Aphorismes 183

Curieusement, être, me ramène toujours à moi.

L’espace si je savais en parler je le mettrais à égale distance de la vie et de la mort, la vie parce que c’est une prescription, la mort parce qu’elle l’est tout autant.

Il faut se répéter encore et encore que chacun de nos atomes est une particule de ce vivant là qui cherche à évoluer mais pas n’importe comment.

Mourir verticalement me semble une belle idée…

Je crains qu'il arrive quelque chose de grave à mes idées, comme de la pleurésie ou du sable, et que je ne puisse comprendre l'utilité de souffler, de respirer.

Il y a des liens subtils entre le sang et la voix, les deux tournent autour de ce corps qui doit ses vérités à une limite qu'il s'impose pour n'être infecté ni par l'un, ni par l'une.

Au nom de la beauté, et puis quoi encore, pourquoi pas au nom du père!

Et l'envie m'est venue de m'étendre et de m'éteindre avec tout ce que je n'ai pas connu, ni commis.

Depuis cent mille ans, sous le charme des combinaisons, des formules, des symboles, nous construisons un monde  que nous comptons exploiter dans l'ignoble séduction des formes qui ne vont pas à la connaissance.

Est vital tout ce qui vise à rendre le monde intelligible sans que nous ayons à réfléchir avec nos glandes...

Etre haineux avec méthode, être présent avec la brutalité d'un tacticien, être là tout simplement avec ses artifices et ses détachements..

Nous ne savons pas ce que nous deviendrons, c'est bien suffisant pour nous rendre à l’impunité d'une expérience malveillante de l'avenir qui passe par le rêve néolithique...

Mes souvenirs à la lumière de ce que je m'autorise à penser, ne sont que des images dilatées de peur et de stupeur..

Que pouvons nous encore commettre de bon sans nous soumettre à l'autorité des glandes, au balkanisme de ce corps centré sur de l'à-peu-près?

Ma vitalité est  parfois si brutale qu'elle me donne l'occasion d'adopter la posture du vivant...

Gymnastique quotidienne de l'esprit, rendre aux mots leur nécessaire  primauté, sur les actes  et s'endormir sans se soumettre à quelque travail que ce soit..

A mes interrogations que de vaines réponses, que d'indécisions, que d'inévitables envies de vide et de couardise.

Ma volonté de mourir vaut ma volonté de distance, toutes deux s'agitent en moi comme un objet qu'on ne brise pas et rare de sa résistance La vie est triomphale dès lors qu'elle s'organise en espoirs.

Dans l'amour toute forme de renoncement se corrige à la première lueur d'une femme qui nous ravit.

Logique de la mort, elle est la seule élue sans bulletin.

Le dernier des hommes dans l'obscurité de la mort à venir, y verrait encore un monde qui n'est pas à la pompe.

Plus on se déchoit moins on recherche de compromis d'où la suprématie de cette carcasse qui est autant un acte authentique qu’une façon de  se grandir.

Que puis je attendre de ce monde que je n'ai bien ressenti  au point de devoir céder la place ?

Quand la vie s'améliore, nous avons un côté normal qui n’est assis que sur nos insalubrités

Il suffit de presque rien, c'est-à-dire d'un  pouvoir crée sur des ressemblances  pour que nous croyons à nos états de visionnaires.

La matière ne se borne pas qu’aux sonorités d'un monde qui se grandit de façon physique, elle va fouiller dans le sommeil, dans nos entrailles, pour y laisser la trace de nos abjections.

Le passé se grandit toujours  en nous pour  inaugurer des douleurs que nous voulons oublier en nous réchauffant  aux printemps d'une femme qui veut parfaire ses souvenirs.

Pourquoi  toujours refuser nos accords avec l'homme, nos fièvres  ne sont elles une idée de sa maladie ?

Tant de concessions faites à l'Éros et qui ne nous font plus tressaillir !

Dans les dimensions de ce monde qui rougeoie de ses éternelles infirmités, je conçois mes cicatrices comme des yeux qui s'ouvrent pour me  juger et me rejeter.

Mon centre a t-il une âme qui soit pleine de moi?

Décomposons-nous encore et encore pour remonter vers cette naissance qui avait le visage d'une femme nous montrant le chemin vers le monde.

Le pardon dans l'instant même où il est prononcé a le goût  d'une charogne vidée de ses entrailles.

Combien de reptiles vont  se rapprocher de ces filles dissoutes dans nos rêveries, et que nous appelons pour nous engager sur de nouveaux chemins ?

Nous croyons tous peser sur le monde par cette propension que nous avons à l'idée, mais l’idée est  une carte qui nous plaque au visage ou son mat ou son fou.

Ne redoutons pas de  nous tromper c’est le plus court des chemins pour bénéficier de l'assentiment de tous.

Dans nos états de véritable conscience, nous croyons ressentir  le monde comme une générosité qui pourrait nous  subjuguer s'il n’ y avait l'homme.

La mélancolie nous traverse parfois comme un éclair ,avec tout le contenu d’un monde musical ,dévoyé et  triste.

Fermons les yeux pour comprendre combien l'espace et le temps se sont trop penchés sur l'homme, pour lui  donner des champs et des durées  où il ne sait pas se perdre.

A nos circonférences tout est possible ,en notre centre le tout es une putain qui danse pour un sabbat.

Rares sont ceux qui d'un gâchis absolu veulent y voir l’épreuve d’un corps qui cherche à se fondre dans le commun.

Je suis condescendant par nature et insane organiquement.

En présence d'une femme je suis toujours en fausse tonalité, c'est là que je comprends la séduction est la forme atypique de ma nature ,qui ne peut souscrire au baiser immédiat, à la mort par procuration.

Combien de fois ai-je été cet homme qui aurait pu déboucher sur des crimes ordinaires, sur des assassinats sans commanditaire ?

Certains jours de la vie ,il me semble que je suis un vagabond dans un orage, efflanqué du plus grand des sommeils, pour des ennuis et des pleurs.

L'homme se console de l'amour qui  l’a appauvri, en allant  dans un bordel avec son plus beau costume.

Après en avoir perdu sur le monde, que peut-on bien gagner dans l'au-delà?

Croire m’étouffe et m’oppresse, je préfère rester dans l'illusion qu'il existe une autre façon de se tendre vers autre chose que la foi !

Par le jeu de la grâce on devient sain ou fou !

Etendre les bras et croire que dans cette position, les directions qu’on voudrait emprunter sont celles d’un christ qui  se serait retenu des vertus cardinales.

Dans l'ivresse toutes les formes que prennent  notre corps sont celles des divinités fétides qui se seraient débinées d’un Eden  où n’est qu’extatique que la position de ce dieu qui nous regarde ployer sous des simagrées.

La vie seule ne suffirait pas  à justifier la mort, mais alors quoi d'autre?

Dans une apparence de combat perpétuel, et perpétuellement endormi.

Tôt le matin ,le premier café vaut un entretien avec soi même, et dans les diffuses vapeurs qui s’en dégagent, des esprits ondoyants parlent d’étreintes et de quarantaines.

Seules les sensations que j’ai dans l’ivresse sont assez fluides pour que je me sente en intérieur, comme happé par le ventre d’une femme qui se serait mise à ma place.

J’ai trop gaspillé en idées vaines ce que j’aurais dû verrouiller, mon âme, sans que s’en répande l’odeur âcre des  soporifiques.

Je prendrais bien toute la vie en un seul jour, mais sans ses proximités et ses approximations.

Après toutes les excitations que le désir transporte jusqu’aux murmures sur l’oreiller, mon corps tout entier finit dans la naphtaline du sentiment, dans l’agitation de l’air putride et des essoufflements.

S’enfouir corps et âme jusqu’aux tréfonds de sa propre mémoire.

Et voguant vers la tristesse, je m’aperçus que ma volonté à qui je devais de retentir, et mon chétif penchant pour de l’existence, n’étaient que d’infimes nuances entre la folie et la nostalgie.

Chacun est sombre de lui-même, qui s’aiguise entre la crainte et l’apaisement, mais trouve toujours le moyen de céder aux passions qui l’abiment sous le ciel.

Aux borgnes saisons où j’ai criblé mon âme, l’inquiétude m’est venue comme une étrangère après un attentat.

J’arrondis les faux angles droits et m’y bombe.

En quoi me fondre qui garde de la divinité le goût de la disparition, du leurre, ou de l’érotique bonheur de me montrer vaguement, si vaguement que ma nature même vacillerait sous le poids des formes utilisées ?

J’ai porté tant de soupçons sur le monde ,que bercé par cette auscultation dérisoire ,m’est venue l’envie d’être sourd ,pour ne plus exister que dans le désastre de ne rien entendre, de ne rien savoir.

La musique agrémente nos sentiments et les exagère, et jusqu’au cœur propose des solutions que l’amour n’aurait même pas soutenu dans la surdité.