Aphorismes 172

Ma curiosité date d’un autre âge, de celui on l’on se consternait de la plus petite de ses anomalies.

Combien je déteste toutes ces performances qui ne sont pas nées dans l’après coup d’une misère céleste.

Faire carrière dans la déception, et redouter ce qu’il y a de pénible dans l’insulte.

S’humilier en écrivant comme un enragé du verbe, qui compatit mais n’émerge pas.

L’heure est à la performance du cliché.

Nous réussissons si bien dans l’erreur et le faux que nous pourrions en faire une recette.

Entre les vertiges que provoquent les trouvailles, et la douleur d’y laisser des nuits, de l’étonnement et du leurre.

Mon indécence n’est singulière que dans l’imitation et l’émerveillement.

J’ai beau multiplier mes gestes, ce sont toujours des coups d’essai.

Il y a des jours où je m’épuise à ne rien faire d’autre que mon sauvetage.

Toutes les passions ont ceci d’exemplaire qu’elles conduisent au martyre.

Aussi présent et patient qu’un décharné sur un lit d’hôpital et qui pousse le cynisme jusqu’au regret de n’être plus anémié encore.

Humeur d’ancêtre dégénéré, de souverain gâteux, gâché par la douleur, difficile de mieux s’acoquiner au monde.

Le sérieux est à mon sens la forme exagérée d’un surmoi.

Ciel gris, lourd je remâche ces nuits où le ciel était bas et où je fermais les yeux pour ne pas me concevoir en esclave.

Au jour le jour 105

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Dans mes croisades j’ai ressenti le besoin de prier méthodiquement…

Déchu parce qu’ayant enfreint tous les codes de l’existence, me voilà dans une profession de foi qui ressemble autant à un calvaire qu’à une relégation…

Mon jargon est de mon indépendance, si je ne m’y tenais tant de quelle vile perfection serais je le portefaix pour des bienséances aussi écœurantes que des autopsies ?

Ma curiosité pour tous ces petits riens remplis de sens n’a de limites que dans mes accablements, là où mon corps porte du cynisme jusque dans la réplique…

Ce n’est pas la lenteur de l’existence qui m’en a fait un « malgré tout »,mais davantage de n’y trouver que des enfers dans l’euphémisme, des diableries dans ses litotes…

Si anciennement anxieux, je poursuis la crispation jusqu’à l’expérience du doute, celle qui conduit au dégoût et au désarroi…

Plus la souffrance est distincte ,moins elle contribue au déséquilibre, je procède tout entier d’un submergement dont j’ignore l’essentiel et pour m’en sauver, il faudra que j’entre dans la peau d’un à qui la destinée a donné du sens…

Tout ce qui touche au corps et à ses implications m’a paru inconvenant, mais j’y ai tant cédé pour du nomadisme, que j’ai davantage la sensation d’être dans des évidences cramoisies que dans d’éblouissantes idées…

Lorsque le sommeil est hors du champ de l’obligation, je vis la nuit comme une sainte complication, et j’y parais si perspicace que mon sérieux semble être ce qu’il y a de plus fétide à saisir…

Tout est limité à l’intérieur de nous, quant à l’extérieur il est sur un plan incliné sur lequel nous glissons…

M’étant retourné dans cet enfer où j’étais venu fêter une célébrité chtonique, je doute encore qu’elle veuille me suivre après ce que je lui ai fait subir…

Rien ne m’apparaît plus comme réel sinon ma soif d’inappréciable…

Quoique je fasse je le fais dans la crispation, et en tous lieu où mon corps cède à la tentation, je pose la question du désir et de la requête…

Peut -on ailleurs qu’en soi avoir accès à soi ?

La réalité altère ma fonction d’être et procède toute entière d’une expérience inaboutie, dont je ne veux plus témoigner…

J’ai appris un minimum pour affirmer un minimum…

En dehors de la curiosité qui m’a poussé à être, qu’y aurait il que j’ai aujourd’hui à considérer et qui se soit soustrait à des contrefaçons ?

Je dois à Dieu d’être en compagnie, bonne ou mauvaise, mais en compagnie…

Faites qu’un seul jour soit moins hideux qu’hier !

Et dire que le sort de la plus importante des voyelles fut dans les mains d’un démiurge malade, avec des idées…

Quel que soit le compromis que j’instaure entre les hommes et moi, il tient du dégueulis et de la suspicion…

Je songe que si j’avais été plus détaché encore, il ne resterait en moi que ce que j’ai considéré comme unique, c'est-à-dire du désenchantement…

De quoi pourrait-on être satisfait qui ne tienne de la farce ou du prodige ?

Viennent tant de confessions et qui puent, à intervalles d’existence…

De toutes les formes qu’ont pris mes découragements, je retiens celles où d’un rendez vous manqué, j’ai fait un retour en passant par des puteries, pour un arrêt sur un autre découragement…

Dans l’invariabilité où j’ai contenu mes sens, parfois s’est glissée de la nausée comme un remède à ces révélations…

Le tout me fait croire qu’il est le contenant de la plupart de mes léthargies, et si j’y entrais que mon contentement passerait par la salubrité de mes souhaits…

Croire ne nous met pas à l’abri…

Dans tous les gaspillages, ces extinctions de sens, quand le sang a gonflé les muscles, qu’est ce qui commence et qu’est ce qui finit, y aurait-il ailleurs que dans l’orgasme, plus de tristesse et plus de mourir, et si oui comment y parvenir ?

Mes os confirment ce que contient mon sang,la singularité de mes anomalies…

Par où nous sommes, nous décevons..

Tout ne m’est pas assez abouti, ayant par trop goûté à la sensation d’être un homme, il m’est abjection à toutes les périphéries de moi…

Du derme, singulière volupté je retiens l’auscultation et le sang qui s’immisce en tous points, sans élan et vers le sentiment…

Je veux bien admettre que tout est vanité, mais si l’on pouvait s’y perdre ou s’y brûler, combien je m’y abriterais…

Peut être est ce parce que Dieu n’est plus à la source de nos dégoûts, que tous les commentaires sur ce même dégoût ont des relents de bière et de pouffiasserie…

Je fais du n’importe quoi et n’importe comment, seuls comptent mes élans misanthropiques que ma conscience dirige comme une flèche vers les hommes en trop, les hommes en assez…

Rien qui ne soit réellement digeste, pas plus à chaud qu’à froid, que cessent toutes les terrestres nourritures et que nous finissions malades de celles qui sont idéales…

Le vague tiendrait de l’absence et de l’incommodité que nous ne saurions mieux qu’en lui claironner…

La vie restera du fouillis et de la crasse, comment échapper aux mains sales si l’obligation nous est faite de nous y plonger ?

En vérité tout homme soupçonne que l’amour se fonde sur l’esprit, la forme ambiguë qu’il donne à ses sentiments se double de la solidarité et de l’extinction, la solidarité parce qu’elle se laisse pénétrer jusqu’au sang, l’extinction parce qu’elle se meut jusqu’à la nudité des complaisances…

Tous les matins, dans l’imperceptible respiration qui me fait, du soupir et de la prostration, le reste sert à de la servitude…

Rien qui ne quitte le verbe « Etre »et se fonde ailleurs…

Tant tout ressemble à mourir que je ne sais plus pourquoi je m’en suis tant chargé…

L’ennui est un enseignement voluptueux, on dirait un baiser de la mort sur la joue du renoncement…

Je resterai cet intenté des évidences, et plus elles me crèveront les yeux, plus je m’en approcherai…

L’éros malade de tant m’avoir agité se penche aujourd’hui sur mes éteignoirs…

Il en est des troubles comme il en est des parfums, certains vous donnent l’illusion d’un émoi décousu ,d’autres celle d’une vampirisation par les extrêmes…

Mon corps dans l’ancienne rigueur qui m’avait rendu distinct, cherche aujourd’hui à préserver le sentiment d’un dieu rompu aux exercices de la goutte…

Lentement, et m’éloignant de tout, il me vient à l’esprit que si je n’exagérais pas ce renoncement, je ferais de ma mélancolie un lieu perdu dans le songe et non dans le sang…

Etre un homme de métier c’est bien assez comme suffisance…

Combien j’ai ravalé de suicides parce que j’ai été de ce côté ci de ceux-ci…

Peut être qu’être ne tient t-il que du hasard et de l’infortune ?