Aphorismes 199

Nos maux, tour à tour, nous lassent ou nous élèvent, je cherche un promontoire pour jauger le peu de profondeur de cette croyance surannée.

Dans ce grand foutoir que la littérature corrige ou assassine, la déveine d’être, m’apparaît comme le seul cauchemar à thèmes.

Faute d’avoir quelque belle humeur qui nous tienne éveillés, hagards ou en péril, nous nous étourdissons avec le mot qui ne veut se prêter à aucune construction.

Obsédé par ce moi vulgaire et incohérent, et ne rien vouloir commettre.

Je perçois le danger de toute manifestation verticale, des actes et des paroles ;j’exècre autant le silence qui est la formule extrême des superstitions et des dogmes qui nous assujettissent.

Nul doute que dans mes méditations, aucun éloge ne m’est venu pour l’homme, j’aime en rester là.

Présomptueux dans le soliloque ou le dialogue, l’homme rend ainsi superflue l’humanité dont la bête s’est tirée pour n’avoir pas à lui répondre.

Toute idée reste une disposition du cerveau, et à plus forte raison de sa substance, de la fiente quoi, dont la profusion modifie nos salubrités originelles.

Il arrive parfois que l’on se considère, jugement insalubre, que je m’attache aussitôt à sabrer de peur d’avoir un jour à servir quelqu’un d’autre que moi.

Je titre ,je construis des mots qui s’élèvent en force au-dessus de ces titres, je reste pourtant loin de ce soupçon d’émettre.

J’ai la conviction que l’homme a été conçu pour entraîner le monde dans sa perte, par ses vastes et hautaines misères.

Tout acte est une prédisposition d’erreurs que l’homme entretient comme pour finir allongé, sans qu’il ait commis l’exercice de vivre vide.

Epistolier que la conviction de louer a rendu artificiel jusque dans l’impératif, j’attends parfois qu’une autre forme d’écriture me donne à raisonner en dehors de ses compléments.

Je n’ai ni le goût de la note ni celui de la pause, mon être peut s’en passer, je participe à l’existence dans cette incuriosité malsaine de celui qui cherche à ne rien trouver.

La vanité corrompt toute connaissance, même celle qui nous met dans les dispositions d’être.

Vidé de nombre de mes substances, vacant, seules restent les grossières erreurs de ces renoncements et la sanie de leurs origines.

D’avoir trop fréquenté le bonheur ou quelque chose qui lui est semblable, nous nous sentons malaisés et dans le doute de celui-ci, voire dans le doute tout court.

Extrémiste abâtardi par un siècle en apoplexie, je doute d’avoir un jour à saboter autre chose que moi.

En état d’ébriété, je note que je ne correspond pas à ce siècle, pas davantage aux hommes, dont les mêmes ébriétés sont des penchants par où vont mes répugnances.

Après tout acte d’écriture, je me sens las, vide, vacillant, incapable de proférer quoi que ce soit d’intelligible, comme si je m’étais corrigé par du poison.

J’ai parfois foi dans cette verticalité qui m’anime afin que je commette le forfait d’exister, dans la parodie du faire et du montrer.

Misanthrope précipité dans une peau d’homme, je me figure parfois être un dogue qui n’aboie pas, et dont l’antidote de la parole est dans la morsure.

La première décision à prendre en naissant serait de tout exécrer, peut-être alors dans le futur trouverions nous des raisons pour réfléchir d’où nous serait venue cette haine congénitale ?

Mes ennemis resteront pour moi ces clandestins de l’existence, voués au culte du charlatanisme, qui puisent dans leur sommeil et dans leurs jargonneries tous ces superlatifs à mon encontre et dont je me fous obséquieusement.

L’illusion de durer dure ce que dure l’illusion d’être, un mois, un an un jamboree, et c’est du domaine de la femme que d’étouffer toutes ces infectes poupées entortillées dans de l’acanthe et du dorique.

Dans ces pensées d’automne, œufs gobés sous de noirs globes, la fête ne plus cogner à nos tempes, les saisons n’ont plus de durée, résider est un combat, c’est pourquoi j’ai choisi de me planquer dans un grainetier ou un enfant travesti.

Si j’avais une mémoire sans contenu, quel intérêt aurais-je à jargonner sur le regret, le remord, tous deux rabâchages d’objets qui n’ont pas eu ma veine.

Notre place reste et restera dans l’instant, dans cet éphémère qui s’essouffle sitôt qu’on l’atteint le temps passé et à venir se situent dans l’impermanence où se vautrent les dieux et les sicaires.

Je génère des mots qui se désagrègent aussitôt, et dont la culminance touche au doute, et à ce qui le soutient.

La mélancolie reste à mes yeux ce triomphe sur toute les formes de la déraison, qui ont été inhérentes à l’homme soutenu et soupesé.

C’est le propre de la déchéance que de rire de tout,et de pousser jusqu’à la malhonnêteté le fait de rire de soi.

Les répulsions nous sauvent du lieu commun.

La nuit, sur fond de dégoût, de ranceurs, de rancoeurs, d’immondices accumulés en un seul jour, il me vient à l’esprit, que sans toutes ces saloperies, je n’aurais aucune raison d’écrire sur l’insanité d’être.

Se ranger du monde et finir dans le prestige des renoncements.

Théâtre organique que la vie, et dire que si nous y prenons tant garde, ce n’est que pour finir entre les planches.

La pensée s’émancipe dans le simulacre du dire.

Etre aussi péremptoire qu’un dieu conventionné.

Quoique je fasse, je le fais pour sombrer avec, je ne m’étonne pas qu’on ne m’ait rien laissé entreprendre.

Sitôt qu’on se désole de Dieu, une des vanités à notre manière est de montrer notre intérêt pour les voûtes et les ogives.

Etre aussi péremptoire qu’un dieu conventionné.

Je secrète du regret comme d’autre de l’illusion, j’ai conscience d’un désordre qui n’appartient qu’à moi.

Le bavardage qui défaille, à mes yeux ,trouve une raison d’être ,le bavardage qui se gargarise de reconnaissance n’a pas mes faveurs.

C’est de vertiges que je souffre à la rencontre de tous ces gens, dont la performance est de vivre en le sachant.

Tous s’accommodent les uns des autres, je porte toujours plus haut ce dégoût là, de borner mon impuissance à ces mêmes besoins.

Rien qui ne vaille la peine d’être commis avec moi, mon seul fanatisme repose sur les caprices de l’idée que je considère comme un réel évènement.

Je conçois parfois la vie comme une prodigieuse réussite de la matière, qui n’a pas commis le forfait de se régler à nos dépens.

Avoir et être, veiller et vieillir, puis la mort liée à tous les spécimens et façons de vivre.

Sans pharmacies pas de médecins, sans médecins plus de malades, rien que des verbeux, des incomblés du style, qui ne se contenteraient plus de mourir, mais de parler, de parler...

Conjuguez le verbe merder à tous les temps, exploitez le jusqu’au trognon, voyez comme il s’accommode du passé et du présent, merder est un verbe de conclusion.

Seules la brutalité des mots jetés à la face du monde resteront mes lucidités, quant à la phrase, elle tourne au cynisme ou à la vanité sitôt qu’elle en appelle à être lue.

Aucune de mes certitudes n’est sérieuse, je reste dans le confort de l’à-peu-près, et n’en ressort que pour épouser de semblables indélicatesses.

La poésie en quête de purification, s’est tournée vers la déception, pour en retirer des exaspérations comme autant de quêtes bâclées dans des iambes alambiqués.

Seul le langage le plus rudimentaire n’est pas dans l’apparat, dans le verbiage et blablabla des jargonneurs se planque tout un univers de débraillé et de banditisme.

Dans  chaque optimiste se cache un imposteur cliniquement lié au poignard, voire au mot.

Sceptique que l’absurde a fait renoncer à tous les systèmes, le bonheur d’être inutile a pour moi aujourd’hui les atours des sarcasmes du glossateur.

Nous parviendrons certainement à des postérités, des perpétuités que l’élégance des dieux ferra nommer vice.

Nous sommes le seul et unique mouvement d’une pensée illusoire sur la route d’un paradis détruit, tant nous sommes passés par les actions les plus abjectes.

On doit tant et tant à la vie, que celle-ci nous le rend bien en nous convoyant jusqu’à la mort.

Je n’ai pas de réelle formule pour dire que la vérité est toujours mal accompagnée, d’un sort ou d’un sourire, les deux se confondent d’ailleurs parce qu’ils sont petits…

La conscience jette toujours un pont entre la connaissance et nous, mais c’est un pont de singe.

J’aimerais que tout ce qui fut moi disparaisse par l’étroit passage, le goulot d’étranglement qui va d’une cavité à une autre, c’est dire que j’ai été petit.

Je ne me suis lié au monde que parce qu’aimer me met toujours dans le ratage, en perdition de je ne sais trop quoi, aucun argument plus fort que ceux ci ne me sont opposables, je ne veux pas durer, un point c’est tout…

Il m’est arrivé de me sentir rapiécé de toutes parts, comme un vieux paletot sur le dos d’un hère, c’est dans ces moments là que j’ai senti combien vivre était un attachement à je ne sais trop quoi ou qui, mais un attachement bien ordinaire au peu que l’on possède, au tant que l’on sait…

Vivre est une défaite que nous n’avons su anticiper…

C’est avec élégance qu’on aimerait s’avancer dans le jour, c’est à reculons que nous allons à cette ombre qui s’accorde le mieux à notre histoire.

Tout ce qui n’est pas contourné obstinément, ondule jusqu’à nous avec les mouvements d’un ver qui est dans la connaissance de ce que nous taisons.

La dépression nous rend parfois lucide, c’est là que nous parvenons à comprendre pourquoi nul autre éclat que celui de tout ce qui s’effondre arrive jusqu’à nous dans le scintillement tortueux d’un orbe échappé d’un ciel plus blafard que nos inconsolations.

L’amour est contenu tout entier dans ce qui enveloppe chaque prière.

J’ai eu des idées confortables, qui m’ont rendu nonchalant et improductif, d’où mon refus de me prêter à des exigences. On n’en finira jamais assez de se désavouer.

Qu’on le veuille ou non, une pensée qui entre dans la lumière est une pensée instrumentalisée, sinon ce n’est qu’une exubérance, une excroissance de cet intérieur là qui va à la planque.

On n’en finira pas d’oublier que nous avons assourdi nos existences avec des mots qui n’ont réveillé personne.

Je ne ferai rien par héroïsme, pas même me débiner.

Plus j’ai cherché dans la solitude un recoin pour y violacer mon âme, plus la vie m’est apparue comme le murmure d’un désespéré.

J’ignore tout de l’amour, cette parade hystérique qui voudrait qu’on se lie à l’autre, que je doute de vouloir y entrer tout en restant humain…

Ce n’est pas grand-chose le crépuscule dès lors qu’il résiste à tous les crépuscules.

L’art est le seule forme héroïque des existences vouées à se taire, parce qu’elles ont été vaincues par tous les couchants et tous les crachats.

J’attends du vertige d’exister qu’il me mette dans la position d’un homme debout et qui marche.

Au centre de toutes mes émotions, le savoir inutile qui se répand en moi, et dans le meilleur des cas, qui va à mon examen pour authentifier mes manques.

J’ai converti toutes les vérités en matière qui m’ont asséché ; je reste invérifiable.

On ne se console jamais assez de ce que nous sommes devenus, c’est pourquoi nous cherchons avec gravité, le visage aimé qui saura nous montrer où est notre véritable face.

La vérité, nous marchons toujours au devant d’elle, et avec les pieds nus.

L’époque est à se rapprocher du monde, mais à n’y pas relier son âme.

Toutes les tristesses sont frappées par ces hostiles présences qui n’ont pas eu le temps de prendre corps en nous, et qui nous réclament une part de notre mesure.

J’appartiens à un temps où les symboles exaltent les plus sots de nos comportements, de nos diligences à croire à des effets de manche et des postures, et nous donnent à penser que nous ne pouvons plus soupirer qu’à l’horizontale.

J’aime que tout ce qui est en dehors de moi soit suffisamment éloigné, je sais où est ma place, celle où je devrai m’effondrer pour n’avoir accepter aucune inféodation.

La grâce nous révèle les plus beaux des reflets de cette connaissance qui ne nous a pas broyé.

Mon idéal serait de disposer d’un espace où je pourrais brûler ma vie dans la lucidité de quelqu’un qui a passé mille ans à la verticale.

Rien qui ne m’ait autant exalté que de savoir que je disparaîtrai avec les yeux ouverts, en me dissolvant dans une tristesse sans fond.

Plus je me suis adonné aux mots, plus ils ont été lointains, et de cette sotte contenance qui fait des prières mal dirigées.

Il ne faudrait traduire et interpréter que notre âme.

Les larmes sont les sincères gravitations de notre conscience, qui cherche au-delà du temps éphémère de la pensée, à nous montrer la composition de notre âme.