Aphorismes 186

Peut-être que les confidences ne sont-elles que le confort d'une parole à deux qui, ne peut s'évacuer que par le partage des hantises ou s’y soustraire ?

Le vrai paraît si sérieux qu'il pourrait par sa supériorité infecte tous nous inféoder  jusqu'aux désolations.

Ne jamais s'appliquer ,ni dans les secondes, ni dans les minutes ,ni dans les heures.

Je me serais épargné toute forme de pureté sans avoir à en débattre avec Dieu.

Parfois loin du sommeil mon corps en appelle si magistralement au mourir, qu’infecté par toutes les répugnances, il me semble pourtant moins considérable que s'il avait traversé toute une vie en rampant.

J’ai si modestement cherché la vie, que la vie a modestement cherché à s’en venger.

Mes migrations  vont de cette aube altérée par toutes les suspicions ,à ce crépuscule odieux accouplé  aux déversoirs.

Il est des jours où armé contre moi-même, rien ne peut finir en explication, sinon dans la déveine de ne pouvoir fournir des idées pour durer.

Dans toute cette frénésie orale où j'ai pu m'installer, la lecture desséchante que j'en ai fait a été le  parent pauvre de ma vulgarité, comme  si j'avais emmagasiné de l'autrui dans un autre corps que le mien.

Me souvenir de ces punitions où à genoux sur du gravier, ma chair avec ses saillies était  moins douloureuse que si je m'étais étendu sur des compromissions.

Je doute qu'ayant voulu  poursuivre ma vie, je n'ai contribué qu'à quelques petites élévations.

Du côté grave de ma mémoire parfois se détache le mot « destin » et le mot « foutre »j'ignore comment les orienter ,ceux-ci étant mal exploités , ne me sont restés que des endormissements.

J'ai beau dire que le progrès est une perversion, la version rêvée d’une vie idéale tout autant, je  rajoute tous ceux qui dans le malaise créé s'y associent, et les matins dans  les conservations ,je  révèle combien il est nécessaire d’en parler.

Se dégager de tout et de tous ,et dans les promenades, quand l'esprit atteint à la grâce des impertinences et de la parole, parler de ce que  Dieu dit aux autres.

Combien j'aime ces injonctions ou la fraîcheur des mots confine à l’ exploration de notre quaternaire.

Dans toutes mes punitions d’être, Dieu sait combien dans cet univers de possibilités j’ai  craché par en dessous pour éteindre le feu et mouiller à la cendre.

La condition humaine est une condition de trop, lorsqu'on ne sait plus vers quelle tristesse quelle mélancolie se tourner, il faut bien qu'une autre forme d'honnêteté nous atteigne et qui soit sans examen.

Tout ce qui vit en nous est en dessous de nous.

Il y a du crime à méditer sur le crime et de ne pas le commettre.

Je me serais effacé de deux axes, l’un qui allait de mon intérêt pour l’homme, l’autre à mon désintérêt, or quelqu’ait été mon itinéraire, il ne m’a conduit que vers les formes banalisées de la misanthropie.

Tout s’organise autour de l’homme, et Dieu sait combien à ne pas vouloir m’y faire ,je ne suis passé ni par la vitalité ni par le souffle.

Vaporeuse inertie, décomposition qui adoucit mes jours et agrémente ma passion pour les dilutions.

Tant de manques pétrifient la vie ,tant d’impossibilités en affadissent le caractère.

Guetteur d’une existence vouée au culte de la vanité et de la vacance, j’augure d’une perversion qui émane des livres et passe par les lèvres.

Tous les intérieurs sont des naufrages mesurés, des péripéties, des alertes, des grandeurs des absolus fondés sur l’invariabilité des défiances, j’ai au-dedans, là où les palpitations traduisent la marche forcée du temps, des inflexions de voix, organisées autour de l’injure et de la foutrerie.

Tout date dès lors que le gigantisme exténue jusqu’à la plus petite parcelle de conscience que l’objet nous impose.

J’en veux à chacun de me précipiter dans la parole, j’entreprends de vivre comme frappé par l’insupportable erreur de me souvenir du plus petit juron, ne fut-il pas exaltant.

La vie reste une option de la matière qui s’est préparée pour de plus grands projets.

Nul doute que toute objectivité passe par l’inavouable saloperie de l’image et des actes que l’on a traités comme tels.

Quelle déception que l’humilité, j’aurais du vociférer, tout dégrader jusqu’aux veuleries ; je n’ai rien gagné à rester en dehors, à l’écart de tout, je veille sur toutes les maladies de l’existence en ne générant que des apparences

Je ne fais rien qui vaille, je ne suis pas encore saisi par la vie. Chiens de salut, est présent à nos yeux tout ce qui nous illumine, puis aussitôt se dispense d’être.

Quand tout m’apparaît vain, être en vie me trouble et m’oblige à quelques stérilités.

J’écris pour m’adresser.

Comme je n’ai aucun but, exister m’apparaît comme une révélation.

Je me consolide à mes périphéries.

J’écris par dégoût d’un dégoût plus grand encore, j’ai le sentiment d’être habité par une incompréhensible lassitude qui me représente comme un désabusé, un pleutre, qu’un Dieu sans expérience a lâché pour lui tourner aussitôt le dos.

Qui êtes-vous, je suis un incurieux qui rend curieux les autres.

Quand on écrit on tient du Diable et l’Ange, du Diable qui par la consonne se tend et se gâche en superstitions ; de l’Ange qui se désagrège dans les voyelles animées par quelques nostalgies.

Je crève d’une ruine qui ne sied qu’à moi et qui subsiste pour me faire durer.

Après moi, je me déloge.

Plus on opte pour l’affairement, moins on y réfléchit ; réfléchir suppose quelque horizontalité que refuse notre stature d’Antée, ce qui nous oblige à avancer ou à être perdu.

La profondeur correspond à la boue originelle, restons superflus, c’est en surface que la respiration est la plus aisée et qu’on est épargné par les intolérables psychologies.

Dieu me restera ludique, c’est une contagion irréfutable, n’a-t-il pas porté nos corps vers les hauts faits de toutes les représentations ?

J’aurais vécu entre le masque et la litote, entre l’euphémisme et le cliché, dans les encens et les nauséeuses inepties de l’inconnaissance de tout et de tous ; je n’aurais pas été.

On a beau dire, on a beau faire, on restera toujours un faussaire campé dans quelques méprises.

La plus oppressante des contagions reste le mot, une raison de plus de se taire et de ne pas subir le revers des maladies que la phrase rend plus furieuses encore.

L’essentiel réside dans toutes les dissemblances, le reste se diminue par les ultimatums que nous lui lançons.

Rien qui ne me déçoive plus que la réalité, j’opte pour l’inconfort de toutes les ruminations, toutes les disgrâces physiologiques et psychologiques, je me commets dans des inconforts de mon acabit.

Je rage contre mon temps, je compte y dépasser ce qu’il conserve comme conquête et qu’il consent à damner en humanité.

Attitré ; qu’on me donne une raison, une seule, de ne pas y voir la marque des tarés éruptifs.

La curiosité restera cette hypocrisie raisonnable que nos gestes n’ont pas rendu perceptible de peur de ne plus pouvoir s’en passer.

Chaque jour je diffère mon suicide, peut-être n’y a-t-il pas ailleurs d’enfer plus parfait que celui la ?

Tout mérite le rien et s’y démène. 

Pense que celui que la chair rend victime et anime pour le sentir, a des idées celui qui à ses propres yeux sait qu’il se pense. 

Tout ce qui est vital m’ennuie, je me console de cette infortune en le sachant.

J’ai de la rage en quantité dans cet intérieur où mes histoires ne sont pas justifiées, où ma vie côtoie du désarroi et de la débine.

Pour me tenir loin de tout et de tous, je me suis exercé à de la déveine, tiraillé entre les tragédies qu’elle impose et les dérogations qu’elle évite.

Aucun mot ne peut légitimer ses origines, le mot exclut les commentaires sur sa naissance, le mot fût avant nous, et mourra après nous.

C’est dans l’à peu près qu’on brode le mieux sur l’essentiel qui nous échoit.

C’est la folie de l’abstraction qui a miné le mot jusqu’au lieu communJe n’ai pas souhaité être quelqu’un, d’où toutes mes démissions.

C’est le corps qui offre ses facéties au langage, le langage en échange lui offre la douleur et ses éparpillements.

Toutes mes orientations tendent vers la mort, je tourne le dos à la vie en ne générant que des apparences.

Je rêve parfois d’un monde sans mots où nous nous accrocherions à la solidité des cris et des pleurs mêlés.

Le vrai seul est maniable, le faux quant à lui s’inscrit dans la liturgie des fictions qui nous font accéder à de la superficialité.

Passer ses journées à écrire des épitaphes, et ne pas vouloir finir dans une tombe.

Rongé par le mot, par ses vacillements, par les cauchemars qu’il engendre, et dont nous ne revenons pas, voilà l’homme, presque lucide qui cherche une réplique à cet univers qui se corrige sans lui. 

L’ennui lorsqu’il n’est pas intérieur, est un ennui auquel nous survivons pour mieux durer.

Exaspéré par des misères sans envergure, j’ai le sentiment d’être un animal dégénéré, singe en démonstration, que l’équilibre ne rend pas plus énigmatique qu’un homme qui marche et avance...

Ma gratitude parfois me confine dans des insomnies, tant il est vrai  que je n’arrive pas à trouver le sommeil, que si je n’y ai ailleurs reconstitué le bienfait.

Dans la carrière d’être, combien sont hommes de profession ?

Le talent ne fait pas l’œuvre, le talent nous tient éloignés de cette douleur là qui fait grand, tout ce que nous avons craint petit.

Je crois et je suis comblé.

Il arrive parfois que l’homme se trouve en inflation de la bête, la nature en est alors contrariée.

Plus mon corps se détériore, plus j’opte pour les péripéties de l’Esprit et cette fatuité de sensations qui m’élèvent ou me rabaissent.

La douleur s’ingénue à occuper tout mon vocabulaire, en dehors d’elle ne se reconstruisent en moi que les littératures d’obédience.

Vivre, c’est se consoler d’être.

Je ne discerne que ce qui fait que je me morfonds dans la peau d’un écorché.

Toute lucidité est corrosive, l’homme de tristesse et de peine cherche tout, sauf à tricher sur cette même lucidité.

On commence par une lettre, on finit par un testament, on commence par un cri, on finit par un crime.

Nous nous entêtons dans tant de tristesses, dans tant d’abattements, quand il suffit d’un coup de revolver.

Convaincu que mes sottes et sombres misères sont consécutives à cette fatigue de l’existence, je proclame parfois que je suis né vaincu, et que je ne cherche aucune victoire qui n’aurait pas de nom.

Nous avons dissout nos diables jusque dans nos plus petits crachats, pourtant dorment dans nos cellules d’autres démons plus infatués encore.

Je bouge, je vais, j’avance, je dispense du geste à mon corps pour ne pas me couvrir dans l’illusion d’être sans faire.

Renoncer à tout, sauf à me tromper, être dans l’erreur, ou dans les fausses vérités, voilà à quoi je me suis prédisposé.

La parlotte fait l’inventaire des monologues que notre fainéantise a tourné en dérèglements.

Rien de profond qui ne me persuade de l’être moins.

Plutôt fossile que vivant !

L’inconscience comme une grande partie de toutes nos voluptés, comme la plus grande des futilités et qui dure.

Tout ce qui est, sera,  d’où toutes mes pauvretés, mes manques et mes superstitions, pour parer à ce nouveau et terrible constat.

Foi en l’avenir ! jusqu’où la niaiserie peut elle aller dans l’image et la croyance ?