Aphorismes 160

Debout, mais tant tout me pèse, que ce restant de vie que j’utilise me semble aussi lourd que dix mille mètres cubes de sable où s’enfoncent les pyramides.

Dans cet enfer à mon goût, quelque chose de moi suit son cours, le reste s’accroche à la barque du nocher.

J’aimerais être cet incendiaire qui déambule dans l’incendie qu’il attise.

Tout me fut prétexte à m’isoler et à en plaisanter, jusqu’à ne plus oser aborder ni le sommeil ni l’homme, sans y voir un endroit infréquentable.

Indistinct, je cherche dans le sort une façon d’aboutir à l’image ou au vampirisme.

Faire naufrage, sans trouver aucun secours à ce naufrage, et sombrer tel un Antée qui s’enfonce dans la tourbe, que les dieux avaient pourtant réservé à quelqu’un de plus haut.

Je déclare que la vie ne s’inclinera pas devant le vulgaire des natures énigmatiques, pas même devant l’ultimatum.

Version de la sensation du temps :ennui.

Chacun est un malade superficiel ou en profondeur.

Rien qui ne m’ait rendu plus libre que mon peu d’ingéniosité, mon peu d’ingénuité.

Chaque idée avant d’être émise, se devrait d’avoir été initiée à l’anxiété ou à l’hyperbole.

Tant de choses ont fourni de thèmes à ma misanthropie, que mon refus de parfois m’y plier reste telle une réplique sans écho.

Je n’entends rien à la correction et n’en bénéficie pas, voilà pourquoi j’ai si souvent l’air d’être un abruti en suspension.

Lorsqu’on joue avec les mots et avec leur essence, nul doute que nous tenons de cet imposteur accablé par son banditisme.

En mon crâne aujourd’hui tout se confond, et je ne sais si je tiens de l’écorché ou du peintre qui le dégrade sur sa toile.

Je redoute d’avoir à affronter cet homme qui défaille et m’en tiens rigueur jusqu’à vouloir m’évangéliser.

Être, c’est être programmé.

Après le grand tout, le petit rien qui mène au désastre.

Je ne répugne pas au mensonge s’il camoufle jusqu’à mon pire, tous mes pires.

Je resterai ce rancunier qu’aucune thérapie ne rangera parmi ceux qui restent au contact de la science et de ses merveilles putrides.

J’avance dans l’existence avec une corde et un vilebrequin.

Je ne  me déroberais pas de l’avenir si je savais qu’en ses nouveaux lieux, là où la matière n’a plu la bougeotte, il y avait autant de choses à haïr qu’ici.

J’erre dans un univers chaotique où les spécialistes de la couillonnade sont des légions qui suintent de vulgarité et d’idiotie.

C’est me discrétion qui m’a fait si éprouvé, éprouvé mais avec du marasme.

La fatalité s’exerce dès lors qu’on a plus rien à espérer ou à simplifier.

Combien j’ai pu m’anéantir de douleur qui ne venait pas de l’esprit.

L’ennui préside aux abandons.

De ma tristesse j’ai tiré des thèmes pour bricoler dans l’humain et l’asphyxie.

Rien n’a pu me raccrocher à la lucidité et mon cauchemar tient autant à cet intellect confondu à de la supercherie, que de mes recréations.

Vivre serait raisonnable si nous raisonnions.

Je me rachèterai de l’illusion de dormir par mes corrections et mon refus du bricolage.

Ce qui me revient de droit s’émiette sur des terrains vagues où d’autres s’exercent au crachat.

Vivre c’est se ramollir d’énigmatiques rêveries.

Rien qui ne m’ait concerné et qui n’ait sollicité de la raison ou du surnaturel.

Conscient de tous ces vides érigées en absences, ma stupeur naît de ce savoir et de ma verticalité.

Crétin que la science dépassionne, quel autre pouvoir pourra me dispenser une dépression à ma mesure ?

Les extrémités triomphent au point de chute.

Conscient qu’étant incurieux je reste vide, il m’arrive de vouloir me diffuser, mais vers où , mais vers qui ?

En villégiature dans un corps ambigu, je mets plus de temps que le commun des mortels à fonctionner comme un aventurier ou comme un notaire.

Tant de lucidité pour ne voir que ce qui l’atténue, pour ne voir que la stupide inertie des troglodytes que nous sommes.

J’ai opté pour de l’insupportable comme on opte pour une profession, me restent les vaines promesses liées à cette vitalité.

Rien en dehors de l’inertie ne prête à mes obsessions.

Toutes ces identités où j’ai été à mon avantage, combien elles sont insanes, combien elles m’ont donné le remords de l’indésiré.

Je n’ai rien besoin de créer qui s’adonnerait au jugement ou à la démesure.

J’ai survécu aux questions par cette impertinence qui aurait tout autant pu me racheter d’avoir été terrorisé par celles là même.

Indisposé par tout et par tous, mais jouant avec la matière, mais remuant de la vie jusqu’à en tirer du symptôme.

L’ennui a donné à mes infirmités une forme de convoitise que j’appelle le crédit du mourant.

L’occident s’est appliqué à créer des bourreaux qui n’ont pu donner aucune explication sur l’inconcevable.

Faillir, mais en se défendant.

Parfois si désespéré pendant un bref instant que j’ai le sentiment d’être en expansion de temps.

Que rien ne me fasse accéder au bonheur ne m’étonne guère, ce qui m’étonne c’est de si bien m’en satisfaire pour atteindre à l’essentiel d’un autre phénomène.

Mon corps s’est affirmé par ses angles et ses amertumes.

La permanence du zéro s’étend si loin, que personne ne songe à le précéder.

Il me vient parfois à l’esprit que si je bavardais, je baverais moins.

Je n’ai encensé personne, c’est une version de cet effacement auquel je me suis voué pour n’être point imité.

Être est une belle trouvaille qu’à l’évidence nous voulons tourner en performance d’une omniscience et d’une omnipotence sans nom.

La petite fatigue m’apparaît comme une fraude, la grande comme une trahison.

Tous mes projets furent des éclairs impropres à dégager quelque lumière que ce soit.

Je jure qu’après m’être entendu, j’ai envie de vomir ou de me flinguer.

Dans mes enfers, et sur ce point je ne cèderai pas, il y a l’évidence de la mort, mais aussi ce qui la rend supportable.

Être, c’est revenir de tout mais en rétif.

Mes convictions m’ont amené à déguerpir des lieux où toutes mes velléités auraient dû me détourner de la parole.

Sous l’effet des somnifères mes organes se défont comme pour remédier à la fainéantise de les atteindre en me flinguant.

Le vrai est un sentiment dont je n’ai jamais eu à débattre.

L’ailleurs à y regarder de près prête à la raillerie.