

Rester à la température des impréférés,et mentir, mentir couché, assis, debout.

Vivre serait raisonnable si nous raisonnions.

Je me rachèterai de l’illusion de dormir par mes corrections et mon refus du bricolage.

Ce qui me revient de droit s’émiette sur des terrains vagues où d’autres s’exercent au crachat.

Vivre c’est se ramollir d’énigmatiques rêveries.

Rien qui ne m’ait concerné et qui n’ait sollicité de la raison ou du surnaturel.

Conscient de tous ces vides érigés en absences, ma stupeur naît de ce savoir et de ma verticalité.

Crétin que la science dépassionne, quel autre pouvoir pourra me dispenser une dépression à ma mesure ?

Les extrémités triomphent au point de chute.

Conscient qu’étant incurieux je reste vide, il m’arrive de vouloir me diffuser, mais vers où , mais vers qui ?

En villégiature dans un corps ambigu, je mets plus de temps que le commun des mortels à fonctionner comme un aventurier ou comme un notaire.

Tant de lucidité pour ne voir que ce qui l’atténue, pour ne voir que la stupide inertie des troglodytes que nous sommes.

J’ai opté pour de l’insupportable comme on opte pour une profession, me restent les vaines promesses liées à cette vitalité.

Rien en dehors de l’inertie ne prête à mes obsessions.

Toutes ces identités où j’ai été à mon avantage, combien elles sont insanes, combien elles m’ont donné le remords de l’indésiré.

Je n’ai rien besoin de créer qui s’adonnerait au jugement ou à la démesure.

J’ai survécu aux questions par cette impertinence qui aurait tout autant pu me racheter d’avoir été terrorisé par celles là mêmes.

Indisposé par tout et par tous, mais jouant avec la matière, mais remuant de la vie jusqu’à en tirer du symptôme.

L’ennui a donné à mes infirmités une forme de convoitise que j’appelle le crédit du mourant.

L’occident s’est appliqué à créer des bourreaux qui n’ont pu donner aucune explication sur l’inconcevable.

Faillir, mais en se défendant.

Parfois si désespéré pendant un bref instant que j’ai le sentiment d’être en expansion de temps.

Que rien ne me fasse accéder au bonheur ne m’étonne guère, ce qui m’étonne c’est de si bien m’en satisfaire pour atteindre à l’essentiel d’un autre phénomène.

Mon corps s’est affirmé par ses angles et ses amertumes.

La permanence du zéro s’étend si loin, que personne ne songe à le précéder.

Il me vient parfois à l’esprit que si je bavardais, je baverais moins.

Je n’ai encensé personne, c’est une version de cet effacement auquel je me suis voué pour n’être point imité.

Être est une belle trouvaille qu’à l’évidence nous voulons tourner en performance d’une omniscience et d’une omnipotence sans nom.

La petite fatigue m’apparaît comme une fraude, la grande comme une trahison.

Tous mes projets furent des éclairs impropres à dégager quelque lumière que ce soit.

Je jure qu’après m’être entendu, j’ai envie de vomir ou de me flinguer.

Dans mes enfers, et sur ce point je ne cèderai pas, il y a l’évidence de la mort, mais aussi ce qui la rend supportable.

Être, c’est revenir de tout mais en rétif.

Mes convictions m’ont amené à déguerpir des lieux où toutes mes velléités auraient dû me détourner de la parole.

Sous l’effet des somnifères mes organes se défont comme pour remédier à la fainéantise de les atteindre en me flinguant.

Le vrai est un sentiment dont je n’ai jamais eu à débattre.

L’ailleurs à y regarder de près prête à la raillerie.

J’aurais gaspillé des années à des profondeurs dont je ne suis revenu qu’en manquant de souffle.

Parfois certains soirs, me prêtant à des extases alcoolisées, il me semble que je parviens à entrer dans la peau d’un autre, et me dégoûte autant que si j’étais resté dans la mienne.

Les cadavres nous donnent des explications inespérées sur l’infini...

Entrer dans la colère par les glandes, en ressortir en trou du cul.

Ma vitalité tient parfois de l’hospitalité et du crime.