Aphorismes 182

J’ai gagné en neutralité ce que j’ai perdu en fureur, et seul l’ultime peut encore me faire divaguer, comme un débile pris sous les feux croisés de tous les regards et de la science.

Toutes les hauteurs sont vides de ces éternités où Dieu ne sait pas mourir.

A cette certitude d’avoir un destin, j’ai substitué cette autre de ne rien avoir été, sinon un endormi signalé par ses détresses.

Tous les jours où nous sommes au sommet, sont des compositions de l’ordre d’une littérature écrite sur le ton doctrinal d’une oraison.

Dieu fasse que je n’en finisse pas de m’exténuer !

J’ai bien mieux à faire que d’exister, oui, mais quoi ?

Nos raisons d’être sont toujours au dessus de nos raisons de disparaître, c’est pourquoi nous subsistons et nous nous leurrons.

Je me suis attaché à ne pas montrer toutes mes vacuités, toutes mes inanités, ce fut hélas dans ces excès que j’ai le mieux fait part de mes vides, de tous mes vides.

La mort est le taux d’usure de nos propensions à tout vouloir rendre éternel.

Certains mettent tant l’accent sur leur fatuité, que devant moi ne subsistent que des hommes.

Dans la musique rien qui ne se fourvoie, si ce n’est Dieu qui entre dans nos cerveaux pour y rêver nos vies.

Prédisposé à la lèpre de la parole, l’homme surgit du rebut pour s’insinuer dans les écœurantes religiosités des prières qu’il fait pour se redresser.

Toutes les nuits sont pour moi des archipels de détresse où mes sens s’attroupent, pour se déverser en mélancolies et nauséeux souvenirs.

L’odeur de l’homme quand il tourne au pathétique est une odeur de craie et de naphtaline,celle de ces vieux professeurs pour qui tout dogme était l’exactitude des plus sales de nos conditions.

Tout m’est étroit, je cherche un lieu  pour n’avoir plus le pénible sentiment de piétiner une terre qui ses dérobe sous mes éclaircies.

La chair, il faut la traiter comme on traite l’idée du suicide, dans la méditation et la plus haute de nos vitalités.

Personne ne m’a encore affirmé  qu’il a accepté d’être pris entre un drame sans consolation et un ennui aux douteux résultats.

Quelle que soit l’issue de nos existences, ce qu’on laisse derrière soi ne fleurira pas même sur du fumier.

Demeurons intérieurs de peur de perdre nos exaspérations pour les béates temporalités.

A l’ombre du vivant s’épanche tant de choses qui a un côté religieux, déchirant et transfiguré.

M’étant souvent engagé sur les voies de la médiocrité, comment puis-je encore croire que mes coutumes ne sont nivelées que par le vertige que cela me procure.

J’oublie que j’ai scruté tant d’horizons lumineux et n’y ai perçu que la forme d’une orbe qui illustre les charmes d’un monde qui se meurt.

L’intensité de ce qu’il me reste à vivre, où est-il ,si ce n’est dans l’exaspération de ce cœur qui bat d’un sang confirment une existence d’urgences  et d’inconforts ?

Les chiens exaltés d’exaspérations tirent leur maître vers des temporalités qui sont au cœur de leur propre moelle.

J’ai peur d’être triste, triste devant le monde, là où culminent les caractères d’une divinité morte ,et d’un dieu inflexible sur des ruines qu’ils pourraient porter jusqu’à la consistance.

Nous sommes trop petits, et l’espace devant nous trop grand, restons donc en suspension dans le bricolage de nos étroitesses, dans les travaux obscurs de nos excellences à domicile.

Tous les livres donnent à penser que les mots sont indissociables de ce sens que nous leur donnons, lubie que nous exagérons sur un lit d’hôpital ou dans la moribonderie.

Fouillez dans l’homme promenez vous y, que  trouverez vous, sinon la trace d’un sicaire ou d’un suicidé.

Plus d’un auteur ne s’est pas prononcé sur la vie, de peur de n’en dire que de vulgaires vérités, aussi sales que ses propres interrogations.

Le doute augure de cette mort que l’on ne sait que bien penser ,transcrire que si on s’y livre organiquement.

Je me suis recommandé et obligé de la décence, pour ne pas souffrir un jour avec dans les mains un surin ou une baïonnette.

Dans mes insomnies je rumine sur le monde et ses déséquilibres, et si je vacille, c’est d’un premier mouvement, avec le second je réfléchis et j’en vomis.

Dans ces amours qui ne m’auront satisfait que par leurs foudroyantes autorités, j’ai toujours vu l’image d’une morte à venir, avec les bras lourds et les yeux clos.

Tant pis si on s’est pas tué, on serait crevé autrement.

L‘espérance dresse l’idée d’un noble sacrifice entre les hommes, une fois que l’espérance a passé, les hommes deviennent impersonnels et ombrageux.

Il y a des femmes qui ont l’amour systématique, cela suffit à l’attente de n’être pas déçues.

De même que je ne peux aimer les hommes j’ai besoin de leur consolation.

L’indécence de cette réalité qui met sur les podiums des êtres qui nous sont chers.

La plupart de mes souvenirs ne flamboient plus, je réside tout entier dans cette confusion d’images passagères voilées par des brumes que j’identifie, et qui me semblent être des voiles et des suaires.

Avec toujours cet air grave de l’oublié qui voudrait en savoir plus.

Dans mes déceptions amoureuses, j’ai toujours eu le visage d’un type moyen, intéressant parce qu’il pouvait atteindre à la gravité.

Si j’avais pu choisir entre un métier et une religion, j’aurais choisi la religion, on peut davantage s’y falsifier.

Il y a des jours où mon mépris pour l’homme vaut la somme des sommeils lourds qu’il m’a imposé par ses indispositions.

Je comprends fort bien ma tristesse, je ne comprends pas qu’elle ait pu durer si longtemps.

Il y a tant de jours où j’aimerais crever, mais proprement, et je ne veux pas crever seul.

Le dégoût pour les résultats m’est quantitatif.

La beauté du monde, elle passe toujours par là où il y a le moins de place pour la découvrir.

Au nom de mes passions, j’ai voulu m’en tirer avec du beau plein le cœur, or ma passion est une vérité particulière avec le visage de l’enfer.

Que je vive seul, je le comprends, que je meure seul je le comprendrai aussi, que les autres y voient l’état de mes exaspérations m’emmerde.

Tant tout de moi ne peut accepter un autre visage, que celui de mon dernier amour, me revient avec un sourire qui pourrait m’asphyxier.

Nous naissons tous avec dans la main gauche un pic, et dans la droite une serpillère, le pic pour nous chouriner, la serpillère pour effacer les traces de sang, voilà notre premier crime impuni..

J’apprends à considérer chacun de mes gestes comme un acte qui avec méthode fait dans l’espace une orbe qui voudrait retenir la musique et le temps.

Stigmates du temps, où chaque histoire me survit, nos cernes sont des arguments pour ne pas regarder en arrière.

Après chaque expérience sanieuse et sérieuse, nous devrions nous coucher pour ne pas triompher de ce qui aurait pu paraître essentiel.

Quand tu as aimé tu as cru fréquenter une âme qui aurait dû finir en toi, hélas ce sentiment te paraît inadmissible sitôt que ta conscience revient à ses animales stupeurs.

S’établir dans le berceau du silence, y rester en malade qui se désaltère avec la belle substance de ses souvenirs.

A le mérite d’être tout ce qui doit disparaître aussitôt, sans que nous nous apercevions que cela fut.

Une contre vérité sur nos naissances nous apprendrait à considérer la vie comme du déjà vu, comme une répétition imbécile.

Toutes les maladies à défaut de nous montrer que nous sommes seuls face à la mort, nous font interpréter nos existences comme une injustice indigne de théologie.

Les douleurs que nous contenons nous reviennent toujours avec une respiration proche du râle et du hoquet.

Si j’avais choisi de me grandir aux yeux des hommes, je l’aurais fait petitement.

Je pourrais renoncer à tout au moment où j’entre dans l’ivresse, pour m’y cramponner et comprimer cette souffrance dont l’attrait est de l’ordre d’une malédiction.

Les regrets ont donné de la consistance à ce que j’aurais voulu oublier, parce qu’il n’est pas passé par la musique ou par une femme qui se serait mise dans mon lit pour y laisser la trace de toutes ses amertumes.

Le vrai bonheur on le regarde toujours du bas vers le haut, une fois qu’on l’a jaugé il reste dans ses verticalités comme un animal revêche, qui n’a d’autre but que de sauter par-dessus la clôture.

J’ai eu des inflexions sans signification, dans ces moments là détaché de toutes choses, je voyais l’univers entier regarder vers la mort avec des yeux cernés.

Ce que j’ai retenu des philosophies, c’est qu’elles mettent des traces de vie et de mort un peu partout et que ces traces sont les nôtres.

J’aurais démontré en vivant qu’on peut être des années durant quelqu’un qui s’use à ne pas se considérer ,ni quoi que ce soit, et n’en rien témoigner à personne.

Notre « Je », n’est jamais si profond que lorsqu’on l’examine avec ses propres yeux.

Devant une femme mes pensées qui auraient dû me soutenir s’absolvent en rodomontades je ne peux plus m’engager que sur la voie d’un homme qui est le seul à se comprendre.

Tous les hommes dans la lignée d’une exaspération, celui qui soutient le contraire n’a jamais eu de larmes, n’a jamais serré contre son cœur fut ce les contours et parfums d’une fleur.

J’écoute tous les jours une humanité entière déborder de fins et de commencements monstrueux, j’entends attentif à mes déchirements cette leçon qui réunit et la vie et la mort dans un même élan de ne rie perdre d’elle ni des hommes.

Exaspéré, exaspérant voilà l’homme qui recherche un idéal où il n’épuiserait rien de ses déceptions.

Je n’ai aucune répons à apporter à cette femme dont les déchirements ne sont pas les miens ,j’ai l’avantage de garder pour moi mes cris qui vont à une autre application.

Qu’ai-je a regretter qui ait été naturel en moi ,mon dilettantisme, ma soif de m’étendre, mes beuveries, le regret est sinistre dès lors qu’il est mâtiné par une maîtresse qui pourrait devenir monstrueuse.

Aucun jour un remède qui me rende la vie supportable, je m’applique à ne pas le montrer.

Dieu est mort, vive toutes ces paupières qui ne vont plus aux psaumes ,aux cantiques et aux prières peut- être daigneront elles  à voir le monde tel qu’il est, un aveugle qui danse .

Je ne me suis guéri qu’en pensant que mon existence était un voyage extatique entre les alcools et les somnifères, les filles d’emblée d’intensité et d’effroi.

Les yeux ouverts je ne vois qu’un monde vacillant qui ne me rallie ni à l’air ni à l’amour, je veux dormir dans l’utile sensation d’avoir été un homme qui aura tout étouffé.

Ma fierté est dégoulinante d’actes commis pour sublimer toutes ces filles que le théâtre de la chair a mis dans mon lit, pour que leurs douloureux tissus laissent en moi la trace de leurs désillusions.

L’humilité semble tant me satisfaire, qu’on dirait que même le plus juste des mots ne pourrait la sortir de ce monde pour des satisfactions imbéciles.

Que ce qui m’est contraire s’éparpille au plus vite à mes dépens ,afin qu’une réelle tenson me fasse sentir combien je ne me suis attaché qu’à écrire sur les voluptés vaines.

Faites des concessions à la médiocrité ,c’est la seule façon d’expliquer que la vie ne sera pas courroucée par tous les paravents que vous dressez pour ne pas apparaître dans les plus viles de vos conditions.

Ma nécessité de me taire, je la tiens de ce passé où j’ai si souvent fait le mort pour n’avoir pas à décrire le monde avec ses contenus insanes, ses incontinences et sa façon qu’il a de rajouter de la fiente là où il ne faudrait que de l’éclat.

Accident de parcours, je vais dans la vie avec un corps sain, dédaignant à  montrer ce qu’il a pu et pourrait endurer…

Mes fermentations exigent que je les considère comme une tentation à vouloir montrer que la vie doit être prise au sérieux sitôt qu’on y accomplit rien…

Nous ramener vers nous-mêmes nous ramène t-il vers les autres, et si oui pourquoi ?

Parfois traversé par une idée de devoir ,oui, mais à qui et pourquoi?

Je ne peux rien imaginer qui soit uniforme sans aussitôt avoir envie de saisir un chapelet ou une kalachnikov.

De la tentation de ne rien faire à la tentation de faire bien, il n’y a qu’un pas, mais quel pas surprenant.

J’ai peur que tout ce qui me paraît perceptible ne s’évapore dans le douloureux désir de vouloir être visible.

.Se peut-il que nos excuses fussent un pourcentage de notre pitié, de celle qui prend les multiples formes de la grâce ?

La monotonie peut me rappeler à elle à tout moment et dans ce moment précis je sais si peu de choses de moi que je vais bien.

Miracle de la fantaisie d’exister on finit toujours par atteindre l’objectif idiot de  faire,cela suffit à m’anéantir.

L’inquiétude dérive toujours de mon éternel sentiment de désœuvré qui cherche une tragédie qui collera à sa souffrance autant qu’à celle des autres.

L’illusion a des degrés qui fabriquent des paysages de cendres dans un désert qui a pressenti la fin et le commencement du monde.