Aphorismes 161

Nul besoin de tomber plus bas, toutes les punitions que je me suis infligées attestent du cauchemar que je vis, et donnent à mon corps des allures de singe usurpateur.

J’aurais gaspillé des années à des profondeurs dont je ne suis revenu qu’en manquant de souffle.

Parfois certains soirs, me prêtant à des extases alcoolisées, il me semble que je parviens à entrer dans la peau d’un autre, et me dégoûte autant que si j’étais resté dans la mienne.

Les cadavres nous donnent des explications inespérées sur l’infini..

Entrer dans la colère par les glandes, en ressortir en trou du cul.

Ma vitalité tient parfois de l’hospitalité et du crime.

Toute une vie pour réussir à périr honorablement.

Au flingue je préfère le poignard pour chouriner et voir jusqu’où la chair nous soutient.

J’aspire à des paix que j’exècre aussitôt de peur d’y mourir éthéré.

J’assiste à des exécutions où j’ai été juge et bourreau, sans supposer que je puisse en être affecté.

Tant de théories coïncident avec ce que nous espérons, que nous pouvons nous tromper mille fois et toujours retomber sous le coup d’un bon sens quelconque.

Je suis aux antipodes du rire, mais pour une grogne aussi vénéneuse que vénérienne.

J’ai hérité d’une gloriole que la diane a aussitôt camouflé tant elle s’approchait de l’homélie.

Je n’ai rien à donner si ce n’est de l’hypothétique pour des massacres qui le sont moins.

Ayant répugné aux manifestations charnelles, mon corps s’est tourné vers l’affligeante prostration des horizontalités.

Egal à moi même et à mon âge, c'est-à-dire pataugeant dans des vides à ma mesure.

Tout ce que j’écris et ai écrit m’a été dicté par de la sentence et de la lâcheté.

Je ne me suis surpassé en rien et mourrai en dégradé.

Vivre ne cessera pas de s’abstenir.

Parfois sans rapport avec celui que je crois être, j’augure d’une perte qui sera ma seule exception.

Ma jeunesse trop infectée et infestée par les songes m’a vu renoncer à la phtisie des mots, au cloaque où ils font loi.

Rien que je n’ai réellement constaté et qui m’ait aussitôt abattu..

Vivre prête à la capitulation autant qu’à la verticalité.

Ma misanthropie, faute d’égard, m’a vu ruminer sur ce bien que j’aurais pu dispenser si je ne me ruinais en déceptions.

Je suis un courageux trop tôt achevé, tant il a produit d’énergie pour s’en imprégner.

L’œuvre atteste de l’idée et de sa conversion.

Le savoir sert au dégoût de s’apercevoir que sans lui la vie n’est que bassesse et servilité.

Tant l’art exige d’effort qu’il doit bien servir un dieu qui s’est voûté pour le contempler.

A tant trahir, l’homme finira bien par en faire de la spontanéité.

J’ai gâché ma vie en flâneries et errements, mais n’ai rien gagné en repos ou en prières.

La lumière nous désole parfois de nous faire pressentir la même chose que l’ombre.

Bilan d’une journée, d’un mois, d’une année ;vide et désolation.

Venir au monde pour y être insensé et finir dans une cellule.

Rien qui ne m’ait illuminé, je cherche dans un avènement un peu de lumière, une part de salut.

Je ris de tout par besoin, j’en souris par dépit.

Combien j’aimerais écrire sur la douleur mais sans en être affecté!

De toutes les espèces ,l’homme est la seule qui connaisse l’humiliation.

La misère de ne rien créer répond à mon besoin de déception, à mes infirmités.

La colère et la maladie à bien des égards ont des similitudes, toutes deux s’irisent au noir dessein de nous faire rire ou pleurer après coup.

Pris en flagrant désir, mais tout autant de délit de fouinerie, tel un faune qui échangerait sa proie pour un regret à venir.

On ne peut rien me demander qui ne tendrait à me ruiner ou à me déshumaniser.

Ce qu’il y a de plus intime et de profond chez l’homme tient du personnage.

Toutes ces obsessions trop flasques pour que j’y accorde de l’importance, combien elles ont contribué à mes constats sur l’inutile et l’inutilisé.

Fabriquer de la reculade et du renoncement.

Trace de scandale dans mon inaction, mais trace combien précieuse tant elle préside à quelques sérénités.

La vie est intolérable lorsqu’elle n’est pas énergique, quand elle le devient, elle est inacceptable.

Dans mes dialogues avec la bête il y a de la compréhension et du superlatif.

Nos jardins secrets sont des dépotoirs où Dieu est à l’agonie.

C’est en oubliant que je me guéris, que n’ai-je à la place du cerveau un gouffre, pour y précipiter mes humeurs et mes drames, mes regrets et mes insomnies !.

C’est la nuit, et seul, que le savoir m’apparaît comme l’ébriété la plus saine ;dans mes diurnes contrées, il n’est qu’un échange, un mauvais partage, quelque chose entre le don et la gravité, entre la décharge et la bouffonnerie.

Mon tort aura été dans ce silence que je me suis imposé, non que j’ai cru à la stérilité comme un remède contre la parole et ses défaillances, mais parce que l’énergie que j’ai mis à me signaler par mes écarts m’a donné accès à ma propre nocivité, à mes propres désabusements.

Vivre consiste à s’employer.

C’est dans l’exercice du retrait que j’ai mis toute mon énergie, et je le ressens à présent comme une tyrannie à mon encontre.

Ma fatigue répond à ma faculté d’être.

De jour en jour, alors que je repousse mon goût pour la vie, j’ai la conscience de progresser vers un péril plus important que je ne le souhaitais.

Mon énergie, toute mon énergie aura été de ne vouloir parvenir à rien et d’y réussir.

Tout ce qui m’a concerné s’est à un moment avéré sans suite, l’important est d’y avoir vu la hideuse face de l’opportun.

On ne peut être homme sans avoir touché un jour à la putréfaction.

L’absence de rêves m’aura servi à des désolations qui sont devenues une méthode autant qu’un excès.

Tel se meut dans l’existence comme une cellule, tel autre comme dans une cathédrale.

A vrai dire rien ne m’a paru honorable qui n’ait été sali par du malaise ou du mal-être.

Je ne suis qu’une pose entre du folklore et de la théâtralité.

Ne te regardes pas comme un homme en difficulté, regardes toi comme si tu séjournais comme un vaste ossuaire et que tu ne pouvais plus en sortir.

M’étant cramponné à la vie dès la naissance, mes mains ont gardé de cet effort la double crispation du retenir et du rejeté.

Au dessus de nous, dans les vastes sphères où l’eau établit un domaine, il y a le plaidoyer des anges qui dégobillent.

J’ai gardé de mes journées d’assoiffé, la pâleur du marbre des bistrots et la déréliction d’une Munichoise qui passait.

Je me serais usé à ne revenir de rien, que j’aurais toujours un mot pour en parler.

Ayant élargi le champ de mes connaissances et de mes amitiés, le monde m’est apparu comme une réflexion toute faite, comme un état préétabli, et plus rien n’a valu, ne vaut la peine que je m’y attache.

Au comble de l’inutile apparaît parfois l’hostilité, une présence qui existe que parce que l’on ne veut plus créer, et c’est cette présence là, qui par le dégoût qu’elle a d’elle-même, nous intime de l’imiter.

Que serait le monde si la connaissance ne passait pas par la question ?

Peut-être avons-nous besoin d’orgueil pour nous porter dans du crédit ou de l’embrouille ?

Toute passion est partiale, et dès lors ne peut se concevoir que dans cette désertion du quotidien, qui passe par l’envergure ou la charogne.

Souvent, tard dans la nuit, je voudrais que tout me soit hostile, et me donne une raison, une bonne raison de tout faire sauter ou de capituler !

Je répugne à la question, cette saloperie déguisée des tortionnaires, qui s’arrêtent sur un mot, comme en un cimetière.

Que puis-je faire d’autre que désémerger, pour me tourner vers du soulagement ou de la visite ?

Mes façons auront résidé dans beaucoup de choses, sauf dans la tricherie que j’ai déconsidérée au détriment d’une lâcheté tout aussi insane que le silence.

Rien de vague qui n’ait valu mes considérations, si ce n’est l’amertume.