Aphorismes 195

Mon âme est en subtile expansion de n’être pas.

M’est hostile tout se qui s’érige en dehors de toute réflexion, et fait figurer la vie comme une étincelle et non une éclaircie.

Où trouverai je assez de méthode pour poser le soupçon sur tout acte dont la primordialité est de nous sortir du lit ou de nous y atterrer ?

Gâté dès ma naissance, rien ne m’a paru plus grotesque que l’existence est ses affinités avec toutes ces matières qui bavent.

Rester en vie. Est-il notion plus absurde que l’on puisse concevoir ;nous ne restons pas dans la vie ,pas plus que la vie ne reste en nous,nous sommes en fait des souffles suspendus à la matière ou au zéro absolu ?

La philosophie déguise ses significations pour nous donner à réfléchir sur quelques exceptions dont le rayonnement va de la lie aux lieux obscurs de nos êtres.

Héritier au rabais d’une langue qui va de l’échange à la crucifixion,l’homme dispense pour de nobles poisons ses sentences,ses mots et leur posologie pour d’inquiétants contentements.

Plus que tout ce qui est vain, l’ennui nous amène à, penser sur nous même pour que nous puissions nous passer des souverainetés du vide.

Je soutiens qu’ignorant je pouvais assister à tous les débats sans être malheureux de ne pouvoir les rompre, mais voilà qu’en sachant je deviens interdit et insolent ,comme ce Prométhée qui a insulté les dieux tant il s’est senti leur désobligé.

Que la philosophie donne de l’éclat à toute vie me paraît une loi nécessaire, qu’elle fonde ses vérités sur tous nos mensonges également, qu’elle veuille mettre de l’ordre en toute chose me semble être du venin dans la bouche des verbeux.

Tout ce qui est capital se remarque par la consternation dans laquelle il nous plonge,tant nous nous en sommes éloignés.

On peut réussir dans l’ennui autant que dans l’espoir, l’un est le triomphe du repli, l’autre celui de l’exposition.

L’obsession, outre qu’elle se distingue e toute pensée fécondée sans cesse est la revanche de l’individu et de ses distinctions,sur l’autre avec ses rages.

La prière est parfois de l’ordre d’une provocation, qui se voudrait passer pour messagère, quand elle n’est qu’une thérapie contre le foisonnement des faussetés.

Mal prier et s’en repentir pour ne plus oser regarder une tombe ou une église avec effroi.

Inappréciable destinée que celle des malades, de toutes les misères ; la santé défaillante m’apparaît comme un contre désir à la vie, lié au prestige d’être reconnu par Dieu et de le crier.

Ecrire tient de la décharge autant que de l’élévation.

Rien n’est extraordinaire de ce qui a été conçu dans l’exagération ou l’hyperbole, l’extraordinaire réside tout entier dans la permanence de nos vides.

Je suis contre toute forme d’exactitude, je suis pour les larmoiements contre les sourires qui s’opèrent dans les excès liés aux réussites, je suis pour les débâcles, ce qu’on gâche, c’est d’ailleurs ainsi que l’existence se poursuit et se répète dans l’infernal circuit des répliques.

qu’il faut élever jusqu’à Dieu,témoin de sa propre déchéance,de son déclin,image de ce monde dégradé qu’il a négocié comme une partie de cartes avec une seconde main.

La musique est inexplicable, c’est pourquoi elle ne s’épuise ni par le commentaire,ni dans le secret.

Au nom de la vérité nous brandissons toute complexité comme des hauts faits, quand il ne faudrait qu’une toute petite rigueur avec son infini de constructions pour expliquer tout acte, toute parole pris dans leur essence.

Tout devenir nous fait entrevoir comment il faut s’agiter, et combien il est ardu de ne pas se prêter à cette contamination.

Imagination : fille qui chante dévêtue dans une combe.

Au suicide j’ai préféré les faux espoirs, ceux que j’ai remâchés et ressassés,qui m’ont rendu oppressé et non oppressant.

C’est d’être en vie qui est une tare, la mort plus objective ne va pas jusqu’aux condescendances, ni jusqu’aux manquements.

Impulsif, irrésolu, je touche aux mots en vacillant, j’en sors avec l’intention de m’arrêter pour mettre Dieu dans mon viseur.

Sois bon prince ; est-il meilleur prince que celui qui halluciné se penche sur la raison pour en extraire de la glu ?

Entre la matière et Dieu nous avons érigé l’irréparable.

Faire faillite dans tous les regards, puis thérapie accomplie, se couler dans la prière ou l’obscénité.

Plus je cherche à en finir, plus tous mes mouvements justifient la vie, plus mes élans et mes mots la figurent toute entière.

Etre, c’est ne rien préserver et enfreindre les essentiels jusqu’à l’exagération.

Toute conviction m’indispose comme s’il n’y avait rien après.

Pour trouver Dieu, j’ai renoncé aux scrupules autant qu’aux éloges,j’ai plongé dans toutes les pestilences,celui du mot,de l’image,j’ai fait l’examen de mon corps,de mon âme,ni l’un ,ni l’autre ne m’ont porté vers les intérêts qu’il aurait pu avoir en me jugeant comme le plus désespérant des hommes.

Garde toujours le poing levé, mais n’abat jamais personne !

La méditation demande des efforts qui peuvent nous emmener jusqu’à l’exténuation.

Incapable d’avis, en incapacité d’idées, j’entends, et c’est une tâche tout aussi incommode tant elle fait éructer le cerveau.

Asservi, et pourtant dans des sursauts, se peut-il que toute ma volonté n’affecte que mon sommeil et les formules qu’il me dispense pour être ?

Tous ces chichis, ces méta et pataphysique de l’idée, de la connaissance et qui passent par de la conséquence !

Penser et le diffuser, se sentir concerné et consterné, c'est-à-dire vouloir conclure,donc ne plus se plier au mot est à ses avantages.

De tous les aspects que j’ai eus, je retiens celui de religieux, qui pour témoigner de Dieu a fui les enchantements.

A quoi bon s’interroger sur le fond, cet intérieur aussi nauséeux que toutes nos primitives sanies dont est pourtant pourvue l’élégance.

J’ai beau eu me plaindre, aller dans la prière, m’acharner sur un tel, avantager cet autre, je suis toujours resté imperméable aux conséquences.

De tous les charmes oraux que j’ai daigné conserver sans aucune forme de ménagement que le dormir, je retiens le blâme et la prière ; la prière pour opacifier mes monstres, le blâme pour les pousser jusqu’à la verve.

Timbré au sens où l’est la musique, et rester dans l’illumination de ses sonorités.

Un Saturne qui égorgerait sa femme et boufferait ses enfants.

Tout entier dans le mot « Dieu » ou le mot « Foutre ».

Vie : mixture d’un végétal, d’un minéral et d’un animal, dont le pluriel est désespérant.

S’il y a une chose vers laquelle la nature ne s’est pas tournée, c’est bien vers l’infaillibilité.

A défaut d’être dans une indécence perpétuelle, je porte toute nudité comme un esclavage, et toute droiture comme du nomadisme.

N’ayant aucun goût pour la permanence, ne voulant pourtant rien changer, ni en rien évoluer, toutes mes nuances portent sur le danger qu’il y a à se pencher sur les réponses de ces mêmes permanences.

Immobile, sans passion aucune, et pourtant sous le charme des figures qui se sont satisfaites des attablements et de la prière.

Toutes les évidences s’expliquent par quelque malaise qu’il convient de nommer simulacre de la matière.

Tous ces jugements que j’ai portés et qui tenaient de la pitrerie et du charlatanisme.

Plus je me tais plus je fais corps avec ces mots qui sont à l’origine de mes malaises et de ma misère.

Croire, c’est vouloir prendre part à quelque correction ,à quelque perfection.

Au-delà de mes espérances, d’autres espérances, comme au-delà de la vie citadine, une autre vie citadine, où tout ce qui est à prévoir est déjà résolu.

Pour l’amour du ciel, et puis quoi encore !

Pour sacrifier à la poésie j’ai fait dans l’épistolaire, hélas tous deux et quoi que je fasse m’amènent soit à la fatigue, soit à la méconnaissance.

L’idéal se déplace jusqu’à nos présomptions !

Quoi que je fasse je ne peux me passer du sentiment, et si je l’exagère tant, c’est afin de le dominer comme un animal rétif qu’on a flatté.

Par souci d’économie je grignote sur mes folies, ne sont elles pas de ces matières qui frisent quelque intelligence et dont l’occurrence est de ne s’expurger que petit à petit ?

En dehors des mots et de la musique rien ne va jusqu’au fond de mes organes, voilà pourquoi ils sont un point de vue sur la mort.

Les idées se font parfois dans le provisoire de l’éveil,les rêves dans celui du sommeil,la conjonction des deux nous ramènent au sentiment ou à la nostalgie.

Entre Don Quichotte et moi, quelques décrets en trop, quelques superlatifs dont nous aurions dû nous passer.

C’est bien assez de me punir d’exister, pourquoi encore m’enquiquiner avec les questions sur cette même existence ?

Le constat de tous mes rapport avec autrui sont simples, de la merde, avec la propagande de cette même merde.

On ne se méfie pas assez de toutes nos décences qui sont à quelques exceptions près un point de vue sur du vide, sur l’inertie inhérente à tout état larvaire.

Combien j’ai dédaigné tout ce que j’avais acquis de béatitude simplement parce que je n’étais pas passé par Dieu.

Mon équilibre consiste à user autant de mon mépris pour l’homme, que de mon goût pour ce même, c’est cela aussi mon désespoir.

La normalité engendre des tristesses, que seule l’inexistence peut effacer.

Dieu ce qu’il faut d’effort pour sembler être !

Vivre n’est pas de ma taille.

Mon goût pour le mensonge m’a ouvert aux perspectives de la sagesse, plus j’ai menti plus j’ai été en rapport avec l’homme, plus j’ai cherché à ne pas m’esquinter des démoneries liées aux prestiges du savoir.

Plus que disparaître, il faudrait désaparaître, c'est-à-dire ne subsister en rien, ne rien laisser subsisteRésigné de et par nature, mais respirant malgré tout, parfois même surpris de n’être pas anéanti par cette résignation.

Tout ce que nous acquérrons comme savoir est souillé d’avance, j’envie davantage les fous que les outrecuidants.

Parfois vivant comme un anémique, d’autres fois comme un boulimique, cette oscillation fait tous mes inconforts.

Toute douleur éblouit, une douleur qui n’est pas signe d’émerveillement tient du charlatanisme.

A quoi bon encenser l’homme, chacun de ses actes tient du discrédit, autant celui de la matière que de Dieu.

A l’égal de tous c’est ce misérabilisme qui m’indispose, et que je formule comme un silence, en fait ma lie.

Vivre, c’est se différer.

En prise avec mon âme et mon statut de mortel, Dieu, quelle merde, et quelle fanfaronnade.

Ménageons Dieu de peur qu’il ne se venge en nous faisant bosser dans ses latrines.

Je sombrerai avec et dans le réel, n’ayant pu m’y établir, c'est-à-dire me ranger parmi les comédiens, les comparses et les souffleurs.

La réussite est une option que je ne prendrai pas de peur de me voir juché sur une estrade.

Un évènement c’est du temps qu’on place et qu’on déplace, un grade de plus sur l’échelle de l’avenir, bref c’est une anomalie pour les mémoires à venir.

A la suprématie de dire, je préfère celle que confère l’admirable perfection de la prière silencieuse.

Est petit tout ce qui prête à une autopsie.

Il a bien fallu qu’à un moment je m’entende avec moi, pour n’être pas trop violent à l’égard des autres.

Ecrire est une forme d’emblée d’un suicide sans passer par la maladie des mots morts nés.

Je n’ai aucun goût pour la saloperie et je le regrette.

Le bonheur de trahir, peut-il répondre en mieux à celui de s’user dans la réplique ?

Ayant rompu tous les ponts, y compris celui qui mène à la désespérance, mais n’ayant pas expulsé l’homme hors de moi, alors à quoi bon ce ratage ?

Improductif mais cérébral, aux antipodes de tous eux qui s’expulsent par de la glose et de l’idée, mais alors à quoi bon vivre, fut ce dans un corps de larve promis à la science?

La moralité est de l’ordre du vernis, le cirage une fois que le froid le craquèle disparaît, voyez alors combien nous nous inscrivons dans l’ignominie ou la rage.

Etre un fugitif qui ne soit pas paralysé dans une patrie, par une terre, et ma vie durant errer, jusqu’à être mâtiné par le monde et ses occurrences.

Prévoir, c’est se modérer.