Aphorismes 192

Nous devrions nous rencontrer dans le désir de n’être plus, et différer nos existences dans l’illusion d’un autre devenir.

Au demeurant je suis resté un enchaîné souffrant de l’éclat de toutes les tromperies, au restant, il me demeure l’étonnement de m’être retenu d’en finir.

L’accès sur la vérité s’effectue par défaut ,l’accès sur le mensonge par anticipation.

A mesure que j’avance dans l’existence, je ne m’acharne plus dans les sensations de mon corps, que l’amour a rendues aussi diaphanes qu’un ange resserré dans son chagrin.

Tout est crépuscule, et au bord de ce crépuscule, tout est pleurs qui finissent dans un bénitier.

Mes tête- à -tête restent des réflexions sur cette matière intervenue dans mes organes, et qui me pousse jusqu’aux écœurements.

Devenir aussi indulgent qu’un saint rentré dans sa douleur, et qui dans cette vitalité introduit le mot foutre ou le mot dieu.

J’ai filtré toutes mes erreurs et catégorisé celles qui faisaient de mon inconsolation, l’espoir de me retrouver naturellement admis parmi les hommes.

Et j’ai vu décliner des sourires ,comme ces lettres posées sur d’irrévocables bouches.

Rien ne me consolera d’avoir tant fait mon vivant, pour avoir tant bien voulu faire le mort.

Je me suis adressé aux hommes que l’art avait placé dans le soporifique des éternités, pour y déplacer des idées et un idéal, irisés au noir dessein d’exister dans les mêmes proportions.

L’existence tend vers les nœuds et se coule dans les coquilles évidées par la matière, écœurée d’y voir une posologie à ses déconvenues..

La mélancolie est colorée d’un néant irisé aux équateurs du sang intérieur au grondement même des exigences de toutes les noirceurs putréfiées.

Quand on s’est donné les moyens d’entrer dans le prestige des existences vouées au culte des sentiments, il me semble qu’adoubé et aguerri, je doive partir, éclatant de misère et de rigueur, aux antipodes de toutes les consolations.

Tout est acharnement, et la vie acharnement suprême, acharnement de trop.

L’ennui a été mon moteur, j’y ai concilié toutes les banalités de l’amour et de la religion, de l’art et de ses subterfuges ;c’est ainsi que de la fatigue m’est venue ;tombe idéale, pour absorber ma paix et mes déveines..

Dans l’hypothétique dessein de me conduire comme un homme avoué, j’ai eu cette clairvoyance qui atteste du cadavre que je suis, et qui subit le temps comme la plus monstrueuse des réflexions.

La fatigue est une définition de ces instants où le corps trop léger ou trop pesant, s’altère aussi bien des enchantements que des détachements de sa propre matière.

Mon goût pour les éternités, rebuts de amours infligés, s’est avéré nauséeux dans les alcools et toutes les idioties frontales ,souillures des esprits agacés par le même goût pour ces mêmes éternités.

Charognards que l’anémie a retenu dans leur repaire, les hommes ont en alternance le goût de la chasse et du jeûne, tous deux, lucidités abjectes de leur métier d’être.

Toutes les présences sont exaspérantes quand elles témoignent.

J’attends inféodé que l’abus de mes transparences fassent de moi un homme du troisième rang.

Plus on se mesure à la vie, plus on est agité, et jusqu’à nos verdicts, la perfection insane qui fait salon, se tient dans cette désolante plénitude, parements de nos façons d’être et de nous contenir.

Il y a quelque fièvre à se conduire en homme irrésolu, comme il faut quelque force pour le combattre.

Du dégoût(conscience d’un temps enfiévré par nos tristesses(je retiens sa redoutable pureté et son odeur de paradoxe.

Je cherche l’apaisement dans les alcools et les soporifiques, anticipation d’un cercueil idéal, d’une tombe où fleuriront toutes mes inanités.

Quelque soit mon extravagance, elle est toujours en étiage de cette inféconde nostalgie, où j’ai placé un enfant dans les bras d’une vierge, et moi-même sous une croix.

Chaque jour m’est un Golgotha en friches, et un Ararat en jachères.

Occupé à vivre dans l’entêtement d’une rhétorique de la vulgarité, j’ai préféré les bistros aux églises, et les filles équivoques à celles qui communiaient ,transpercées par nos vulgarités.

Mes agitations, simultanément à mes propos ,me semblent parfois considérées comme les soubresauts d’une matière singulière déplacée dans l’espace par une puissance sans nom, déçue de ne pouvoir s’endormir parmi les astres.

J’ai pris toutes les précautions pour n’avoir pas un jour à déambuler dans un hôpital, sans connaître les malédictions qui m’y auront conduit.

Falsifiés dès nos naissances, nous cherchons dans les yeux des femmes la trace de ce forfait, pour y remédier en adulte gâté, irrévérencieux et impénitent, sans pouvoir réparer les troubles qui les attendrissent.

La tristesse est substance autant que révélation, chacun s’y baigne comme un nageur averti, universel et gnomique, pris sous l’éclairage d’un projecteur qui ne laisse qu’une ombre sur le tableau de ses nuits grisées de mensonges..

Mes générosités s’étendent jusqu’à ces nuits où le seul moyen de plonger dans Dieu est de devenir l’objet de ses convoitises.

Ma conscience s’altère par ces sonates, que la déception a poussé jusqu’à mes oreilles pour m’affliger de la connaissance de toutes les sonorités inconsenties.

Rien que je n’ai désiré des femmes, et qui ne ses soit déverser dans mon sang, jusqu’à la dilatation de mon esprit même.

Je n’ai gardé du souvenir de mes gaietés que ce regard sur moi-même, là où il y avait des cordes et des nœuds pour agiter l’air de mes inconsolations.

Dans la pharmacopée du sentiment, l’amour est un antalgique qui pompe au cœur ce qu’il a de fondé, et à l’esprit, ce qu’il aurait voulu grandir.

Je me suis si souvent et si longtemps éloigné de moi, que du non sens de mes élucubrations sont nées ces insanes envies de crever sans larmoyer, et ces voix intérieures qui me guidaient pour m’en rapprocher.

Sans la souffrance avec toutes ses coutures, j’aurais été envieux, de quoi je l’ignore, mais envieux, bien plus qu’à côté de celle-ci.

Dans mon atelier sous les toits, accoutumé au peu d’espace, il me semble que le mourir y serait moins fougueux que si je m’embrasais dans l’éternité des villes.

Dans la torpeur de ce réduit où j’acoquine des visages, et m’épuise dans les traits d’une femme sans devenir, il y a cette clairvoyance nimbée d’incompréhension, qui me porte à croire que je suis le seul homme à la regarder de si près, que c’en est une indécence, tant je voudrais lui imposer la conscience d’être à ma vue.

Exister, c’est être approximatif.

A cette vieillesse du corps si prématurée, que je tente vainement d’éconduire, j’ai opposé mes verticalités de singe qui babille, sans être toutefois contraint aux lucidités que l’invasion du dormir déplace à moi, sans même s’être dissipé de cette vieillesse.

Tant tout me pèse, que dans cet espace où mes sens n’aspirent qu’à des abandons, je ne cherche plus que des amours épuisantes, agitées, pour les ratés d’un corps trompé par ses éternités.

Dans les cours moyens de mon existence, ma pudeur, sous l’emprise des gels et des engelures, a autant dégoutté que les larmes d’un saint déversées dans un sablier.

Vivre est une habitude que j’ai exténué jusqu’à l’hébétude.

Dans ces abîmes où le corps tremble et défaille, la souffrance tient du culte et du démenti, tous deux suprêmes oscillations entre l’enfer et Dieu.

La santé et la lucidité nécessitent d’incessants contrôles, contrôles auxquels je ne me suis pas soumis, pour me dresser sanguinolent parmi les hommes, et donner à voir ce qu’il y a de vivace dans la désolation.

La vie, c’est de la matière obligée à paraître, et qui montre jusqu’où la supercherie du voir peut nous conduire, sans que nous y ayons aspiré.

Tous les jours me semblent si tardifs, qu’il me faudrait une immensité de temps pour les caler dans ma fatigue de ne pas avoir pu y faire entrer ma connaissance et ma tristesse.

Je n’ai pas eu d’entrain, je suis resté en ma réserve, comme un animal inavoué, et qui pense, tout en regardant le ciel, que toutes les transparences ne viennent pas de la lucidité.

Il y eut tant de temps où je ne sus pas avoir de place que les strapontins me semblent la seule assise qui vaille pour le théâtre de mes humeurs.

Je cherche une Atlantique à nulle autre pareille, une Atlantique de torts et de ressentiments, pour y noyer mon besoin d’écouter les orgues et de me consoler par ses vertigineuses musiques.

Aux avantages que confère l’insulte, j’ai préféré les négatifs du silence, tirant sur l’éternité des astres, sur l’insupportable matière à sédition des étoiles.

La logique est de l’ordre du poison, et quelle volupté insane que de la verser dans son sang, que de s’y résigner jusqu’aux morbidités.Un Tourgueniev sans tourment, voilà ce qui m’aurait comblé.

Mon besoin d’étanchéité recouvre mon besoin de replâtrage, et je sais combien mon corps ne peut s’offrir à l’existence que dans ces mêmes solutions.

Combien j’aurais aimé être fou ou mendiant, fou pour ironiser sur les principes mêmes de toutes les déités, mendiant pour montrer du doigt vers où est la prière.

Mon mode d’amour est dans la faillite de nombre de mes organes, ceux qui se sont mal érigés dans le manège des muscles et du sang, autant que dans celui du cerveau.

Le temps est un passage dégradé quand nous regardons avec attention tous les instants où l’on est dans sa propre indulgence.

Je me suis appuyé sur les degrés de mon ignorance, pur n’avoir pas à considérer le monde, tel un guetteur du haut de ses créneaux, et qui voit l’univers tout entier comme un vaste cimetière.

Il est des pauvretés plus nobles que les richesses arrachées aux entrailles de la connaissance, et que nous portons notre vie durant comme des peurs de proximité.

Etre prêt à toutes les exagérations, jusqu’au dernier degré de l’être.

Toute lucidité est vouée au processus d’une définitive brutalité.

Toujours et parfois, deux des versants abrupts de nos existences, chacun excellant dans de l’inévitable.

Rien qui ne m’ait davantage porté dans la solitude que la conscience de mes infidélités et de mes inféodations.

Je mourrai sans avoir triomphé de quoi que ce soit, sans m’être résolu à ce qu’il en soit autrement.

A quoi bon vouloir peser sur le monde, ne porte t-il pas suffisamment le poids de toutes les individuations ,de celles qui veulent tant n'y point sacrifier leurs légèretés et leurs tares?

Toutes les idées ont une odeur de souffre et de naphtaline.

A mon chevet, un livre si extérieur à moi ,je le déplace sans considération aucune, ce manège dure quelques jours ;après j’y goûte avec une délectation trouble, comme si je m’enfonçais dans un abîme de neutralité.

Je n’ai joui que de trop peu d’enseignements, perdu dans du regret, je ne m’explique toujours pas pourquoi une science coagulée s’est figée en moi,ne me conduisant ni au savoir, ni à aucune extase.

La peur est une de mes forces, combien de nous se seraient sabotés, s’il n’y avait eu cette crainte qui les contrariait jusqu’aux calculs, voire jusqu’aux démangeaisons ?

L’être se renouvèle entre le rire et la ride, entre la sanie et la cicatrice, l’animal est plus tolérable, il s’accommode de son mal sans courir les pharmacies.

Mes passions ont la tiédeur de ces nuits d’automne où les astres entachés de notre pourriture de les voir vieillissants, se voilent de l’orgueil d’un mourir mal organisé.

La maladie est une catégorie de la mélodie du bonheur qui progresse comme un psaume et finit comme une homélie.

J’ajoute que le suicide est le seul évènement digne du spectacle de l’existence, et plus il porte en séduction vers la corde ou le pont, plus je lui reconnais d’arguments et de clairvoyance.

Etre, c’est se signifier.

S’étant introduit dans l’existence par son propre accomplissement, l’homme en sortira anéanti d’y avoir associé toutes ses sollicitudes.

L’univers tout entier est un borborygme d’astres

L’indécence est une garantie attractive qui doit au corps ses sensations étourdissantes, et à l’esprit cet au dehors palpable par les larmes.

Ma vulgarité est une autre version de mon instinct, et sa volupté supporte autant le surmenage que l’érosion des chairs vouées au culte de la naphtaline.

C’est le doute qui a ajouté à ma foi tous les divins empoisonnements du vin et de la chair, quand j’errais avec le besoin d’ostensoirs et d’hosties, plein de cette foi qui va vers les douteuses éternités, vers tous les désarrois

Souffrir, c’est aussi se souvenir que nous avons souffert, autant su souvenir que de la souffrance.

Quand la conscience cède à la séduction de l’absence ou de l’ennui, qu’est ce qui s’immobilise en nous et qui ne soit broyé par une intervention d’enzymes ou d’organes, si ce n’est le sang, immanence nécessaire d’un vaste sentiment qui retombe ?

Mes sautes d’humeur ont eu à voir avec mes crises de fumisterie, quand mon corps cherchait dans l’épaisse noirceur à aller au-delà des antipodes des matières à suspicion.

Face à soi même, est il autre surface à inonder de pleurs, que ce visage blême et pâle, que ce corps qui geint de ses souverainetés ordurières ?

La résignation est l’information d’une extinction qui commence…

Le suicide est la seule sensation de netteté qui n’ait été noyée dans le devenir.

Lorsque l’effervescence de vivre tourne à la lèpre du sentiment, quel soupir plus vivace que celui de s’éteindre peut monter jusqu’au ciel sans se voûter sur l’horizon.

Il est des instants où l’ivresse de vivre fait s’épancher des rochers et s’époumoner des roses.

Mes agitations sont à la source de ces abandons où j’ai glacé des éros orduriers et dépiauter l’objet de leur convoitise.

Il y a toujours eu quelque chose de trop entre les autres et moi, et que je ne sais nommer que dans mes ébriétés.

Des jours entiers sans repos, des jours entiers à divaguer sur le sale héritage que le temps me laissera.

La nostalgie est l’affection de cette poésie soustraite à l’enfance, et qui se prolonge dans les avantages de ces clichés où nous parûmes heureux, puis qui se perdent au fil du temps dans les abjections de cette chair qui se décompose.

Les jours de brouillard, il me semble que ma langueur est une invasion d’un temps chargé  de prurit, de celui qui nous individualise en démangeaisons et soubresauts,et fait peser ses ostentations dans le cœur de chacun.

Il y a tant d’architectures qui ne s’accordent pas à la vie, et arrêtent l’homme inconsenti et inaccompli sur un autre lui-même qui ne sait que divaguer.

L’univers tout entier est un dégueulis d’astres.