Aphorismes 203

Le bonheur, c'est toujours être dans la peau et le corps d'un idiot ou d'un transfuge, les deux d'ailleurs garantissent de la durée du romantisme et de la niaiserie de nos existences.

La souffrance est difficile à comprendre dès lors qu'elle n'est pas suspecte.

Si je m'étais moins fréquenté, je me serais pendu.

Le sérieux est toujours frappé d'un mystérieux déséquilibre qui sitôt disparu nous fait voir par  où nous sommes faillibles.

Je fourmille d'idées, c'est dire que je me complique existence.

La décence serait de mourir sans m'enquiquiner personne.

L'ivresse, quelle belle  trouvaille, elle me fait joindre les mains, une fois jointes, je ne peux plus écrire.

Fait de couches successives, l'homme rayonne en l'absence de lumière, et dans celle-ci ,c'est un comique et un cynique sans aucun substrat qui nous apparaît avec sa face de déshérité de la matière.

On s'exerce à la vie sa vie durant, c'est ce qu'on appelle une interrogation.

L'homme  naît libre, ah bon, que l'on me donne une seule et exacte illustration de ce poncif et je n'en fais plus mon ennemi.

Je solderai ma vie à mes points les plus faibles, c'est-à-dire chaque jour.

La vérité, il est inutile de continuer à me la formuler, je sais qu'elle ne me convient pas, cela seul est vérité.

Plus je vais  dans l'existence, plus j'ai envie d'être inutile, oui mais comment ?

Je fais peu cas de tous ces verticaux à ressorts que sont les hommes, empêchez les de sautiller, ce sont des vers qui vont consulter.

Prendre une bonne décision c’est un peu comme passer une nuit blanche, on s'assoupit après l'avoir prise.

Nous voilà entrés dans un siècle qui ne s'interroge plus sur l'enfer qu’il a généré,et qui se maintient dans ses répugnantes positions.

Entré dans la vie en fanfaron, j'en ressortirai avec une chemise blanche, des guêtres et un révolver.

Nous mettons toujours Dieu où il est le moins bien à sa place, dans nos propensions à le voir partout.

Écrire et de l'ordre d'une tyrannie à son encontre, si je m'écoutais je répéterais ceci jusqu'à satiété.

On vit toujours au plus près des autres, quitte à s'éloigner de soi.

La compréhension du monde passe par tout ce que nous devons lui restituer.

J'ai très tôt pressenti que j'allais mal tourner, bref, en rond !

Tant d'années à nous déshumaniser à vue d'œil, dans un festival d'intermittences.

Vivre dans l'ennui, survivre dans ce même.

Pas un seul instant où je n'ai ironisé contre moi, extrême fatuité.

Nous ne nous étonnons pas de vouloir vivre en communauté, la communauté c'est toujours une imitation de ce qui nous sert le mieux.

Ce qui se passe en dessous de nous est toujours dans une impasse.

Se saisir de son corps et se sentir ragaillardi par les efforts faits pour commettre.

Tous mes désirs visent à la perfection, oui mais laquelle, celles où je pourrais me déséquilibrer, me disqualifier sans aller à la touche ?

La création fut si satisfaisante que même l’intolérable y prit place sans que Dieu trouve à y redire.

Ma fatigue inhérente à mes efforts faits pour vivre sans dégrader quoi que ce soit ,doit être aujourd’hui considérée comme ma propre charpente et ma satisfaction.

Les convictions sont de l’ordre de ces forces fixes que nous trimballons pendant trente ans comme des nœuds ou des poternes.

Nulle part où dormir en soi qui ne tienne pas d’une morgue ou d’un cimetière.

Rien qu’une seconde de mort vaut toutes les éternités transitoires où nous cherchons l’Instant.

Mes racines brûlent, mon axe dévie, me restent ces superficies où j’extrapole sur mes derniers supplices.

L’amitié simule un maintien que notre conscience voudrait rendre intemporel.

Rien de ce que j’ai pu discerner chez l’homme ne m’a mené dans la sensation  du bien, je cherche à commettre démesurément ,pour une connaissance du propre ou du vulgaire.

Nous aimerions tous faire quelque chose de beau et en ressortir paralytique ou accessoire.

Je divague dans toutes mes vanités pour forniquer dans ce réel là où je renonce à mes origines et à mes pires.

Au moindre relent de mes pouffiasseries, je plonge dans un ascétisme de comptoir où l’alcool fait figure d’un spiritueux qui donne la foi.

Au-delà de l’enveloppe des mots, du charnu ou du dérisoire, bref une évidence ou du dégueulis.

J’ai le sentiment qu’ayant examiné ma vie, je n’y trouve que du cancer et de la morve, et j’ai beau me charger d’années, tout n’y qu’opprobre et inconsolation.

Toutes les maladies sont des attitudes de repli que le corps multiplie jusqu’à la rigidité finale.

Tout procède de la science et s’initie à la vie à ses dépens.

Mes souvenirs s’estompent, j’erre en aveugle sur de terres qui s’accommodent mal de mon désarroi, je vais dormir dans la merveille de me savoir perdu.

Coupable d’être, et cette culpabilité exerce sur ma mémoire une pression que seuls la folie et les mots peuvent détendre.

Ridicule par mes façons de m’épuiser dans la vie, il m’arrive de rire de mes sous multiplications et d’en atterrer certains par la beauté que je mets à m’exercer dans ce luxe à l’envers.

Peut-être sommes nous excités par ce dégoût , par toute cette impureté dont nous approchons avec ce naturel qui nous met de la sanie en bouche et de la fièvre au bas ventre ?

Je n’ai d’idées qu’au lit, et combien elles sont extrêmes, combien elles sont appliquées à toutes mes reculades.

J’ai à mon égard des réactions gâtées, et dans cette griserie de la débandade, je n’use que de verbes hypertrophiés et intolérables.

Rien d’ancien qui ne me parvienne sans que je lui intime de m’écœurer.

La douleur m’est venue comme une faveur pour douter efficacement de tout et de tous.

Tout meurt de n’avoir pas ou mal abouti.

Dans mon folklore de mon intarissable besoin de douter, j ’ai encore l’audace d’afficher la face d’un spectre qui s’éclaire par ses propres infatuations.

Mes fatigues sont des ordinaires portés jusqu’à la manifestation.

Dans la lourde perplexité de me définir, je mets le mot « Foutre »et le mot « Abstention »,tous deux rares velléités auxquelles je puisse encore prétendre.

Voilà que je trouve encore des formules pour m’éclairer, et voir combien je reste en contact avec mes vacuités et mes inopérences.

J’ai cherché à saper toutes ces parts de moi où du dégoût s’immisçait, pour qu’aucun de mes actes ne soit un premier lieu, une virtualité évidente.

Ce qui est rend obsédant des justifications qu’il commande ou demande.

Je n’ai connu de bien être que dans le mal être de toutes mes méprises, de toutes mes opérations externes.

Il faut penser à ce que nous aurions été si nous n’avions pas été, pour comprendre ce que nous sommes.

Je ne me pardonne pas de tant me déployer pour des grâces suspectes, que les filles entretenues mettent sur le compte de leurs gesticulations.

Toutes les glorioles que j’ai pu tirer de mes philanthropies m’ont donné l’abject sens des turpitudes de l’esprit et du cœur.

Je voudrais que n’ayant plus d’effort à faire, mon corps entier se convertisse en contorsions musicales, en prismes à prières.

Dans cette tradition de vivre, quelque réaction que j’ai, elle va toujours à la tristesse, à la croix, en passant par l’imposture des stations où je me suis encanaillé.

A l’odeur de l’homme on connaît ses dépravations, et cette façon qu’il a de se tourner vers le temps pour optimiser ses satiétés.

Combien j’aimerais que mon corps tout entier sente l’encens ou la naphtaline.

J’ai borné tout ce qui me poussait à l’assise, à la halte ;j’attends aux pieds d’un calvaire qu’on m’emploie pour la férocité de mes soupirs, pour acheminer du bordel dans la rigueur des salons.

Est élu celui qui dans une époque sans excuse la pratique, pour évoquer autant l’ébriété que la larme, autant la prière que la musique.

A chaque mot couvert correspond un texte grinçant, une épitaphe, de quoi nous compromettre, où simplement une déception appliquée.

Malheur à celui qui se croit sauvé et s’infecte de cette réalisation en la désignant comme périlleuse.

Invariable jusqu’à en faire du symptôme, le plus bas de mon existence, je dois à cette fidélité de m’être dépourvu d’illusions.

Dans cette trentaine pour laquelle je n’ai pas d’égard, je me signale par des reculades et une consternante sincérité.

La lettre nous sert-elle à des accommodements ?

Sans imagination, je dois à mes ébriétés d’avoir levé en moi quelque espoir, de quoi rêver, mais petitement.

Mon malheur est un malheur normal, c’est cela qui doit m’emmerder !

Mon incompétence à la vie aura été mon obsession la plus justifiée mais la moins quantifiable.

Je ne veux me sauver de rien, je m’applique pourtant à n’avoir pas l’air de ce suspect qui a élaboré des systèmes d’obscurcissements.

Nombre de ratés ont cela de louable qu’ils valent par leur notabilité.

Le bruit qu’efface la douleur s’efface plus aisément quand on peut la nommer.

J’ai conçu ma vie comme un sommeil décalé, et il est probable que ma fatigue compose avec lui.

Se pouvoir en lassations.

Tout me tient lieu d’épreuve, mes pauses sont des inconforts, la marche un commandement je cherche à dormir ou à me déplacer autrement qu’avec du geste.

Ayant rarement pris la direction du dialogue, je doute pouvoir renouer aujourd’hui avec des hommes qui cherchent dans la distance à se détacher de moi.

Tout ce qui est réel me parait excessif, et ce qui ne l’est pas plus excessif encore…

Ma vie d’hier se confond à de l’oubli, de l’oubli et de la morve…

Si déçu que rien de ce qui pourrait me servir ne viendrait à bout de ma déception…

La mélancolie dissout jusqu’à nos idées les plus enviables et prend parfois la teneur du curare sitôt qu’on cherche à s’en procurer…

Tout doit m’être immédiat, et s’il ne l’est pas, je l’abandonne pour aussitôt en rechercher un autre qui légitimerait mes aspirations à de fausses réunifications…

Rien n’a de sens s’il n’a pas côtoyé la rassurante sérénité liée à un homme qui s’élève…

L’insomnie au-delà du gâchis cérébral qu’elle soupèse , est aussi une affaire de douleur qui doit se perfectionner dans la suite de toutes ces indispositions qui font que nous ne pouvons nous glorifier que  de nos raisons mortes…

Est capital tout ce qui est souffrance…

La réalité est une perversion de cette image qui fait preuve et ne s’en sort pas…

Nous sommes tous complices et n’en plaisantons pas…

Incommodé par tous les remue ménage, et conscient d’abuser d’une stérilité à les définir, je palabre sur le fait de ne pouvoir y remédier, et dans le malaise d’un qui a tout placé trop haut, je donne le nom d’absurdité à tous les objets dont j’agrémente ma stérilité…

Ma honte d’être et de ressembler à l’homme n’a d’intéressant que la fureur sur fond de charognerie que je déplace de lieu en lieu, comme une putain cherche un client sur le parvis d’une cathédrale…

Vivre nécessite quelque penchant pour la dispense et la conservation…

Chargé de mots, perfection infecte d’un inféodé, me voici accédant à des fièvres et dénonçant leurs odeurs d’enfance et de maladie…

Tout est parodie dans l’enfer d’un vaste jeu érigé en supercherie langagière où seul l’amour peut encore prétendre à des exagérations…

Rien en dehors du désespoir ne peut nous conduire à considérer ou honnir les hommes…

S’effacer dans l’indignation, en revenir pour des répugnances…

Je me suis tenu de surenchérir sur le mot « Dieu »,mais qu’y a-t-il au-delà qui soit aussi essentiel et aussi putride ?

Bénéficiaire de milliers d’indignations, je me considère comme un sous expérimenté du sens qui cherche pourtant à échapper au dictionnaire et au verbe sans représentation…

La musique est l’exemple d’un surmenage idiotifié par les entendants…

Je n’ai aucun projet qui passe par l’homme, et je m’en tiens là…

Ma réalité va du désappointement à la morve, j’y apporte tant de contribution, que je ne sais plus si mon goût pour le malsain m’a fait sujet abattu ou croupissant…

Nulle part ailleurs qu’en moi je ne trouve rassemblés tous les salauds que j’aime…

Le compliment passe par la chair et dialogue avec elle, puis nous fait objet de rires ou de larmes selon qu’on soit pitoyable ou cynique…

Quand on a la faiblesse d’être, on rate l’occasion de n’être pas, qui, quoi ,je l’ignore, mais je garde ces questions comme essentielles…

Tous les commencements sont du côté de ces douleurs qui nous ont fait avantageux ou orduriers…

Je suis un contrarié pressenti par l’existence pour y couler des jours de contrariétés et de gênes…

Tous les matins, c’est frappé par la misère de devenir anonyme et anodin que je me lève et vais dans l’équilibre inconvenant de cet homme qui fleurira ou crachera sur des tombes…

Mon sérieux est un sérieux de désaccordé, mes migrations ont été déviées, dans cet inversement de situations et de sens, je me sens davantage hostile à toute forme de conscience et de folie…

Tous les sentiments sont des sensations de basses fosses, et plus on s’élève plus ils touchent aux enfers de la parole, transfuge d’un sexe qui ne peut plus s’en passer…

Lorsqu’on touche au meilleur de soi même on touche au principe qui rend la vie sensible et immatérielle quand on veut l’éprouver par ce même toucher…

Y a-t-il quelque vanité quand on en revient toujours à soi, ou est ce pour s’y engloutir dans la lie des aversions instantanées de ce moi primitif ?

Les évidences sont les injures d’une trompeuse imagerie…

J’aurais gaspillé de l’existence pour de petits bienfaits, qui ont fait de moi un désœuvré du sens, un usurpateur de litotes et un perverti des convenables grammaires…

Telle philosophie gratifie les êtres, telle autre préfigure nos dispositions à la comprendre, je touche à l’indéfendable option qui la considère comme de ce qu’il y a de plus abscons et de plus obscur en nous…

J'écris par détestation d'un moi secondaire et qui survit à tout.

Une enfance ratée, c'est toujours un homme qui est en recherche de sa froide fraîcheur.

De toutes ces images qui s'imposent à moi, je retiens celles de la mater dolorosa, et qui pleure par exploitation.

L'amour n'est pas juste et s’en proclame dès le premier regard.

Les grandes personnes, ce sont toujours celles qui ne veulent pas nous rendre service.

Chienne de vie, autant dire chienne de journées, et qui se répètent, se répètent, se répètent…

Le tourment contrôle notre vocabulaire, s'il ne le fait pas, ce n'est pas un tourment, c'est une torture.

À la vue d'un os, je pense aussitôt à ce corps incertain, carcasse encore debout, et qui perd ses cheveux, qui perd ses yeux, et qui perd de son entendement.

M'incitent à rire toutes les figures qui en imposent, autant dire l'homme.

Dans une conversation, je cours toujours à la débâcle, en me taisant, j'y cours  tout autant.

La vieillesse, c'est comme une citation dont on ne connaît plus que quelques bribes, et par laquelle on signale que nous sommes rappelés à notre condition d'oublieux.

J'aime l'insolence qui nous pousse à l'interjection.

Tout ce qui est définitif va à mes sentiments, j’y pense comme à ces instants où nous prenons de l’envergure, pour nous recommander de ce Dieu qui se serait égaré dans notre raison…

Nostalgie d’un disciple pris dans le malaise parce qu’il a trahi pour une gonflette qui ne l’a pas convaincu !

Finir dans un tel dérèglement que même le fossoyeur ne nous reconnaîtra pas !