Aphorismes 176

Une philosophie qui n’éprouve pas l’homme est une philosophie qui ne peut s’avouer ni se renouveler…

Plus que les théories je hais les certitudes, qui me semblent des condoléances faites de propositions invérifiables et inutiles..

Ignorer, trahir, insulter ce prince qui nous gouverne et finir sous la guillotine…

Tous les enfers m’ont conduit à la compétence, à la responsabilité ,quant au paradis, pauvre par essence, je ne lui dois que ma pitié et mes rachats avec leur système de demi mesures…

Maintenant que je craque de toutes parts ,quelle obsession autre que celle de vivre me pousse dans des colères, dans des courses, avec en bout de parcours la récompense d’exister encore ?

Tout ce qui me fortifie a dévoyé mes ennemis, j’aspire à ne plus m’obscurcir pour ne triompher que de mes faux équilibres…

Chercher une planète d’assassins et qui m’expliqueraient la vie…

Je réside tout entier dans un corps faillible, en perdition, et que je n’explique pas…

Toutes ces journées où j’ai absorbé de la lie, celle qui était en moi et hors de moi, combien elles ont altéré mes humeurs et mon humour…

Tant de mots qui m’ont invité et initié au meurtre…

Faire faillite dans son sang, puis se démener dans la peau d’un diurne vampire.

Priant, implorant, je ne dispose pas de suffisamment de dieux pour leur cracher mes injures…

L’odieux est -il toujours en campagne, et si oui, abreuve t-il nos souillons ?

Chaque matin je donne un baiser à ce cadavre que je trimballe et qui se compromet tant avec l’homme…

Ni soif, ni faim, voilà une de mes une infirmités ,c’est de là que me vient mon inconfort comme s’il me semblait que j’étais un intrus dans une orgie…

De toutes les théogonies j’ai retenu la santé des dieux, je m’en suis tenu là…

Si je ne m’étais retrouvé après toutes mes péripéties et mes défaites dans cette unité physique,mon  assoupissement aurait pris les allures d’une douleur sans nom…

Rien d’inavouable que je n’ai éthéré, sinon ces rêves où j’assassinais mes proches…

Tous les matins je passe de l’infirme au débauché, quelle distinction entre les deux sinon celle de la même anomalie ?

Je me serais bien vu tout entier dans une page de Sade, un tableau de Cranach, une statue de Laurens..

M’étonne encore l’impasse où nous sommes aujourd’hui, et dont nous n’avons pas saisi les contours…

A défaut d’être inattaquable, j’exagère toute corruption qui vise à me priver de cette part d’estime que l’on m’accorde quand je souris…

Ne rien qualifier, se répéter que tous les adjectifs prêtent une santé à chaque corps, à chaque objet qui ne visent qu’à s’en défaire…

J’aimerais nier tout ce que j’ai conçu, et ne plus commettre que dans le virtuel…

S’exercer en pure perte à des vérités que nos actes désordonnent ou réprouvent en témoignant de nos vacuités…

S’initier au droit de sortir indemne de l’existence !

Tant d’essentiel qui se fige dans nos désespoirs comme des natures mortes, et que nous ressortons des années plus tard pour nous en glorifier…

Le temps qu’il me reste à vivre me pousse dans les curiosités du savoir, et pourtant quelle énormité, quelle imbécillité que de vouloir comprendre ce mieux où ne s’exercent déjà plus nos anciennes convictions…

Le vivotage m’a rendu malicieux, le vivre mécontent…

Trépignant dans un silence que rien n’a enfiévré, me voilà dans une humilité qui amoindrit mes divagations et affaiblit mes gestes…

Plus un seul rêve sur lequel m’arrêter, je resterai un quêteur d’une méprisable réalité…

Heureux ceux qui n’endurent rien ni personne, ils peuvent se recroqueviller sur leur paresse et n’en rien montrer…

Tous ces actes qui cachent quelque approbation et que nous appelons « Services »…

Tous mes tourments prêtent à mes hilarités quand j’y réfléchis hâtivement…

Né avec une âme de martyr, ne le souffrir que dans l’idée !

Sous tous les ratés ,les lubies de nos anciennes réussites que nous n’atteindrons plus…

Le sommeil de quelque coté que je le prenne me donne à croire que je finirai centenaire…

Le sérieux m’exténue, je m’y gaspille quand il ne faudrait que l’évidence des mots sans scrupule pour en ressentir la juste tâche.

En dehors de la lettre, de la note, du nombre, toutes les formes exagérées des matières à réfléchir qui poussent aux collusions et à la surenchère…

Aimer nous impose toujours quelque entreprise qui a besoin d’entraînement…

J’attends de voir si ma fatigue est à étages et sur quel palier je suis.

Je renonce à me  satisfaire de ce qui m'aurait foudroyé il y a vingt ans, j'opte pour les somnifères.

Les projets c'est lorsqu'on veut croire qu'on va durer, ne pas en avoir c’est avancer d'un même pas pour aller plus loin.

Un seul événement brutal et me voilà en proie à une colère sans nom et que je ne montre pas.

Dites vous que vous êtes et vous êtes déjà dépassé.

Je tourne en rond, rien n'est extrême, et tout est trop similaire, reste l'arc de cette abstraction, c'est à dire le pire.

Ouvrez un livre, si dans les premières lignes vous trouvez le pronom personnel « Je » refermez le aussitôt, vous y trouverez vos propres tares et vices.

Il est des faits si remarquables qui sont à notre portée et qui nous donnent aussitôt le goût d'en finir dans l'instant.

Notre cerveau est un réservoir où les borborygmes sont les sursauts d'une intelligence qui stagne

Avancer dans la vie sans se démener ou dormir, voilà quoi j'aspire, voilà un fiasco de plus.

Vous brûlez de trouver un sens à votre vie, soit, que cette chaleur se transforme en brasier et qu’il fasse de vous cette poussière naturelle  qu'on adjoint à la boue et au limon.

La meilleure façon d'en finir avec la vie c'est de ne pas naître.

Douter, c'est passer de l'autre côté de toutes les certitudes qui font que l'on se fabrique des idées singulières et qui ne sont que des poncifs écrits comme des recettes.

Les vrais sceptiques me laissent perplexe, comment peut-on croire à tout ce que nous admettons après l'avoir vérifié et pesé, sinon par défaut. ?

Il faut laisser le cerveau se reposer après un examen consciencieux de celui-ci, il s’emploie déjà à nous leurrer.

Qu'on me laisse le choix d'une fin et je m'organiserai pour l'atteindre.

Il y a tant d'obstacles au bonheur que plus on en franchit, plus il en vient d’autres qui sont des attentats contre notre personne.

Faire des confidences m’est inconcevable, j'ai crainte de toutes ces déceptions qui viennent de l'autre parce qu'il sera entré dans les tribulations de ma parole.

Est sérieux tout ce qui me pousse un peu chaque jour vers le suicide, bref les autres.

La lucidité est une des formes apprivoisées de la rage.

Travaillez, prenez la peine, et puis quoi encore, pourquoi pas du plaisir !

L'énergie nous disqualifie aux yeux de l’ascète qui s'étonne de s'affairer à quitter le monde avec tant de lucidité.

C'est le ressort de l'homme que d'être violent et virulent, un peu comme ces microbes qui pullulent dans notre sang après une injection.

L'illusion est toujours séduisante lorsqu'elle est recevable.

Allongé des journées entières, une jambe en l'air après une fracture, et penser, penser avec véhémence et jusqu'à l'épuisement que s'endormir est une manifestation de la chance.

Vivre m’aura toujours été un Waterloo dans une morne foule.

Je me suis brouillé et embrouillé avec moi-même, de là découle ma désagrégation.

On ne possède rien qui vaille la peine qu'on l'évalue, fût-ce l'amour qui est la plus fausse des approches de l’être ?

J'aurais tant aimé changer mon vin en eau, voilà un beau sacrilège.

L'art de s'effacer en montrant sa plus belle face aux lignes.

Chacun commence par là où il trouve quelque familiarité, et s'il n'en trouve pas il s’acoquine avec l'homme.

Je suis un optimiste astreint à des besognes dont il n'a cure, et qui m'amènent à de fausses assimilations.

Dans mes bagages une marionnette dans l'impatience de se débattre et de nous ressembler.

Admettre que le cerveau se joue des réalités que nous fabriquons, c'est se prémunir de l'autre et sans lui répondre.

J'aurais passé ma vie à m’éveiller dans le noir.

Rien qui ne m’ait réellement révélé l'être, je cherche toujours à le faire entrer dans mes sphères afin qu'il s'y justifie.

J'ai la larme facile, c'est ma façon d'être mystique.

Est sérieux tout ce qui nous conduit à y réfléchir jusqu'à l'incendie des sens.

Mes ancêtres allaient toujours à l'essentiel, et ne se laissaient pas importuner par les trépidations d'un monde malaisé.

Crevons  une fois pour toutes et sans contenu de quelque forme que ce soit.

Mon intranquillité change chaque jour, c'est une métaphysique à intervalles réguliers et sans témoin.

J'ai besoin de croire mais dans la plaisanterie.

La volonté me demande trop d'énergie, la veulerie aussi, où me placer sinon dans cet entre deux qui est la pulsation du silence ?

J’admets que l'on puisse admettre n'importe quoi ; mais pas de n'importe qui.

Les belles idées sont un camouflet aux poncifs, combien j'en ai proféré mais sans m'en rendre compte.

Plus je crois aller de paire avec les hommes, plus je les regarde comme des ratés magistraux.

Regardez-vous bien, et si l'avenir vous est adressé, débinez vous, vous y crèverez et aimerez autant qu'aujourd'hui.

Que voulez-vous que je génère d'autre qu'une tristesse sans fond, puisque c'est ce qui me manque le moins ?