Aphorismes 204

Je m’émousse dans la vie avec ses corrections et conventions, quant au simulacre du faire, qu’il reste ce qu’il est, une sous multiplication de l’être et rien d’autre…

L’esprit traîne en lui quelques vérités dont nous abusons pour nous donner à croire au mirage de l’intellect…

Toutes les décisions que j’ai prises m’ont mené dans l’égarement et l’ignorance…

Je suis pour tous les contres avec leurs répétitions, contre tous les pours avec leurs malfaçons…

Une philosophie qui n’éprouve pas l’homme est une philosophie qui ne peut s’avouer ni se renouveler…

Plus que les théories ,je hais les certitudes qui me semblent des condoléances faites de propositions invérifiables et inutiles..

Ignorer, trahir, insulter ce prince qui nous gouverne et finir sous la guillotine…

Tous les enfers m’ont conduit à la compétence, à la responsabilité ,quant au paradis, pauvre par essence, je ne lui dois que ma pitié et mes rachats avec leur système de demi mesures…

Maintenant que je craque de toutes parts ,quelle obsession autre que celle de vivre me pousse dans des colères, dans des courses, avec en bout de parcours la récompense d’exister encore ?

Tout ce qui me fortifie a dévoyé mes ennemis, j’aspire à ne plus m’obscurcir pour ne triompher que de mes faux équilibres…

Chercher une planète d’assassins et qui m’expliqueraient la vie…

Je réside tout entier dans un corps faillible, en perdition, et que je n’explique pas…

Toutes ces journées où j’ai absorbé de la lie, celle qui était en moi et hors de moi, combien elles ont altéré mes humeurs et mon humour…

Tant de mots qui m’ont invité et initié au meurtre…

Faire faillite dans son sang, puis se démener dans la peau d’un diurne vampire.

Priant, implorant, je ne dispose pas de suffisamment de dieux pour leur cracher mes injures…

L’odieux est -il toujours en campagne, et si oui, abreuve t-il nos souillons ?

Chaque matin je donne un baiser à ce cadavre que je trimballe et qui se compromet tant avec l’homme…

Ni soif, ni faim, voilà une de mes une infirmités ,c’est de là que me vient mon inconfort comme s’il me semblait que j’étais un intrus dans une orgie…

De toutes les théogonies j’ai retenu la santé des dieux, je m’en suis tenu là…

Si je ne m’étais retrouvé après toutes mes péripéties et mes défaites dans cette unité physique,mon  assoupissement aurait pris les allures d’une douleur sans nom…

Rien d’inavouable que je n’ai éthéré, sinon ces rêves où j’assassinais mes proches…

Tous les matins je passe de l’infirme au débauché, quelle distinction entre les deux sinon celle de la même anomalie ?

Je me serais bien vu tout entier dans une page de Sade, un tableau de Cranach, une statue de Laurens..

M’étonne encore l’impasse où nous sommes aujourd’hui, et dont nous n’avons pas saisi les contours…

A défaut d’être inattaquable, j’exagère toute corruption qui vise à me priver de cette part d’estime que l’on m’accorde quand je souris…

Ne rien qualifier, se répéter que tous les adjectifs prêtent une santé à chaque corps, à chaque objet qui ne visent qu’à s’en défaire…

J’aimerais nier tout ce que j’ai conçu, et ne plus commettre que dans le virtuel…

S’exercer en pure perte à des vérités que nos actes désordonnent ou réprouvent en témoignant de nos vacuités…

S’initier au droit de sortir indemne de l’existence !

Tant d’essentiel qui se fige dans nos désespoirs comme des natures mortes, et que nous ressortons des années plus tard pour nous en glorifier…

Le temps qu’il me reste à vivre me pousse dans les curiosités du savoir, et pourtant quelle énormité, quelle imbécillité que de vouloir comprendre ce mieux où ne s’exercent déjà plus nos anciennes convictions…

Le vivotage m’a rendu malicieux, le vivre mécontent…

Trépignant dans un silence que rien n’a enfiévré, me voilà dans une humilité qui amoindrit mes divagations et affaiblit mes gestes…

Plus un seul rêve sur lequel m’arrêter, je resterai un quêteur d’une méprisable réalité…

Heureux ceux qui n’endurent rien ni personne, ils peuvent se recroqueviller sur leur paresse et n’en rien montrer…

Tous ces actes qui cachent quelque approbation et que nous appelons « Services »…

Tous mes tourments prêtent à mes hilarités quand j’y réfléchis hâtivement…

Né avec une âme de martyr, ne le souffrir que dans l’idée !

Quand l’être s’ouvre et se referme aussitôt, qui donc le suit dans ce bref mouvement sinon celui qui veut finir sur le feutre des latrines.

C’est avec ma peur d’être un homme que je suis résolument resté cet enfant quasi moribond, les yeux embués de larmes et de fronderies, pour retarder dans cet être qui chialerait autant que cet enfant qui aurait dû choisir entre sa mère et son père.

Pourquoi tous ces cierges que j’ai allumés n’ont évoqué que de vagues prières, ne se sont pas élevés en hymnes ou en espoirs, et pourquoi tous ces aiguillons, ces dards qui me blessent, me blessent et me chourinent ?

Je suis né du ventre d’une femme et je n’en aurais jamais fini avec elle tant que toutes celles qui m’ont fait osciller entre l’alcool, les somnifères et la littérature seront à sa ressemblance, seront de sa matière sale et putride, tant qu’elles riront de mes déchirements, de mes démembrements.

Elle dit « tu fais rien qu’à m’enfermer dans tes idées stupides, tu veux te croire plus haut que tu n’es, c’est aussi ça ton mal, il me fait chier autant que le mien, mais c’est dimanche et je ne veux pas en parler »

L’affligeante fiction d’être nait parfois dans ces profondeurs muettes où Dieu se met en branle ou se meurt.

Tiède déité muette, mets ton regard dans le mien, tourne toi vers moi, éteins la lumière, étreins moi, puis la foutrerie des anges et des angles morts…

Cette déliquescence obligée qui va de nos sexes jusqu’à nos os en passant par le sang, et qui va jusqu’à nos surfaces, pour se jouer de nos roueries cérébrales…

Il m’est aussi difficile d’écrire « Arthrose »que « Dieu » ou « Sarah Bernhardt »…

Dans cet univers du"Je"du "Moi",je cherche un complice funeste et funèbre ,point endormi ,pour un destin sans brutalité et sans dogme.

Geindre dans la peau d'un saboteur, s'y compliquer l'existence dans les occlusions qui participent de ce ratage.

Puis je me regarder autrement que n'ayant pas vécu ,et exploiter ces inerties et inepties jusqu'à vouloir tout endormir ?

J'ai laissé mes comptes et mes préjudices à ceux qui auraient tat voulu rendre de vains services, mais se sont conduits en forcenés de la déclamation.

Tant ma santé m'excède, tant je suis désolé de me tourner vers les guérisseurs obligés aux distinctions d'un corps qui ne veut plus mentir ,et se déclame des passivités de l'existence.

Les avantages sont les formes de ce progrès auquel je ne prêterai aucune de mes paroles, aucun de mes dégoûts

Submergé par ce qui est essentiel et saillant, je subis la nuit comme un intervalle entre la plaisanterie et le malaise, entre la perversion de images saintes et les piteuses divagations de elles qui ont bousillé mon sang pour des instantanés sans figure et sans visage.

La vie est morne de couleur et de douleurs.

Rejeté du monde, et pour ses évidences ,ses incidences, ses entêtements, le prendre en considération, c'est à dire s'y acharné aussi lourdement que si j'avais mille ans de saignements et de rebours.

Il y a tant de jours sans signification, que surgit parfois de notre tertiaire la fastidieuse insanité d'y penser à propos et sans eux, que cela en devient blasphématoire.

C'est par la poésie que j'ai eu des rapprochements, c'est par elle que j'aurai des saillies et des failles.

Ma jeunesse a été imperméable au jugement, c'est ainsi que je n'ai pas été dupe des mots et des flatteries, c'est ainsi que je me suis tu faute de m'être tué, lissé par ces mêmes punitions.

La maladie, vaporeux tourments, par cette insignifiance qui fait sa noblesse, voisine avec une autre vitalité, celle du sang qui nous gonfle et nous remplit malgré tout.

Toutes mes premières réflexions sont des réflexes, ce qui suit est du hasard né de la nécessité à ne pas me taire.

Combien dans ces déficiences que la parole tourne en récréations, je suis resté sur la fréquence d'une souffrance sans motif, d'une maladie sans analyse.

M'étant répandu en contentements, le plus petits de mes bienfaits avait les degrés de ces vulgaires alcool, frelatés et altérables.

La tristesse serait insupportable sans le café, le canapé et les somnifères.

Ce n'est pas tant d'avoir argumenté mes essoufflements qui m'a rendu obséquieux, c'est cette vaporeuse torpeur dans laquelle j'aspire à reprendre mes esprits, et qui dirige jusqu'à ma vulgarité, jusqu'à mes propensions à marcher à côté de tout.

Je déambule dans l'existence à la manière d'un soldat revenu du front dans la saleté de ses blessures.

Au gouffre de l’esprit qui s’atermoie dans la durée, je préfère ce  tout petit néant né de ma vanité à tout dénier, et cette incapacité à être un homme qui parle.

Je reproche au monde de ne pas avoir assez d’égard pour lui, et par là même de se ruiner dans et par cette incuriosité.

Ma tristesse est ancestrale, j’en ai à loisir pour ma descendance, et la descendance de cette descendance qui me devra d’y entrer pour des paradis superficiels aussi éthérés que les alcools frelatés et les excuses.

Peut être que ma conception  du désastre me donne le goût d’une liberté qui cherche à le régir.

L’homme est un imposteur au timbre inaccompli est mal perché.

Point d’attache qui ne m’aie fait sentir combien je n’avais besoin de tuteur.

Je participe du sérieux et de l’inoccupé.

Je m’ennuie tant et tant que le temps me semble un divertissement pernicieux.

J’ignore si ma pauvreté me conduira dans ces déserts que la conscience subit comme une prière ou un traité.

Fanatique de tous les pires, mais congénitalement.

Je me suis intime, c’est-à-dire que je peux ajouter à ma nudité cette autre nudité qui n’est qu’une abstention ou une abstinence.

Je me flatte de ne pas avoir eu d’initiative qui m’ait attaché à l’imitation

 J’ai des idées, et c’est bien ce que j’ai de trop.

Je n’ai rien en ma possession qui puisse séduire, c’est ainsi que je me suis réduit, c’est ainsi que j’ai passé ma vie entre les strapontins et les chaises bancales.

Paralysé par des pensées que j’exagère en les émettant, me voilà confiant mes préceptes à ceux qui n’en payeront pas le prix.

J’observe le silence avant qu’il ne devienne incompatible avec mes pauses.

En mon mitan un imposteur et un croyant penchent pour une réconciliation.

J'ignore tout de moi et ne m'en stupéfie pas.

Ce qui est impossible le sera demain, c’est une bonne raison pour vivre en dehors de cet embarras.

Mon malheur est de respirer parmi les autres tous ces relents de pourrissements et de m'en encombrer.

Je me serais tué pour ne pas commenter.

Tel révèle ses faiblesses en capitulant, tel autre en relevant les défis.

Je n'ai fait ni ne ferai carrière en rien, reste l'exception de ce lieu commun, vivre,variété d'un non sens perpétuel.

Je songe que si j'avais agi je me serais assagi.

Les pièges de la création me rappellent la fable effarante dans la quelle Dieu s'est fourvoyé avec si peu de justesse et de justification.

Ce que j'accepte,en dehors de vivre impunément,est toujours emprunt de foi,le reste sert à mes élucubrations.

Dans mes exils si intérieurs qu'ils en deviendraient profonds si je m'y penchais sereinement,il faut que j'existe ou que je meure mais avec fluidité.

J'ai renoncé à fêter la conscience parce que je ne pouvais m'y livrer.

Bien avant que j'ai cru, j'ai laissé entrer quelque chose en moi qui ne tenait pas de la prière ni de la terreur de Dieu,mais quoi?

Je laisse le paradis aux conquérants de l'absurde ivres de hauteur, le mien est un enfer de superstitions.

J’attends la mort en dehors des espaces où je protège un ange aliéné par ses jouissances et ses dépravations.

Tout est stérile et je n'éprouve aucun sentiment contraire à mes pires,c'est à dire disgracieux et vains.

Le temps nous pèse et nous lèse comment échapper à ses organisations si ce n'est en dormant ou en ne naissant pas.

Toutes mes interrogations sont passées par l'insignifiance sitôt que je me suis comporté en fugitif de la parole en souffreteux du verbe.

Être c'est vouloir dévoyer de l'anonymat.

Que chacun des coups que j'ai porté contre la réalité devienne ce capital dont je pourrai disposer jusqu'à la mort.

Sous les sous entendus, un pays sale et boueux,impraticable où nous errons...

J'erre dans l'existence comme celui qui ne veut pas pratiquer la marche ni la course et ressent le sursaut ainsi un désaccord total une morne hérédité et réalité.

Je voudrais renoncer à la vie mais à ma manière en n'y renonçant pas.

Tout ce que j'éprouve est emprunt de mort je vis dans la peau d'un suicidé perpétuel qui ne passera à l'acte que lorsqu'il aura déserté son corps pour un marché ou un commerce odieux avec les hommes.

La matière s'ingénie à crever alors que nous cherchons à la conquérir.

Désaccordé comme peut l'être un orgue dont la musique ne va plus jusqu'à Dieu.

Je me suis tant  enivré que j'ai même trouvé des raisons à ces enivrements et qui voudraient la peine d'être dits dans le silence d'un confessionnal.

N’étant parti pour rien ni de rien,  je me suis senti concerné par le tout autant que si je devais ne pas en revenir.

Chacun engendre vde cette tricherie qui vient de l'existence qui est l'existence même.

Ma quarantaine sera inconcevable tout comme l'était ma vingtaine mais j'y serai fut ce en subterfuge dans la vulgarité des instants qui ne vont pas à Dieu.

J’ai passé plus de la moitié de mon temps à douter de ma constance et de ma consistance et l'autre moitié à des excès qui m'ont donné le goût de la supercherie et de la traque.

Au nom de qui et de quoi se pose t-on en Etre?

La vie nous a voulu Etre pour se prolonger dans nos néants.

Sans le tragique de ma vanité je serai nécessairement un esprit en surface, un esprit sans fond et sans parallèle.

Je ne prétends pas m'être avili ou usé au contact de l'homme, je prétends avoir tout simplement été floué.

Jamais dans les accidents de la parole je n'ai entendu ou vu un ange qui zozote et qui en sourit.

Je me ruine par mon appétit de l'existence et le rumine aussitôt.

Nos misères les plus proches sont des ultimatums.

L’homme m'effraye, rien que d'y penser je répugne à chercher une once de bonheur dans son mouvement.

M’étant dès ma naissance posé en moribond j'ai plus de connaissance sur les ossuaires que sur cette humanité qui les instruit.

J’ai des certitudes si intimes qu'elles me dilatent jusqu'à la calomnie.

Je n'ai de réponses que définitives c'est bien cela qui me fait si proche de la mort et de ses attaches.

Mon empire est un empire de sensations qui équilibrent tous mes superflus.

Que crève cet occident qui laisse tous les peuple se déshumaniser.

J’aurais aimé être le ver dans le fruit, le fruit infect de sa pourriture et desséché sur l'arbre, l’arbre qui cache la forêt...

Je suis un religieux de métier, au comble de ma foi, je m'ennuie comme un infirme que ne consolent même plus les mourants.

Ma barbarie aura été d'exister dans l'imperfection de tous les devenirs, et d'y rougir autant pour un non sens que pour une litote.

M'étant tant extirpé de moi, j'ai réussi à faire un garrot de mes tripes avec lequel je m'étranglerai dès un amour défunt.

J'ai parfois l'appétit de vivre pour partager, partager quoi je l'ignore, mais l'idée est là...

Rien que je n'ai pu sentir sans avoir résilié mes propres pesanteurs et puanteur.

Esclave de cette vie qui tient de la détente et de l'attentat, je donnerais ma carrière de taiseux pour une épithète explosive.

Vivre c'est être un terroriste pendulaire et glandulaire.

Que faire avec tout cet inévitable qui se décharge sur le mode de la ruine de l'ennui et de la maladie et m'en donne le goût?

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Ma fatigue de l'ordre de la déflagration, de la défiguration.

Le suicide est une entreprise de salut public.

Un glissement de première grandeur, afin que tout ce que j'ai servi en garde un aperçu pour épaissir sa nature.

Le temps me manquera à chaque fois que je voudrais m'élever jusqu'à la croix ou à la lucidité

Dans ce corps tant de choses à ressentir a tourné à l’aigre, que je me demande s'il reste une place pour moi qui ne me peut me planquer de lui.

L'homme pêche par l'amour, sécrétions et sanies,  il s'en sort dans la raideur des objets  qui ont été  distincts lorsqu'il est seul ou lorsqu'il a bu.

En désaccord avec le monde, puis s'exercer à faire une durée qui s'allonge et qui m'étire.

On n'en revient jamais d'avoir trouvé la preuve que nous existons, après nous sommes susceptibles de pousser notre curiosité vers du n'importe quoi.

Je reviens d'un enterrement, il est évident que la vie est moindre.

M'est intolérable tout acte auquel j'assiste sans m'y livrer.

Je pense à ma famille comme à quelque chose d'impudique, sans forme et sans force,je ne compromets toujours et encore avec et en elle, je ne comprends pas comment j'ai fait pour en arriver où je suis.

La musique est la plus belle forme de mensonge que nous exploitons sans examen et cela jusqu'aux pleurs.

Je me blâme parfois de ne vouloir rester qu’en ma compagnie, y penser chaque jour davantage me met dans la position d'un qui ne veut rien traduire.

Ma vie répugne à tous les renouveaux.

Être lucide, c'est vouloir s'effacer.

À force d'apparaître nous finissons par devenir le jouet d'une image abstraite qui doit sa forme et sa force à la seule variété d'action qui ne nous met pas en marche.

Question, qu'est-ce qui fait disparaître la vie, réponse, nous-mêmes.