Aphorismes 198

L’inconscience comme une grande partie de toutes nos voluptés, comme la plus grande des futilités et qui dure.

Tout ce qui est, sera,  d’où toutes mes pauvretés, mes manques et mes superstitions, pour parer à ce nouveau et terrible constat.

Foi en l’avenir ! jusqu’ où la niaiserie peut elle aller dans l’image et la croyance ?

Quiconque vit, s’enchaîne, au comble de cette assertion réside le débat sur toutes les formes de la sujétion.

Un évènement c’est du temps en exercice.

Peu profond, jamais éclairé, je vis dans la perspective de ne me rallier ni aux hommes, ni à leurs idées, je suis mon seul régime, je suis seul à vouloir disparaître sans m’être arrêté sans rien, je n’ai compté que les révolutions des astres et des morts, rien d’autre !

Est précis tout ce qui nous empêche de penser en dehors des cercles, de tous les cercles ;

Arrive un moment où tout mot pue le désarroi, la matière même de nos plus petites figures inventées paraît pitoyable, il est temps alors de se considérer comme un objet vacant.

Actes, subterfuges du temps, pour nous donner à penser que la vie est sensations.

Il ne faut pas que quelque chose me survive, j’aspire à ne rien signifier .

Se réduire à la vie, l’Homme n’a rien trouvé de mieux à faire que de singer tous les Dieux qu’il a offensés.

Je rêve d’un cirque idéal où tout mot serait une débâcle, où tout rire serait une tergiversation.

Je ne peux plus penser qu’en bégayant.

Le mieux reste dans l’épilepsie du bien, tant que le bien incite à des supercheries.

Les morts sont intoxiqués par les vivants.

L’expérience c’est du temps grotesque que de prétentieux lettrés tournent en proclamations ou en dogmes.

C’est l’intuition qui fait que je me désiste, la réfection fait que je me retire.

L’Homme, ce cafard qui a parcouru le temps pour y fonder des empires, que ce même temps prive de maître aussitôt qu’il en est un.

La raison nous rend furieux ou nous apaise, selon qu’on soit sous la coupe ou le revers de Dieu.

Toute démence réserve une part d’honnêteté que la raison fortifie et élève jusqu’aux élucubrations du verbe.

J’ai froid d’être et d’exister, dans cette frayeur de devenir qui me pousse dans l’exercice d’un exil futile, je conçois le temps comme la plus inespérée des prisons.

La vie ne m’a pas donné le tournis, je cherche dans la parodie des mots une façon de dégringoler dans l’Etre.

Moi ne me suffit plus.

Tout est faux, jusqu’au détachement qu’on prend pour s’en éloigner.

Rien de ce qui est tragique ne m’émeut, je ne pratique la larme que pour un départ ou une arrivée.

Il ne faut rien faire qui puisse nous réconcilier d’avec Dieu si nous voulons le tenir en face dans notre vie.

Rien qui ne vaille la peine d’être fait, voire compris ; de tout ce qui s’effondre je retire le caduc des existences qui se ruinent dans des éblouissements excessifs.

Toutes les certitudes puent, à défaut d’y renoncer totalement, j’opte pour cette convention qui veut qu’il n’existe que des apparences.

Le lourd dessein d’exister.

Tout pousse au suicide jusqu’au mot « suicide » lui-même.

Les nouvelles idées sont concurrencées par la putréfaction des plus anciennes.

Dieu me devient vulgaire lorsqu’il ne m’entend pas.

Dans la multitude des clichés qui s’offrent à moi, pour me venger de l’espèce à laquelle j’essaie de renoncer, il y a l’insulte et le crachat, le reste ne sert à générer que des apparences.

Méfiez-vous du monde qui par convention s’est associé au cercle à tous les cercles.

Etre aussi hermétiques, que lorsque submergés par la colère, nous n’avons plus en bouche que le mot « foutre » ou le mot « Dieu »

Le tourment m’apparaît comme une des formes de l’exaspération, que nous avons dévoyée, afin de la vouer à tous les simulacre de cafard.

Que de signes avant coureurs de cette fin nauséeuse qui nous a été promise depuis que nous sommes nés larvés.

J’ai plus à craindre de moi et de mon mépris, que de toutes ces maladies qui ne m’enveniment que pour des injures particulières.

Je suis un sceptique voué aux sarcasmes, je m’acharne pourtant à y voir le symbole d’une compétence qui ne doit rien aux organes ni à la chimie de ses compléments.

Nous devons notre infortune aux mots, toute première géologie qui nous lie à cette civilisation de roulures assujetties à la parlotte.

Charognards distingués que le mot élève systématiquement, tout nous échappe voire jusqu’au noyau même du mot.

La lucidité restera notre plus grande victoire et notre plus grand vice, combien j’aimerais n’être hanté que par le thème de l’obscurité pour tout refuser, tout !

La réelle douleur s’exerce au-delà de cette douleur, qui est un oreiller pour nos pleurs.

L’ignominie, au regard de toutes les saloperies de l’Histoire m’apparaît comme une réplique à la civilisation.

Toute tension avive notre sang, même nos sanglants ont quelques proportions de flammes.

C’est vivre qui nous pousse à la charogne, le devenir quant à lui s’organise dans la puanteur qui en résulte.

Il arrive des nuits où la barbarie du sommeil nous pousse à ne rêver que d’une inflation de la nature les plus salaces.

Etre le rameau dans le bec de la colombe et la proie dans la gueule du loup.

Combien j’aimerais entrer en contact avec tous les ratés de la croyance.

Je retire de la prière qu’elle ne me fait ni voir ni sentir jusqu’où le venin de mes veines pouvait se renouveler.

Je me suis confronté à la religion pour convertir ma pitié en apathie, voire en une supercherie d’absolutisme.

Il n’est aucune épreuve qui ne soit inscrite dans notre sang.

C’est couchés que le monde nous paraît enviable, debout tout s’évanouit en sentiments.

J’ai essayé le bonheur et ses variétés, je préfère me saborder dès aujourd’hui plutôt que d’y bouger dans le souci de n’indigner personne.

L’intelligence passe par les glandes, je me borne dans cette suprématie, mais ne me satisfait pas dans la dynamique de toutes les exigences qu’imposent le sang et la sanie.

C’est par étapes que j’ai entrepris de ne plus rien entreprendre, ma gloire réside dans cette initiative qui me donne à penser que le dilettantisme reste un fanatisme à rebours.

Tout date dès lors que le gigantisme exténue jusqu’à la plus petite parcelle de conscience que l’objet nous impose.

J’en veux à chacun de me précipiter dans la parole, j’entreprends de vivre comme frappé par l’insupportable erreur de me souvenir du plus petit juron, ne fut-il pas exaltant.

La vie reste une option de la matière qui s’est préparée pour de plus grands projets.

Nul doute que toute objectivité passe par l’inavouable saloperie de l’image et des actes que l’on a traités comme tels.

Quelle déception que l’humilité, j’aurais du vociférer, tout dégrader jusqu’aux veuleries ; je n’ai rien gagné à rester en dehors, à l’écart de tout, je veille sur toutes les maladies de l’existence en ne générant que des apparences .

Aux souverainetés du cœur, j’ai préféré les productions d’un esprit voué à l’imminence des actes qui ne débordent pas l’eros, affairé à des commentaires sur ces mêmes souverainetés.

Acharné du détachement, et ravivant d’anciennes extases inconséquentes, je comprends combien la chair et l’esprit peuvent lever de fiel, quand les nocturnes entreprises ne sont que les contrefaçons d’un amour obligé et sans nom.

Ma nostalgie, fragilité d’un passé sans complaisance, affecte ma conscience, et son expansion est un nouvel empiètement sur mes futures proclamations à n’en rien dévoiler.

Aigri, et me dégradant dans l’insignifiance de mes orgueils dérisoires, je m’accroche à mon propre néant comme un poulpe sans célérité, et célèbre cette complaisance à mon égard en me gardant à vue.

Mon dilettantisme m’a assuré que j’ai été un nécessiteux, et que sitôt ses virulences retombées n’a eu comme armatures que son sang, son foutre et sa sueur mêlés pour d’écoeurantes religiosités.

Réussir ne m’a jamais mis en branle, je préfère en rester là.

Etat d’anoblissement, s’affaiblir sans démence et décemment, puis de la boutade au ridicule, rire de ses propres tares.

Sclérose de ma tolérance, je ne sais plus hésiter, je ne sais plus apprécier ce qui touche à de savants désirs, ce qui est à mes antipodes, et qui prend le visage de l’art, de la certitude ou de l’abjection.

Symptôme d’une époque sans énergie et qui décline au point de vouloir mettre de la rectitude en tout ;l’exaltation reste pour moi le seul moyen de ne pas m’orienter dans le n’importe quoi de cette décennie, où tous les fanatismes sont autant d’afoleurs d’éternité.

Je ne me serais adouci que dans mes endurcissements.

Ma mission est de m’exclure de tout et en tout, défi ou sinécure, je l’ignore, mais toutes mes dégringolades attestent que ce dessein tient autant de la guérilla que de la maladie.

Faut-il croire et admettre que nous n’ayons été préparés à la vie, que pour y œuvrer sous l’emprise des hontes les plus hautes, des blasphèmes et des jubilations excrémentielles ?

Si souvent hors de moi, que même si je m’étais contraire, je pourrais me rencontrer sans me reconnaître.

Je n’ai rien cru sur parole que je n’ai aussitôt trouvé hideux.

Employé à m’assurer que l’existence n’est que l’expansion d’une matière qui cherche le bon choix, je n’ai eu de complaisance que pour ceux qui ont préféré les stratégIes aux stratagèmes.

Le mot n’est qu’une forme de désir d’asseoir notre contemporaineïté dans celle des hommes, et d’y promener ses rengaines comme une vieille putain qui défaille sur les trottoirs.

Ma complaisance, il a fallu que je l’extirpe, d’où je l’ignore, mais que je le fasse pour mieux être et ne pas pire devenir.Ma maladie, c’est ma charge d’homme et rien d’autre !

Dans mes résignations, j’ai le sentiment que dépouillé d’une santé par le mot, il ne me reste que des borborygmes et des injures pour parer à cette souffrance qui est l’approche même de la vie.

Mes actions débouchent toujours à des extrémités qui me conduisent au vide inhérent à tout ce qui est irréfléchi et de vaine importance.

Plus je me secoue, plus j’ajoute à mon chaos le parti pris d’une fascination pour la fainéantise.

J’ai parfois des accents de sincérité que ma monotonie et mon perpétuel dilettantisme tournent en profanation, en éparpillement trop extérieur pour que l’on le considère autrement que de la pourriture.

J’ai concédé que dans mes ennuis je ne savais que me substituer à cette autorité qui m’aiguillonnait et que je ne savais plus combattre sans dépérir.

Après la maladie, cette vigueur du supplément qui me vient comme l’onomatopée d’un monde sans actualité ne m’est d’aucun secours ; je cherche une aise dans les livres qui ne m’asserviront pas.

Rien n’est venu à l’homme qui n’ait été aussitôt convoité par l’Ennui.

Dans mon mutisme, après avoir vomi et épuisé tous les « non » il me vient une apathie dont je prolonge la bestialité jusque dans mes éternités saccharosées.

Combien je me suis élevé contre le cynisme où figure le savoir, et combien tout n’a été que provisoire et vain.

Mon besoin de silence et de désespoir, est la réminiscence d’un temps ancien où je ne pensais pas à la dépense.

Dans ces demi sommeils où j’ai déversé tant de larmes pour de fétides divinités ,Dieu s’est parfois interposé pour me donner à réfléchir sur les déliquescences de la chair et du ciel.

Je suis en paresse de Dieu, je me contente du peu d’esprit que j’ai sous la main, dans l’intention d’un autre devenir, d’un autre service.