Aphorismes 197

Que de signes avant coureurs de cette fin nauséeuse qui nous a été promise depuis que nous sommes nés larvés.

J’ai plus à craindre de moi et de mon mépris, que de toutes ces maladies qui ne m’enveniment que pour des injures particulières.

Je suis un sceptique voué aux sarcasmes, je m’acharne pourtant à y voir le symbole d’une compétence qui ne doit rien aux organes ni à la chimie de ses compléments.

Nous devons notre infortune aux mots, toute première géologie qui nous lie à cette civilisation de roulures assujetties à la parlotte.

Charognards distingués que le mot élève systématiquement, tout nous échappe voire jusqu’au noyau même du mot.

La lucidité restera notre plus grande victoire et notre plus grand vice, combien j’aimerais n’être hanté que par le thème de l’obscurité pour tout refuser, tout !

La réelle douleur s’exerce au-delà de cette douleur, qui est un oreiller pour nos pleurs.

L’ignominie, au regard de toutes les saloperies de l’Histoire m’apparaît comme une réplique à la civilisation.

Toute tension avive notre sang, même nos sanglants ont quelques proportions de flammes.

C’est vivre qui nous pousse à la charogne, le devenir quant à lui s’organise dans la puanteur qui en résulte.

Il arrive des nuits où la barbarie du sommeil nous pousse à ne rêver que d’une inflation de la nature les plus salaces.

Etre le rameau dans le bec de la colombe et la proie dans la gueule du loup.

Combien j’aimerais entrer en contact avec tous les ratés de la croyance.

Je retire de la prière qu’elle ne me fait ni voir ni sentir jusqu’où le venin de mes veines pouvait se renouveler.

Je me suis confronté à la religion pour convertir ma pitié en apathie, voire en une supercherie d’absolutisme.

Il n’est aucune épreuve qui ne soit inscrite dans notre sang.

e jour 138

éditer

L’ennui est un excès de vie taquiné par la mort.

Si seules nos passions nous dévorent, restons précisément ce que nous sommes, des individus définitifs et non des types avec un nom.

La folie de tous ne peut être pardonnée par un seul.

L’amitié serait monstrueuse si elle ne vivait pas d’expédients.

Le sacré n’exagère toujours pas ce qu’il doit à l’enfer.

Se détruire est délectable, ainsi à la sensation de prendre feu ou de pourrir nous pouvons ajouter celle de geindre, de s’étrangler, ou d’être complice d’un sicaire, nous voici magicien d’une gangrène que l’on attribue qu’à soi.

Il y a des hymnes qui fleurissent du côté de Satan ,sans que Dieu intervienne pour en donner la mesure.

La tristesse doit à la fois être bestiale et larvaire, sinon à quoi peu servir toute l’interprétation que nous en donnons ?

Il ne faut en rien masquer la vérité, la vérité se trahit elle-même par le savant maquillage qu’elle s’impose en voulant paraître écrue.

Tout mystère inexpliqué se raccommode avec le temps, et ses accrocs s’égalisent par l’entretien de sa profondeur et de sa part de déliquescence.

Quand je sors pour communiquer, communier, avec le talent des ratés, pris dans les rets du désespoir, j’alimente mon corps des excuses que je ne ferai qu’à Dieu.

Avoir le dégoût quotidien de soi même, voilà un motif nécessaire pour durer, malgré le peu de carrière des autres.

Il faudrait redresser toutes les courbes de peur qu’elles ne deviennent des cercles vicieux.

Les anges  ne se sont subordonnés à Dieu que pour mieux s’asservir avec le diable par feintise.

Je me laisse aller aux fêlures, aux cassures ,aux ruptures de toutes espèces, je suis une roulure atténuée par tout ce qui ne peut ni se transmettre, ni me tourmenter ,sans que j’en ai fait la demande.

J’ai autant d’écarts que de questions en moi, il convient que je les garde pour un temps où l’esprit plus il sera présent, plus il sera secret.

Rien n’arrêtera l’homme dans sa frénésie à mettre des nombres dans toute chose.

Les bornes sont contre la nature, comme si la nature avait besoin d’une chaîne d’arpenteur, de doubles décimètres, de points de repères pour se signaler par ses perfections.

Je ne méprise pas assez les hommes pour être de ceux qui lui creuseront une fosse.

Toutes les tombes sont infectées parce que Dieu y a laissé trop de vers et trop de fleurs.

Le premier qui tousse se fait appeler médecin.

Combien j’ai ravalé de protestations pour quelque considération dont je n’ai même pas abusé.

On ne meurt jamais assez tôt.

Je tire mon orgueil de cette forme de détachement, au travers duquel je peux discerner ce qu’il y a d’épouvantable dans l’amour ou dans l’amitié.

Les passions affectent notre immodestie en nous donnant l’air de colonisateur.

Le monde ne me laissera que peu de souvenirs sur le monde lui-même.

Pour toucher à la vérité, il faut être en crise, et rien d’autre.

Tout ce que nous faisons et dont nous avons rêvé nous donne suffisamment de raison de ne rien concevoir d’autre que du rêve.

Entrer dans le sommeil en infidèle, en sortir en condamné.

Toute une vie dans l’aberration de cette vie, dommage qu’il n’y ait rien d’autre de plus intolérable encore !

On dirait que pour qu’il soit un Néant, il faut qu’il y ait des sous couches au Rien.

Est dans ma curiosité tout ce qui a triomphé de la matière organisée et s’est opposé à de la vitalité.

Ma souffrance n’est pas une défaillance, en dehors des maux que suscitent les deux, il me reste assez d’écœurement pour ne pas l’épuiser en une seule fois.

J’ai des sensations à tiroir, dont l’intensité varie selon que je sois disposé à l’ennui ou à la dégringolade.

A supposer que tout ce qui a été conçu le fut pour être endommagé, de quel côté rangerions nous Dieu ?

Peu perspicace, je me suis intéressé à l’existence par étapes et cela engloutit plus que ça ne relève.

Je n’ai pu me réaliser, c'est-à-dire que je n’ai su souffrir mieux et davantage.

Jour après jour, s’irrégulariser.

Selon que je m’isole ou multiplie mes rapports avec le genre humain, je vais de l’aveu au désaccord ,sans vouloir passer par l’indécision.

Combien d’instants où je n’ai pu que constater que mon corps était une saloperie enchantée.

La totalité de mes déséquilibres, de mes veilles, n’a en rien affecté mon primitivisme, position essentielle entre cris et râles.

J’ai eu quelques prédispositions pour de l’indépendance, me pardonnera t-on d’avoir si longtemps cru, que rien en dehors de l’erreur n’avait d’intérêt ?

Tout ce que nous avons éprouvé est parvenu.

Une autre vie, pour plus de nuits et autant d’enfers, bref quelque chose entre le tombeau et l’entonnoir.

Aucune misère, aussi fulgurante soit-elle, ne devrait emprunter à la santé !

Vivre, c’est se compromettre.

Nous sommes, lorsque nous cessons d’être, un point c’est tout !

Toute forme de modération se transforme en rancœur, quand elle n’est pas justifiée.

Si aucun mouvement ne m’avait affecté, garderais je cette terreur d’aller en des lieux où je ne peux me guérir du faire ?

Mots :sécrétions entre souffre, souffrance et sanie.

Est supportable ce qui ne supporte aucune trace de cadavre.

Rien de ce que nous lisons n’affleure à nos destinées, voilà pourquoi nous nous glorifions par nos propres mots.

Être tient du prodige et de la redondance.

Prier, vomir, oui, mais en état d’ébriété !

Au plus fort de mon ennui apparaît le scrupule, avec ses hésitations et ses indemnités, c’est là que je m’endors.

Mes plus hauts faits resteront dans le respect et dans l’inclination.

J’ai perdu tout ce que j’ai adoré au contact de l’amour et de la philosophie.

Tout ce que j’ai attendu est venu avec les effusions de la parole, voilà pourquoi j’opère dans l‘ébriété et le retrait.

Quel dommage que mes misères ne me préservent d’aucune intégrité, pas même de celle du dormir.

Toute forme d’ébriété doit à la parole ses propres ébriétés.

Au regard du Temps, la vie restera trace.

La plupart des réponses viennent toujours à propos, mais combien hélas se sont muées en opinions avant que d’être autopsiées.

Il y a des lieux où tout ce qui est transitoire, est chargé de nos vies communes, et s’oriente vers le label.

En dehors de l’imagination, que possédons nous, pour nous dérober à nos énormités de survivant, et qui pense à tort ?

Dieu que l’Autre est nécessaire pour vomir !

S’interrompre dans toutes ses courses, ses prolongements et prolongations, voire ses scandales, et ne plus pouvoir se passer de la défection.

Un corps mal élevé, dans les formes honteuses du mentir et du dormir !

 Ma gratitude parfois me confine dans des insomnies, tant il est vrai  que je n’arrive pas à trouver le sommeil, que si je n’y ai ailleurs reconstitué le bienfait.

Dans la carrière d’être, combien sont hommes de profession ?

Le talent ne fait pas l’œuvre, le talent nous tient éloignés de cette douleur là qui fait grand, tout ce que nous avons craint petit.

Je crois et je suis comblé.

Il arrive parfois que l’homme se trouve en inflation de la bête, la nature en est alors contrariée.

Plus mon corps se détériore, plus j’opte pour les péripéties de l’Esprit et cette fatuité de sensations qui m’élèvent ou me rabaissent.

La douleur s’ingénie à occuper tout mon vocabulaire, en dehors d’elle ne se reconstruisent en moi que les littératures d’obédience.

Vivre, c’est se consoler d’être.

Je ne discerne que ce qui fait que je me morfonds dans la peau d’un écorché.

Toute lucidité est corrosive, l’homme de tristesse et de peine cherche tout, sauf à tricher sur cette même lucidité.

On commence par une lettre, on finit par un testament, on commence par un cri, on finit par un crime.

Nous nous entêtons dans tant de tristesses, dans tant d’abattements, quand il suffit d’un coup de revolver.

Convaincu que mes sottes et sombres misères sont consécutives à cette fatigue de l’existence, je proclame parfois que je suis né vaincu, et que je ne cherche aucune victoire qui n’aurait pas de nom.

Nous avons dissout nos diables jusque dans nos plus petits crachats, pourtant dorment dans nos cellules d’autres démons plus infatués encore.

Je bouge, je vais, j’avance, je dispense du geste à mon corps pour ne pas me couvrir dans l’illusion d’être sans faire.

Renoncer à tout, sauf à me tromper, être dans l’erreur, ou dans les fausses vérités, voilà à quoi je me suis prédisposé.

La parlotte fait l’inventaire des monologues que notre fainéantise a tourné en dérèglements.

Rien de profond qui ne me persuade de l’être moins.

Plutôt fossile que vivant !